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Usages, usagers et compétences informationnelles au 21e siècle

publié le 7 octobre 2009

sous la dir. de Jérôme Dinet. – Paris : Hermès Science Publications : Lavoisier, 2008. – 313 p. – (Traité des sciences et techniques de l’information. Série Usages et compétences). – ISBN 978-2-7462-2193-2 : 90 €

Qu'est-ce donc que s'informer en ligne aujourd'hui ? Quels savoirs sont-ils mobilisés pour dépasser les facilités offertes par les moteurs de recherche commerciaux et appliquer stratégie d'évaluation des sources et esprit critique à la recherche d'une information pertinente et valable ? À cette exigence fondamentale, posée en tête de cet ouvrage collectif par Brigitte Simonnot, répond l'examen des comportements d'usage des technologies de l'information dans différents secteurs et par différents groupes d'usagers.

En premier lieu est analysé par Alexandre Serres le défi porté à l'école par ce qu'il appelle « la culture informationnelle ». Celle-ci rencontre trop souvent de la part de l'institution scolaire incompréhension et réticences à « penser la technique » (p. 57) et à concevoir une technologie de l'intelligence à partir de ses propres valeurs et missions éducatives. Enjeux et embûches sont ici clairement et fortement décrits.

Le besoin de repenser le processus de recherche se fait sentir en entreprise, où s'impose de plus en plus la nécessité de dépasser la gestion spécifique, « localisée » des données pour instaurer une gouvernance « globale » dont Gilles Balmisse présente objectifs et étapes de mise en œuvre. Mais, quel que soit son point d'application, ce processus exige compétences et outils. En priorité, savoir évaluer la crédibilité des sources est une opération délicate qui nécessite formation ad hoc - insuffisamment dispensée par l'école ou l'université - et expertise professionnelle. Monica Macedo-Rouet et Jean-François Rouet analysent les compétences nécessaires et présentent des référentiels de compétences documentaires pouvant servir de base à des programmes de formation « centrés sur le développement cognitif des élèves et durables » (p. 117).

Un autre type de compétence consiste dans la capacité à utiliser à bon escient les outils de communication médiatisée par ordinateur ou CMO : courrier électronique, visioconférence, workflow, etc. En effet, les théories actuelles sur les effets de la CMO soulignent les distorsions et les limitations qu'impose le média par rapport à la présence effective, mais peu d'utilisateurs en sont conscients. Pour les dominer et « s'adapter à la situation de communication virtuelle », Nadia Gauducheau décrit les trois types de maîtrise à acquérir en situation de CMO, classe en un tableau synthétique les compétences requises et indique les ressources potentielles permettant de les acquérir.

Enfin, l'analyse fine par Philippe Cottier, Christophe Coquet et Pierre Tchounikine de la veille et de son dispositif traditionnel débouche sur la présentation de nouveaux outils plus spécifiques issus du web 2.0, censé placer l'utilisateur « au centre des interactions » (p. 268). Différentes applications en sont décrites mais elles supposent une formation à ces nouveaux outils - formation, indiquent les auteurs, proposée par les URFIST.

L'attention est alors attirée sur trois groupes d'usagers : les enseignants-concepteurs utilisant l'informatique pour leur enseignement dans un souci de partenariat homme-machine ; les « personnes empêchées », pouvant « momentanément ou durablement [...] se retrouver dans des situations d'incapacité plus ou moins sévères » ; les seniors dont les facultés peuvent être altérées par l'âge. La nouvelle terminologie : « environnement informatique pour l'apprentissage humain » (EIAH) révèle le souci d'« associer des acteurs humains (apprenant ou enseignant) et des agents artificiels (informatiques) » en leur offrant des « conditions d'interactions ou encore des conditions d'accès à des ressources formatives » (p. 161). Après avoir décrit le champ scientifique des EIAH et leur ingénierie, les trois auteurs présentent deux expériences innovantes en matière de conception de systèmes : la place accordée au sujet y est fondamentale, les outils conçus sont « ouverts », « malléables ».

Analyser les besoins de telle ou telle catégorie de personnes handicapées pour concevoir et diffuser un outil technologique adapté ne suffit pas. Il importe, en partant du point de vue de l'usager, de comprendre les conditions d'adoption de cet outil et donc la nature des relations qui s'établissent au sein du système personne-technique. C'est à cela que s'attache Marc-Éric Bobillier Chaumon en présentant quelques dispositifs d'assistance et leurs incidences, dont il définit les conditions d'adoption et d'usage.

Quant aux difficultés rencontrées par les seniors, dont on sait qu'ils sont de plus en plus nombreux à consulter l'internet, elles sont de deux types : cognitives et sensorimotrices. Les nombreuses enquêtes faites sur cette population montrent que cette difficulté croissante d'usage contribue largement à un rejet des TIC. Des mesures proposées, on retiendra surtout la nécessité de prendre en compte ce type d'utilisateurs dès le processus de conception des sites web.

L'ouvrage s'achève sur la présentation, par Muneo Kitajima, de deux nouveaux modèles cognitifs « basés sur la compréhension » (p. 285). Le premier, modèle de « l'apprentissage par exploration » de Polson et Lewis, permet de « simuler les comportements des utilisateurs quand ils effectuent des tâches sur de nouveaux dispositifs d'information » (p. 284). Le second, proposé par Kitajima et al., simule le processus de recherche d'un usager naviguant sur les pages d'un site web jusqu'à ce qu'il obtienne la page adéquate à son objectif. Savoir sélectionner les liens hypertextes pertinents relève des compétences nécessaires pour satisfaire une demande par l'emploi de la stratégie la plus adaptée. Les études sur ce sujet montrent que c'est loin d'être toujours le cas.

Enrichi par de copieuses bibliographies thématiques, cet ensemble, plaçant l'utilisateur au centre de la réflexion sur les nouvelles technologies, s'inscrit dans une perspective d'avenir qui rejoint une préoccupation centrale des sciences humaines.

Claire Guinchat


Rédigé par ADBS

mise à jour le 7 octobre 2009


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