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Une brève histoire de tous les livres / Lucien X. Polastron

publié le 24 juin 2015

Actes Sud, 2014. - 240 p. - ISBN : 978-2-330-03716-1 : 22,00 €

Analyse de Joachim SCHÖPFEL
joachim.schopfel@univ-lille3.fr


COUP DE COEUR

Presque par hasard, je suis tombé sur cette « histoire du livre par le biais des matières qui le constituent ». Il était là, petit objet (19 cm*10 cm*2 cm) au milieu du présentoir des nouvelles acquisitions de la section SIC de la BU, entouré d'ouvrages bien plus imposants sur des langages de programmation, le confort des lecteurs et l'information science. Trois cent quatre-vingts cm3 de lecture sur un peu plus de 200 pages, ce sont quelques trajets de métro. En plus, il est simplement beau, composé en Garamond Premier Pro corps 12,4, imprimé sur Vergé Ivoire dans un format agréable à tenir dans la main. Alors je l'ai emprunté. Puis, je ne l'ai plus quitté. J'avoue, j'ai failli le garder (« dérober des livres n'est pas voler », vieux dicton chinois) mais le surmoi aidant, j'ai fini par l'acheter avant même de le retourner à la bibliothèque.

L'écrivain Lucien X. Polastron, auteur d'ouvrages sur la calligraphie, la destruction des bibliothèques et la numérisation des collections, a souhaité « ramasser en quelques pages ce que [lui] ont appris les livres sur eux-mêmes » (p. 16). Entreprise réussie. Les Éditions Actes Sud sont rompues aux voyages à travers les littératures d'autres pays et continents. Voici un voyage dans le temps, à travers les siècles et cultures avec comme fil rouge l'objet-livre. Ce guide touristique au pays des livres est composé d'anecdotes, d'histoires, de formules spirituelles et aussi de quelques méchancetés bien ciblées. Mais laissons parler le livre pour lui-même. Voici quelques morceaux choisis, glanés ici et là au hasard de la lecture :

« Lire est un sentier qui se négocie ».

« Chaque lecteur réécrit le livre au fur et à mesure qu'il le lit ».

« Un livre annoté en vaut deux ».

« On reconnaît un ouvrage important à ce qu'il a été volé au moins deux fois ».

« Payer ses livres est [...] un mal bienheureux dans la mesure où [...] ils vous apparaissent alors tels les esclaves affranchis, si ce n'est anoblis ».

« Les religions n'existent que pour combler la vacuité du ciel par un ensemble de réglementations alambiquées. »

« La douceur animale de l'objet-lecture est ancrée dans notre inconscient ».

Les couvertures, « embarcadères du rêve et du désir ».

 Le lecteur bibliophile trouvera ainsi au tournant des pages quelques passages lumineux et passionnés, et j'avoue (deuxième aveu) que j'étais, comme on dit, « plié de rire » de lire les remarques de Lucien Polastron sur la politique de numérisation du ministère de la Culture (« la logorrhée emmitoufle une absence quasi totale de perspective historique »), sur les livres numériques, tablettes et autres « machinalires » et leurs « dix harems » (DRM), sur la gadgétisation apparente de la lecture, mais également sur les différentes façons de ranger une collection privée, sur les plaisirs secrets de l'ouverture d'un livre non coupé ou encore sur ce que la book art fait du livre (« son destin n'est plus la transmission du savoir mais l'évocation d'un savoir échappé »).

 L'annexe présente le cas d'une « chasse buissonnière » d'un bibliophile hors la loi du commerce. Sa profession de foi : « Érudition est le nom d'une pioche, qui permet de faire reculer chaque jour davantage les murs de notre prison mentale [...] Vivre est une occupation plutôt facile quand on a compris que la terre est une grosse pelote de livres agglutinés ». Bien vu. Mdr.

Je m'arrête là. On n'est pas nécessairement d'accord avec tout ce que l'auteur dit. Mais que c'est bien écrit... Ce petit livre est un joli cadeau qu'on adore lire (ah - les « sensuelles délices » que la lecture prodigue...) et qu'on ferme à regret (« qui n'a pas ressenti une infinitésimale alarme quand les pages restant à dextre se font de plus en plus légères, signe que proche est fin de l'extase »).

À propos, voici quand même la définition du livre selon Polastron : « un parallélépipède garni d'un titre et constitué de feuillets en papier assemblés, sur lesquels apparaissent des caractères organisés en une mise en page et parfois une illustration, le tout ayant pour but de signifier quelque chose ».

Et son pronostic concernant le numérique ? « [Il] ne va pas tuer la littérature mais seulement certains de ces habillages les moins anciens, comme le livre de poche, en canalisant tout ou partie de la publication marchande, éphémère, légère, vite lue, vers un support qui lui va comme un gant jetable, ce qui laissera le champ libre à une édition recentrée sur ses savoir-faire essentiels ». Lesquels ? Il faudra lire le livre pour le savoir...



Rédigé par ADBS

mise à jour le 24 juin 2015


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