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Portrait de pro : Diane Sciandra

Emploi

"Ce n'est qu'au fil des réussites que la compétence documentaire peut être reconnue !"
 

Diane Sciandra est Product Data Analyst dans une grande entreprise industrielle. Ce poste a été recréé récemment suite aux recommandations d'un audit, car les données manquantes dans les bases de données de son entreprise rendaient le management moins concurrentiel. Parent pauvre dans les entreprises industrielles, le Product Lifecycle Management (PLM) ou "gestion du cycle de vie - produit", est l'objet d'un regain d'intérêt de la part des décideurs. Il apparait aujourd'hui le dernier gisement de productivité exploitable dans ce secteur.
 

Ta fonction est tout à fait nouvelle dans ton entreprise...

Oui. J'exerce la fonction de Product Data Analyst depuis deux ans dans un groupe industriel européen de grande envergure, où je travaille depuis 13 ans. Mon poste a été "recréé" en France, après avoir disparu pendant plusieurs années.

L'équipe NPI (New Product Introduction), dont je dépends, gère l'industrialisation des nouveaux produits, et surtout la maintenance des produits commercialisés, activité qui confère une plus-value aux produits commercialisés. Cette équipe est intégrée dans l'un des principaux départements de l'entreprise : "Customer Care". Tout ce qui est lié aux services fournis aux clients avant, pendant, et après l'achat est de son ressort.

Le métier de Product Data Analyst est identifié dans les descriptions du Product LifeCycle Management (PLM), « gestion collaborative du cycle de vie du produit ». C'est un poste complexe, qui constitue une interface indispensable entre les méthodes, les achats, l'industrialisation, la gestion de la configuration (gamme, versionnement des produits),

Ma mission consiste à harmoniser ces données à l'intérieur de plusieurs bases de référence. Ces bases suivent le cycle de vie du produit et s'adaptent aux différents métiers. Ainsi les indicateurs permettent de contrôler si les processus sont correctement suivis, et de pourvoir à leur homogénéisation si besoin.

Il s'agit d'un métier de relation car chaque type de données est produit par un métier différent, qui comporte un processus et une façon de fonctionner particulière.  C'est également un métier d'analyse, car pour éliminer les dysfonctionnements et proposer des solutions, il est nécessaire de faire preuve de précision et d'objectivité. Son exercice demande certaines qualités : la persévérance, car les données sont très nombreuses et mobiles, la circonspection car le champ d'expérience est complexe.

L'aspect le plus agréable est le contact avec une grande variété d'interlocuteurs et de métiers. Le côté concret de ma mission, qui me permet de mesurer facilement le résultat de mes actions, est aussi très gratifiant. La créativité que cela comporte n'est pas pour me déplaire.
 

Comment es-tu arrivée à ce poste ?

J'ai commencé par une formation universitaire en économie. Ensuite terminée mon école de commerce, j'ai été recrutée par un consultant du Bureau van Dijk à la sortie de l'INTD. J'avais travaillé auparavant dans le marketing pendant sept ans. J'ai quitté cette première orientation professionnelle car l'aspect « structuration et transmission du savoir » en était absent. J'ai donc commencé un cours du soir à l'EBD puis en alternance à l'INTD, ce qui m'a permis de continuer à travailler et de financer ma formation.

J'ai choisi alors de faire mon mémoire sur l'audit des systèmes documentaires chez l'employeur qui m'avait accueillie pendant les deux ans de formation au CNAM. L'entreprise qui m'a recrutée à la sortie de l'école désirait quelqu'un qui ait les compétences pour suivre et accompagner le déploiement d'une GEIDE.
 

Ton profil documentaire a-t-il été perçu comme une valeur ajoutée ?

C'est mon profil "non littéraire" (sic) qui a intéressé mes recruteurs ainsi que l'orientation de mon mémoire. Et comme je devais animer un réseau d'une vingtaine de personnes, le fait d'avoir déjà de l'expérience professionnelle (dont 1 an en Angleterre) a joué en ma faveur.

Dans le secteur de l'industrie, les employeurs retiennent surtout de mon profil mon niveau général (bac+5), condition sine qua non pour être recruté comme cadre. Ensuite ma formation économie et gestion, mon niveau d'anglais et de culture générale. En effet, les compétences des informaticiens et des ingénieurs sont particulièrement présentes car on ne vend pas du contenu « littéraire » mais des produits finis - l'apport d'un documentaliste est perçu de façon mineure.

Heureusement, au fil des expériences réussies, cette compétence est reconnue au sein du management et des métiers, plus particulièrement ceux des méthodes, de la qualité et de la formation.
 

Comment vois-tu l'évolution des métiers de l'information-documentation ?

Je partage la vision exposée par Loïc Lebigre [responsable du service Formation à l'ADBS et directeur des Projets Métiers], lors de la conférence I-expo. Selon M.Lebigre, le défi à relever est le suivant : lorsque on est identifié uniquement comme professionnel de l'info-doc, il faut faire preuve de sa pluridisciplinarité et, paradoxalement, de sa capacité à se spécialiser. En changeant de désignation, nos compétences traditionnelles ne pourront plus y être associées, et on court ainsi le risque d'y perdre notre identité ergonomique. D'où l'importance d'un travail de fond autour d'un référentiel. Concernant la formation initiale, il met l'accent sur l'« agilité » intellectuelle, les NTIC, l'analyse et la conceptualisation et un tronc commun très généraliste avec plusieurs possibilités de se spécialiser. Il insiste également sur le tutorat et le travail en réseau.

Il me semble que les métiers peu porteurs de valeur ajoutée n'ont plus vraiment leur place dans les valeurs industrielles. En revanche, toutes les compétences qui permettent d'harmoniser, d'homogénéiser les langages, de promouvoir la communication, surtout là où il y a des impacts financiers immédiats (engagements clients, notoriété, aspects légaux, etc.) vont nécessairement prendre de l'importance. On a tellement élagué ou sous-traité les tâches et échelons intermédiaires que, in fine, on est arrivés à des aberrations de systèmes. Maintenant il est nécessaire d'analyser, de restructurer, de former, de suivre.

Dans ce contexte, notre place est indispensable, certes à condition d'être là au bon moment et, surtout, d'être bien identifiés.