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Droit de l’information

Twitter, aiguillon juridique, ou la passionnante face juridique de Twitter

Après des approches théoriques et des cas pratiques, voici un billet sur Twitter pour alimenter la rubrique « Outils et droit » ouverte récemment (avec Tumblr pour premier sujet). Reprenant les questions relatives au droit d’auteur et au droit de la responsabilité, il actualise un article co-rédigé pour l’ADBS avec Lionel Maurel [23], Twitter ayant donné lieu depuis juin 2009 (1) à de nombreux rebondissements.

Un regard sur les conditions générales d'utilisation (CGU) du site, acceptées dès lors que l'on s'abonne, indique que « l'utilisateur conserve ses droits sur ses contenus ». Twitter y renvoie aux lois en vigueur pour déterminer celle qui leur est applicable, ce qui sera le cas aussi en matière de droit d'auteur.

Tweets et droit d'auteur

« ... Aidez-nous à réaliser ce rêve que tout être humain mérite », extrait d'un tweet d'un Syrien cité sur France Inter le 4 juin 2011

Ces micro-messages de 140 signes ont beau être courts, s'ils ne se bornent pas à énoncer des faits ou des informations mais donnent lieu à une certaine créativité, ils seront, à l'image des haïkus ou des slogans, protégés par le droit d'auteur.

Il en est de même des titres des publications (2) bien que, en ce qui les concerne, on puisse faire valoir une exception à des fins documentaires ou pour les besoins de l'actualité.

L'originalité de la mise en forme des messages, qui leur accorde une protection, devrait être appréciée au cas par cas. Ceci peut s'avérer difficile, l'évaluation étant forcément subjective, si ce n'est que, lors d'un litige, des indices concrets seront bel et bien mis en relief par le juge.

Originaux, car portant la marque de la personnalité de leurs créateurs, signifie qu'il serait interdit de les reproduire sans l'autorisation du titulaire des droits. Le RT (retweet), qui consiste à renvoyer le message à tous ses followers étant la fonction clé de Twitter, on perçoit toute l'aberration de cette règle appliquée à ce type d'outils.

Mais, selon ses CGU, « en affichant un contenu, l'utilisateur accorde à Twitter une licence mondiale non exclusive, libre de redevance avec le droit de sous-licencier, utiliser, copier, reproduire, traiter, adapter, modifier, publier, transmettre, afficher et distribuer le contenu à tous les médias ou à toutes les méthodes de distribution (connues à présent ou développées ultérieurement) ».

Voilà qui balaie toute difficulté... pour Twitter, si ce n'est qu'il aurait été préférable que ce dernier s'en assure en imposant à ses usagers de cocher un cas signifiant qu'ils acceptent expressément ces conditions.

- L'apport des Creative Commons

Autoriser d'emblée la réutilisation, c'est que permettent les licences Creative Commons. Comme le suggérait l'article de l'ADBS, ces contrats - tout à fait applicables aux tweets - qui permettent de respecter un point fondamental au regard du droit moral de l'auteur (imposer de mentionner le nom de son auteur et reconnaître ainsi la paternité du message original) autorisent les usages de ces micro-messages par des tiers. Pourquoi pas, en effet, la licence accordée à Twitter étant non exclusive.

Doit-on autoriser la modification du message, autre option proposée par les licences Creative Commons ? Il serait illusoire de l'interdire, sauf si elle devait porter atteinte à votre réputation, cas extrême pour lequel on peut recourir à la procédure de notification sur Twitter - et celle-ci devrait exister sur toute autre plateforme - et pour lequel existent des solutions juridiques, un peu complexes, certes, dans le cas de Twitter puisque la loi est celle de San Francisco et que le tribunal doit appartenir à cet État.

Autoriser l'usage commercial ? Sur ce point, les réticences des auteurs sont fréquentes et la question est délicate. Twitter n'éludant pas les usages commerciaux dans ces CGU(3), cette interdiction ne s'imposerait d'ailleurs qu'aux tiers. Encore faut-il parvenir à dresser la frontière entre les usages commerciaux et non commerciaux (voir ci-après).

Or, si le nombre de messages susceptibles d'être protégés par le droit d'auteur reste marginal, les statuts juridiques des posts sont variés et il est difficile de les réutiliser en bloc sans autorisation expresse (4).

