L'ADBS au congrès de l’IFLA #WLIC2022 à Dublin

Réseau pro

Marie Muller, bénévole de l'ADBS Poitou-Charentes, nous livre le témoignage de sa participation au congrès de l'IFLA (la Fédération internationale des Bibliothèques et de l’Information) qui s'est tenu du 26 au 29 juillet dernier à Dublin. Récit d'une semaine riche en événements et en rencontres.

 

Dans le cadre de ma participation en tant que bénévole à la section ADBS Poitou-Charentes, j’ai eu cette année la formidable opportunité de pouvoir représenter l’ADBS France à l’occasion du 87e Congrès IFLA WLIC2022 des bibliothèques et de l’information qui s’est déroulé cet été du 26 au 29 juillet à Dublin, en Irlande. Une grande première pour moi qui jusque-là ne suivais que de très loin l’actualité de la Fédération internationale des Bibliothèques et de l’Information. D’entrée de jeu un programme très riche, avec plus de 150 sessions, sur 3 jours de conférence, sans compter les multiples événements satellites : IFLAcamp pour les nouveaux professionnels en début de semaine, conférences à thème dans et hors Dublin, business meetings des différentes sections de l’IFLA, galerie de posters et salon professionnel en accès libre dans le hall d’exposition sur le temps de la conférence, avec pour clôturer la semaine une journée du vendredi consacrée à des visites de bibliothèques, sur Dublin même ou partout ailleurs en Irlande vers les bibliothèques à destination desquelles des voyages en bus avaient été spécialement organisés pour l’occasion.

 


Plus de 1900 participants sur site au Centre de Conférences de Dublin, 495 participants à distance, 96 pays représentés et plus de 200 volontaires ont ainsi répondu présent à l’appel de Barbara Lison, présidente actuelle de l’IFLA qui terminera son mandat en 2023 avant de passer le relais à Vicki McDonald, présidente nouvellement élue en juillet.
Que retenir de ces trois folles journées de conférence ? Passée une cérémonie d’ouverture en plusieurs langues, qui introduisait les thèmes phares de l’événement : « Inspire, Engage, Enable, Connect », mettant en avant la richesse du patrimoine culturel irlandais au rythme enlevé des danses folkloriques locales, c’est Mary Robinson, Présidente de l’Irlande de 1990 à 1997 et Envoyée spéciale des Nations Unies pour le changement climatique qui a donné le ton de ce rendez-vous avec un mot de bienvenue plein d’espoir en faveur d’une action collective des professionnels de l’information dans un monde traversé par une crise d’une ampleur inédite. Un moment particulièrement émouvant dans le contexte de cette première session de la conférence en présentiel après deux années de pandémie de COVID-19.


Top départ ensuite pour l’ensemble des sessions, réparties en parallèle sur les 12 salles du Centre de Conférences. Tous les thèmes donnaient envie, il a malheureusement fallu faire des choix et comme préconisé lors du brief des nouveaux arrivants en amont de la conférence, j’avais pris le temps de faire une sélection autour de mes sujets de prédilection (métadonnées, standards, linked & open data, humanités numériques…), le tout panaché d’autres « incontournables » de l’événement pour ne rien rater de ces trois intenses journées de congrès. Mais il y avait vraiment matière à suivre de nombreux sujets en parallèle : actualité de l’IFLA (et de chacune de ses sections), enjeux de soutenabilité (développement durable), bibliothèques en temps de crise, inclusion en bibliothèque, accueil des publics jeunesse & scolaires, programmes d’éducation & formation aux sciences de l’information et des bibliothèques (LIS), advocacy (plaidoyer) pour les bibliothèques, design, leadership, communs & Wiki, Unesco, OCLC….


Parmi les temps forts de l’événement, je retiendrai pour ma part les conférences Metadata & Data at scale (entre autres car il y en avait plusieurs sur le sujet), qui m’ont permis de découvrir les expérimentations sur les données liées de la Bibliothèque Royale de Belgique (KBR), qui utilise comme pivot l’identifiant ISNI pour aligner ses notices d’autorité et enrichir par ce biais ses référentiels auteurs (la KBR organise bientôt à ce propos sa propre conférence internationale les 13 et 14 septembre prochains) – des liens avec IDREF assurément. Coup de cœur également pour le projet Circus Route Books de l’Université d’Illinois qui retrace la constitution d’un thésaurus des artistes de cirque (un fonds des livrets des tournées de cirque aux US étant conservé par la bibliothèque !) dans l’optique d’aligner les référentiels du Circus Route Books avec les données de Wikidata pour réaliser une projection cartographique de 100 ans de tournées de cirque aux États-Unis (génial !). Et la découverte de la section LIDATEC (IFLA Linked Data Technical Sub-Committee), dont j’ai pu assister à une séance de travail au cours de laquelle les participants ont été invités à passer en revue le draft de futures spécifications pour la production, la gestion et la maintenance des vocabulaires contrôlés en cours de développement à l’IFLA (#terminologueHeureuse).


Mais aussi, en continu dans le hall d’exposition du centre de conférences, une galerie de posters haute en couleurs et qui traduit une nouvelle fois le dynamisme, l’engagement citoyen et la créativité des professionnels des bibliothèques et de l’information de par le monde. Une séance de coaching international personnalisée, avec un mentor professionnel rien qu’à soi pendant 30 minutes («et toi, tu vas poser quoi comme question ? »). La projection du film « Chut… ! » dans les locaux de l’Alliance Française de Dublin, très beau souvenir, un documentaire à voir absolument ! L’intervention d’Helen Shenton sur le projet pharaonique de la restauration de la bibliothèque du Trinity College de Dublin.


