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Autour de l'Information Literacy : Mireille Lamouroux

Emploi

"Faire comprendre que l'information ne va pas de soi."

 
Mireille Lamouroux est professeur associé à Paris VIII (département Sciences de l'information-documentation). Elle est aussi membre de la section Information Literacy de l'International Federation of Library Associations (IFLA) et formatrice à l'ADBS. Elle participe aux travaux de la commission Action internationale de l'ADBS. Nous lui avons demandé de nous éclairer sur un concept qui nous concerne tous mais qui reste difficile à cerner...
 

Qu'est-ce que l'Information Literacy, et comment traduire cette expression en français ?

C'est la capacité d'utiliser au mieux, dans notre société moderne, l'information sous toutes ses formes : savoir la rechercher, la traiter, et la manier de manière efficace. L'Information Literacy nous concerne tous, dès lors que nous sommes en situation d'apprentissage (élèves, étudiants, usagers des bibliothèques...), et que nous devons, à partir de méthodes et d'outils, élaborer des stratégies personnelles de travail ; ou en situation de médiateurs de savoir (enseignants, formateurs, documentalistes, bibliothécaires...).

L'Unesco traduit cette expression par "maîtrise de l'information". Il existe d'autres traductions, plus ou moins précises : "formation à l'information-documentation)", "éducation à l'information (documentaire)", ou encore "formation (à la méthodologie) documentaire"... Mais dans l'ensemble, la communauté accepte et utilise "maîtrise de l'information" : il suffit de consulter le site Formist ou le numéro du Bulletin des bibliothèques de France (BBF) consacré à la formation des usagers.
 

Ce débat autour d'une traduction ne cache-t-il pas un débat de fond sur les frontières de ce concept ?

Le vrai débat, en effet, concerne les pratiques et les moyens à mobiliser : outils, formations, missions des formateurs.

Si les objectifs sont clairs pour tout le monde, ils demandent, pour être atteints, une culture générale et disciplinaire qui dépasse largement la maîtrise des compétences documentaires.

En outre, deux conceptions s'affrontent : tandis que les anglo-saxons l'envisagent de façon très large (aux États-Unis, l'Information Literacy désigne le savoir minimum que doit avoir tout citoyen dans la société de l'information), les francophones le restreignent dans une logique d'apprentissage scolaire. Ce n'est que depuis quelques années qu'ils l'étendent à d'autres catégories d'usagers comme ceux des bibliothèques.
 

On a pu dire ainsi que "la maîtrise de l'information est une réalité en transition"...

C'est exact. Tout le monde n'est pas d'accord sur les missions respectives de ceux qui y participent. Les modes d'intervention sont très variés, tout comme les rôles que chacun s'assigne : enseignant, formateur, médiateur... Et les contenus des formations à mettre en place restent mal définis.

En fait, on en est encore aux balbutiements, même s'il existe déjà un certain nombre d'outils, tels que des référentiels ou des méthodes. Beaucoup d'écrits sur le sujet sont avant tout des prises de position : on continue à vouloir démontrer la nécessité des formations et de leur maintien. C'est lorsqu'il y aura querelle sur les méthodes employées, comme pour l'apprentissage de la lecture, que le progrès sera patent.
 

Qui, à l'heure actuelle, assure la formation à cette maîtrise de l'information ?

Au collège et au lycée, les enseignants-documentalistes, bien sûr. Et de manière générale, tous les enseignants : le travail sur document, l'apprentissage de la lecture critique des informations font partie intégrante de l'histoire-géographie ou du français par exemple.

À l'université, les initiatives les plus connues, parce qu'elles sont évaluées, sont celles des équipes de conservateurs et bibliothécaires. Mais d'autres y participent ou les coordonnent : les enseignants-chercheurs des départements Sciences de l'information, des enseignants certifiés détachés et des tuteurs.
 

La formation ne passe-t-elle pas surtout par les nouvelles technologies ?

Oui, elle est même née avec elles. Mais on peut déplorer, à cet égard, l'usage parfois doublement réducteur des nouvelles technologies. On assiste à des formations, soit trop instrumentales, qui se bornent à des sommes d'opérations techniques, soit trop concentrées autour de la recherche d'information avec Internet. Il est si tentant de croire qu'on va régler la question en quatre ou cinq heures, avec de simples outils d'autoformation ! D'autant que chaque famille dispose aujourd'hui d'un ordinateur et que leur apprentissage se fait de plus en plus tôt...
 

N'y a-t-il pas d'outil intéressant ? Pouvez-vous nous donner un exemple ?

L'encyclopédie Wikipédia, alimentée par les internautes volontaires, représente une source d'information facile à utiliser, bien plus que l'Encyclopedia universalis. Si j'ai été très réservée à son égard, aujourd'hui je la trouve formidable, à condition que l'on explique bien que ce n'est pas un produit fini mais un outil d'apprentissage, qui donne envie de l'alimenter et permet d'avoir un autre regard sur l'information produite. Son utilisateur, qui peut être aussi acteur, devient "citoyen de la connaissance" et non "consommateur de la connaissance", pour reprendre les termes employés dans une communication récente par Jean-Claude Guédon, professeur à l'Université de Montréal.
 

Les professionnels de l'information et de la documentation ont-ils un rôle à jouer ?

Un rôle de premier plan, dans la mesure où d'une manière générale, leur objectif est de rendre les utilisateurs autonomes. Cependant, ils sont confrontés à deux difficultés. D'une part, on ne sait pas encore ce à quoi on forme, et les contenus de formation sont encore très fluctuants. D'autre part, les outils de gestion ne sont pas assez adaptés aux usagers.
 

Quel est à votre avis, le point clé pour développer la maîtrise de l'information en France ?

À mon avis, il faut progresser sur l'approche cognitive. Le travail de réflexion est fondamental. Faire comprendre que l'information ne va pas de soi suppose une démarche de raisonnement, qui passe par un questionnement et une évaluation permanents, ainsi qu'un travail constant de recherche et de production de sens.
 


© L'Oeil de l'ADBS, propos recueillis par M. B., mars 2006

Rédigé par ADBS.
Publication le 22 mars 2006 - Mise à jour le 14 octobre 2008