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Vu, lu, su : les architectes de l’information face à l’oligopole du Web / Jean-Michel Salaün

publié le 26 septembre 2012

Paris : La Découverte, 2012. – 152 p. - (Cahiers libres). – ISBN 978-2-7071-7135-1 : 16 €

DE LA BIBLIOTHEQUE A L'« ARCHITHEQUE »

Analyse de Joachim Schöpfel

joachim.schopfel[at]univ-lille3.fr

Trois est un nombre magique d'une force symbolique universelle. La Sainte Trinité, les trois rois mages, les trois grands piliers de la franc-maçonnerie (le corps, l'esprit et l'âme), les trois dimensions de l'espace... Voici donc maintenant les trois dimensions de l'économie du document.

Les travaux du réseau RTP-DOC, que Jean-Michel Salaün avait coordonnés de 2002 à 2005, ont préparé le terrain, avec le modèle du document comme forme, signe et médium (1).  Son nouveau livre Vu, Lu, Su transforme l'essai et développe une réflexion sur l'économie du document à l'ère du numérique.

Après une introduction sur la « redocumentarisation du monde », le premier chapitre est consacré au modèle de la bibliothèque, sur sa contribution à la chaîne de valeur des documents et sur ses relations avec les éditeurs.

Le deuxième chapitre sur les mutations du document résume les travaux de RTP-DOC et développe le modèle triangulaire du « Vu, Lu, Su ». Du point de vue cognitif, le nombre trois a l'avantage d'être facile à mémoriser. Ce modèle triangulaire est de ce fait un formidable outil didactique pour enseigner les sciences de l'information.

Le chapitre trois, intitulé « Réingénieries documentaires », reprend l'histoire de la documentation et décrit l'actualité de son approche face au Web. Il s'achève avec une courte analyse sur l'économie de service et sur la construction d'un « ordre documentaire nouveau ».

Le quatrième chapitre développe les idées de Jean-Michel Salaün sur l'économie du document, avec notamment trois modèles de valorisation du document : édition, bibliothèque, spectacle/dialogue.

Le cinquième chapitre, « A la recherche du néodocument », met en évidence quelques paradoxes et contradictions de l'économie du document (propriété versus partage, lecture versus calcul, etc.), et décrit trois modèles économiques (Apple, Google, Facebook).

Le livre se termine par une brève conclusion en faveur d'une nouvelle interprétation du rôle de la bibliothèque. Jean-Michel Salaün plaide en fait pour l'intégration des fonctions d'archives et d'architecture, ce qui remplacerait « bibliothèque » par « archithèque », et le bibliothécaire par un « archithécaire ». Pour décliner une formule célèbre dans un tout autre registre, on pourrait dire que les chercheurs n'ont fait qu'interpréter diversement le monde et qu'il s'agit maintenant de le transformer...

L'apparente simplicité est souvent l'expression d'une pensée complexe. Le lecteur se demandera à plusieurs reprises si l'auteur ne va pas trop loin. Seulement trois dimensions du web sémantique ? Seulement trois modèles de valorisation du document, trois modèles commerciaux ? Le secteur culturel et créatif a-t-il seulement trois cercles ? Quelle est la valeur heuristique de ce modèle triangulaire ?

La science commence par un questionnement, par l'interrogation des certitudes, par des hypothèses. Jean-Michel Salaün propose une perspective, un cadre, non un système. Le système, disait Nietzsche, est un manque de probité. La complexité se raconte. Jean-Michel Salaün évite les pièges d'un système. Il ne cherche pas une cohérence ou une logique alambiquée. « Le livre est un essai et non un compte rendu de recherches », avec des limites, des propositions, et le risque d'approximations et d'interprétations rapides. Mais l'auteur connaît la magie des mots, et le lecteur attentif trouvera des pépites intellectuelles, irritantes parfois, mais toujours stimulantes. Quelques exemples :

« La bibliothèque est (...) une entreprise de service fondée sur le partage. » (p. 18) ; « La valeur créée par la bibliothèque est indépendante du modèle de l'édition. » (p. 27) ; « Le numérique (...) nous donne l'illusion d'avoir toutes les réponses à nos questions avant même qu'elles ne soient posées, comme si notre futur était un destin déjà inscrit dans les machines. » (p. 61) ; « La bibliothèque est le média du temps long. » (p. 103) ; « De l'édition au web, le héros, l'auteur inséparable de son œuvre, laisse la première place au héraut, celui qui repère, relaie, commente (...) » (p. 121) ; « Le web est une formidable machine mémorielle, une prothèse de notre mémoire et, en même temps, il a une forte capacité à perdre l'information qu'il enregistre et transporte. » (p. 127).

Cela restera... Sans nul doute, la pensée de Jean-Michel Salaün marquera les sciences de l'information et de la communication des années à venir.

(1) R. T. PÉDAUQUE. La redocumentarisation du monde. Paris : Cépaduès, 2007








Rédigé par ADBS

mise à jour le 26 septembre 2012


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