Retour sur... Inforum organisé par ABD-BVD le 24 mai 2018

Veille métiers

L’inforum 2018, un évènement annuel organisé par l’Association Belge de Documentalistes (ABD/BVD), s’est tenu le 24 mai 2018 à la Bibliothèque royale de Belgique, à Bruxelles. L’ADBS y était représentée par Henri Stiller, administrateur et membre du bureau. A cette occasion, l’ouvrage « Les dirigeants face à l’information », publié conjointement par l’ADBS et l’éditeur belge DeBoeck en 2017, a été mis en valeur au cours de la dernière présentation par l’auteur lui-même, Pascal Junghans.

https://www.abd-bvd.be/fr/agenda/inforum-2018/

Synthèse des interventions

Sources et traces numériques : une nouvelle chorégraphie

Marie-Anne Chabin, Conseil aux entreprises (archivage managérial, records management), cabinet Archive 17

L’approche présentée est volontairement binaire, par souci de simplification du modèle : les sources sont assimilées aux documents qui transmettent des connaissances – comme les livres – et les traces sont les informations qui sont le résultat d’une activité – comme un contrat. Quelle que soit sa forme et son support, le document conserve une existence, et c’est le sens qu’il contient qui est important. Depuis l’invention de l’imprimerie, les outils de consultation des documents et leur format ont changé, ainsi que les volumes. Mais le rôle de l’écrit reste le même : transmettre et partager le savoir : sources de connaissance / établir la preuve d’une action ou d’une transaction : traces.

Toute comme la danse, l’information reflète l’évolution de la société. La nouvelle chorégraphie orchestre des groupes de données porteurs de sens sur une scène numérique, faite d’outils, de réseaux, d’acteurs, de flux et stocks de données.

Il subsiste une permanence du sens derrière la rupture de l’outil.

Archiver, quelle que soit la forme. L’archivage à Anvers

Filip Boudrez, archiviste, ville d’Anvers

Dans le contexte numérique actuel, l’archiviste prend le rôle d’un architecte de l’information. Il donne une structure et une forme, doit conserver sous cette forme, et restituer sous la forme d’origine. La ville d’Anvers a pris le parti de tout archiver sous forme numérique. Mais quelle que soit la forme, c’est l’information qui est l’objectif, le sens qu’elle comporte. Pour retrouver le sens d’une information, il est parfois nécessaire de la relier à son contexte. La question de l’archivage du contexte se pose alors. Pour garantir l’accessibilité et la compréhension des informations archivées, des meta-données y sont ajoutées, notamment en s’appuyant sur XML. Les archives sont ainsi décrites selon des standards internationaux. En conclusion, l’archivage numérique a la même finalité que l’archivage standard. Dans la mise en œuvre, il convient de faire le nécessaire, mais pas nécessairement tout ce qui est possible. Et l’utilisateur doit rester au cœur du système.

La fourniture d’information statistique à haute valeur et la révolution numérique

Barteld Braaksma, Gestionnaire de l’innovation, Centraal Bureau voor de Statistiek (CBS)

La numérisation des données entraîne d’énormes changements dans le domaine de la collecte, de la gestion, du traitement et de la valorisation des données. Simultanément, les besoins et les attentes des utilisateurs se modifient. De nouveaux phénomènes sociaux réclament une description et une interprétation adéquates. Les moteurs de recherche et médias sociaux fournissent de l’information dont la provenance et la fiabilité sont sujet à caution. Poursuivre son activité dans ce contexte place un fournisseur d’information tel que CBS devant de grands défis. Du côté de la collecte de données, le Big Data et l’Internet des objets présentent de tout autres caractéristiques que l’observation d’échantillons. En ce qui concerne la fourniture d’information, les utilisateurs attendent un accès facilité aux données via les médias électroniques, plutôt que de pouvoir consulter une publication papier. Pour passer de sources brutes à de l’information utilisable, une connaissance des nouvelles techniques, telles que la fouille de texte [text mining] ou l’apprentissage machine [machine learning], s’avère indispensable. Tous ces changements doivent être mis en œuvre tout en garantissant la qualité, la protection des données. Le rôle de CBS, organisme indépendant des instances politiques est de fournir une information fiable pour un bon fonctionnement de la démocratie.

Déprofessionnalisation de la profession de l’information : causes, conséquences et plan d’action

Frank Huysmans, Maître de conférences en bibliothéconomie à la Faculté des sciences humaines, Université d’Amsterdam

Ces dernières années, tant en Flandre qu’aux Pays-Bas, de nombreuses formations aux métiers de l’information ont cessé d’exister ou ont été absorbées dans des formations plus larges. Ce fut le cas dans les enseignements supérieur et universitaire. Raison pour laquelle la Vlaamse Vereniging voor Bibliotheek, Archief en Documentatie (VVBAD) et la Koninklijke Nederlandse Vereniging van Informatieprofessionals (KNVI) ont réfléchi aux causes et aux conséquences de cette tendance, et aux manières de l’inverser. Une enquête sur les besoins des professionnels de l’information sur leur propre terrain de travail, mais aussi à l’extérieur, était l’une des actions envisagées.

L’enquête établit que les professionnels de l’information auraient intérêt à préciser leur rôle dans les organisations, à en définir les besoins et dégager quelle serait leur valeur ajoutée. Bref, mieux promouvoir leurs professions, et en matière de formation, étendre celles qui existent par des modules de spécialité.

Les dirigeants face à l’information

Pascal Junghans, Directeur de l’activité prospective, Entreprise et Personnel

Le travail présenté a été élaboré dans le cadre d’une thèse de doctorat, et a donné lieu à la publication d’un ouvrage « Les dirigeants face à l’information », éditions ADBS et DeBoeck, 2017. La base de la recherche a été une revue de littérature auprès de 26 dirigeants principaux de grandes entreprises sur leurs rapports à l’information. Ceux-ci reçoivent une masse d’information venant de l’entreprise, dont notamment celles fournies par les professionnels de l’information. Mais aussi ils recherchent par eux-mêmes d’autres informations plus prospectives, des signaux faibles lors de visites dans les usines et bureaux et par leurs réseaux. Pour traiter et s’approprier cette masse d’informations, ils vont certes utiliser les procédures de l’entreprise, notamment des réunions adaptées, mais surtout, mettre en œuvre les ressources “irrationnelles“ de leurs cerveaux pour “prophétiser“ le futur de leur organisation. En conclusion, ce travail a permis de dégager les concepts d’appropriation de l’information et de bain d’information. Et de soulever deux questions pratiques : les dirigeants utiliseront ils dans l’avenir de nouveaux outils pour acquérir et traiter l’information ? Demain, quel rôle pour les professionnels de l’information ?

 

Compte-rendu rédigé par Henri Stiller, administrateur de l'Adbs