Fierté et émotion au moment d’assister à la conférence-atelier de lancement du nouveau Manifeste IFLA-UNESCO des bibliothèques publiques (2022) – à noter que le congrès IFLA de cette année était aussi l’occasion de revenir sur les récents Wiki+Libraries Manifesto (2021), l’IFLA School Library Manifesto (2021) et le vademecum IFLA sur les programmes d’enseignement et de développement professionnel en sciences de l’information et des bibliothèques (LIS) (2022) et d’en mesurer les premiers effets auprès de la communauté des professionnels. L’incontournable « Cultural Evening » du mercredi soir, soirée de gala du congrès où près de 2000 bibliothécaires se sont retrouvés pour festoyer, ripailler et danser au milieu des rayonnages de la dlr LexIcon, principale bibliothèque publique et centre culturel de Dún Laoghaire qui offre une vue imprenable sur la baie de Dublin.


Le congrès de l’IFLA c’est aussi le témoignage émouvant d’Oksana Boiarynova, bibliothécaire ukrainienne, sur la session « European Libraries in Time of War : Responses to Crisis in Ukraine », vibrant appel à la solidarité internationale en faveur de l’Association des Bibliothèques d’Ukraine. Et la keynote « Climate, Conflict, and Community : The role of libraries in a world on fire », une inspirante intervention de Michael Peter Edson qui a lancé le public du grand auditorium du CCD dans une partie de pierre-feuille-ciseaux géante avant la cérémonie de clôture du congrès.
De nombreuses récompenses à signaler à l’occasion de cette édition 2022 : Prix de la Bibliothèque publique de l’année à la bibliothèque de Missoula (USA), Prix du meilleur projet mondial de bibliothèque verte pour la médiathèque parisienne de La Canopée, Prix « Dynamic Unit and Impact Award » à la section IFLA Enseignement et Formation (SET), médaille de l’IFLA au Dr. Filiberto Felipe Martínez ainsi qu’à Lorcan Dempsey pour leur parcours, leur contribution à la cause des bibliothèques et leur engagement auprès de l’IFLA, Prix du meilleur poster à Ejla et Adnan Ćurovac du Musée du Livre de la Bibliothèque Gazi de Sarajevo (Bosnie) – à la grande déception des supporters du poster français du library cat ! – et même un Prix WLIC WOW du meilleur post sur les réseaux sociaux décerné à Roana Marie Flores, qui remporte pour l’occasion sa place pour le congrès IFLA 2023 à Rotterdam.


Au-delà de l’expérience professionnelle, le congrès de l’IFLA c’est définitivement une incroyable expérience humaine, qui a pris cette année post-confinement une dimension toute particulière, et je reste marquée par l’implication et le dévouement de tous, officiels, organisateurs, volontaires, intervenants mobilisés sur les sessions et participants de tous horizons qui ont contribué sans compter pour faire de ce congrès un événement unique et mémorable – je veux aussi saluer l’accueil, la gentillesse et le sourire des membres du comité de la section IFLA irlandaise. Sans oublier la ville de Dublin, de jour comme de nuit, l’iconique Old Library de Trinity College et la Guinness dans les pubs de Temple Bar !


Des moments de vie que je ne suis pas près d’oublier. Partager un coin de table, un sandwich (une multiprise ?) entre deux sessions, prendre des contacts, ou créer des liens avec d’autres IFLA WLIC2022 « First Timers » (ou pas !) : attendre son tour à la session coaching avec Laure Maley et les autres élèves conservatrices de l’ENSSIB, bénéficier des conseils pro et bienveillants d’Anya Feltreuter de la bibliothèque publique de Mjölby en Suède, trinquer au Caucus Francophone avec Valérie Glass de l’APDEN, Pascal Sanz du CFIBD et tant d’autres, traverser Dublin au pas de course pour ne pas rater la soirée ciné du mardi avec le Dr Papa Mamadou Diop venu représenter les 50 pays de l’Union Africaine, être malade dans le bus à côté de Zuki Maya venue d’Afrique du Sud, échanger nos contacts avec Omon Ize-Lyamu de la National Library of Nigeria qui s’était portée volontaire sur cette édition, manger des glaces, parler de Wikidata et faire des selfies avec Angela Yon de l’Université d’Illinois et Cory Lampert de Las Vegas, rencontrer pour de vrai Violet Fox (ex-Mme Dewey !) de Chicago et Caroline Saccucci de la Library Of Congress de Washington, déambuler dans les allées de Trinity College avec Ophélie Ramonatxo et Bruno Sagna de la BnF, faire une rando sur les falaises de Howth avec Ann Van Camp, Maud Henry, Nadège Isbergue & Sophie Van de Pontseele, les filles de la KBR de Bruxelles, faire sienne enfin cette citation de W. B. Yeats : « There is no stranger here, only friends you haven’t met yet » …


Tous mes remerciements les plus chaleureux vont à la Présidente de l’ADBS Danielle Dufour-Coppolani, aux membres du bureau de l’ADBS, ainsi qu’à tous mes contacts de l’ADBS Aquitaine et Poitou-Charentes qui ont permis la concrétisation de ce beau projet.


Keep in touch my dear friends & hope to see you next year in Rotterdam #WLIC2023 !

Marie Muller