Pour qu'une telle réutilisation soit possible, on aurait pu imaginer une licence minimale, telle que la licence Creative Commons CC BY (qui n'exige que le respect du droit de paternité) ou même d'abandonner tout droit sur ses posts, en les mettant d'emblée dans le domaine public (licence CC Zéro (5) (6). Les posts n'appartenant plus à personne, ils pourraient être toujours a priori réutilisés par tous.

- Les documents ciblés par un lien

Les droits à respecter sont ceux qui figurent sur le site, blog, ou autre support auquel le lien donne accès. Ainsi, les droits sur une photographie déposée sur Twitpic appartiennent toujours à leur auteur. L'AFP, Getty, CBS, ABC et autres... qui affirmaient que, « en postant ses photographies sur un forum où celles-ci pouvaient être infiniment partagées et republiées », leur auteur autorisait implicitement leur usage, étaient dans l'erreur. L'auteur n'avait jamais cédé ses droits, sauf, toujours selon les CGU de Twitpic qu'il convient toujours de garder en mémoire, « aux sociétés, organisations ou individus travaillant en partenariat avec Twitter », ce qui n'était pas le cas des plaignants. Cette condition fut rappelée récemment. Mais comme le partenariat de Twitter est sans doute appelé à être élargi progressivement, ceci ne manquera pas non plus d'avoir des implications intéressantes.

Tweets et responsabilité

Dans ses CGU, Twitter rappelle aussi à ses utilisateurs les règles à respecter en matière d'atteinte aux droits de la personne ou pour d'autres cas mettant en cause leur responsabilité.

- Les responsabilités d'un hébergeur

Comme tout hébergeur, Twitter ne s'oblige pas à opérer des vérifications a priori, mais s'engage à retirer rapidement tout contenu manifestement illicite dès lors qu'il en est avisé. La procédure de notification, déjà citée, lui permet de répondre à cette obligation.

- Usurpation d'identité

En 2009, les problèmes relevaient surtout de l'usurpation d'identité puisque plusieurs comptes piratés avaient été utilisés pour envoyer des messages avec le nom de la victime comme expéditeur.

- Divulgation d'informations confidentielles

Divulguer des informations confidentielles échangées lors de réunions professionnelles non publiques est en un cas que j'avais envisagé en 2009, mais je n'ai pas d'exemples à citer.

- Le respect de la vie privée

Le non-respect a donné lieu à des suspensions de compte par Twitter [13] qui, sans attendre une décision de justice et dès qu'il en avait été informé par notification, a bloqué un compte déjà très controversé, lorsqu' un message a dévoilé le nom de la personne célèbre qui se cachait derrière un compte anonyme. Une décision prise sans le juge, un scandale ? Peut-être pas puisqu'un hébergeur est tenu aussi de supprimer une information ou de bloquer l'accès à un compte qui diffuse une information manifestement illicite. Ce compte est d'ailleurs réapparu sans le message qui posait problème mais ceux contenant des propos homophobes seraient toujours diffusés par d'autres comptes....

On a noté aussi des notifications abusives qui se sont traduites par la suspension du compte du porte-parole de l'UMP, rétabli dès lors que l'abus a été constaté, notifications abusives qui devraient être sanctionnées, ajoutera-t-on.

suite >>>>


Dates :
Créé le 5 juillet 2011

Rédigé par Michèle BATTISTI

mise à jour le 7 juillet 2011


Notes

(1) Soit à peine un peu plus de deux ans après la création de ce service, le 25 octobre 2006.

(2) J'utilise très fréquemment les titres dans mes messages, d'où cette précision alors que les titres occupent sans doute une place marginale sur Twitter.

(3) Des services ont pu être ainsi créés, en partenariat avec Twitter, moyennant rémunération très certainement, alors que la matière première est déposée volontairement par des tiers. Modèle gagnant/gagnant ? La question est posée.

(4) On le souligne à nouveau : la modification contractuelle, qui accorde une licence d'utilisation, ne s'applique qu'à Twitter, mais pas à ceux qui voudraient réutiliser des messages postés par des tiers, lorsque ceux-ci sont originaux

(5) Mais en France, la mention du nom de l'auteur reste exigée et cette licence qui facilite certes les usages m'a toujours laissée sceptique.

(6) Lawrence Lessig préconise une telle solution pour les remix des créations faites par les internautes, « Getting the network the world needs », intervention de Lawrence Lessig présentée sur le site de l'ADBS.

Sources

[1] How the Library of Congress is building the Twitter Archives, Audrey Watters, O'Reilly Radar, 2 June, 2011

[2] Twitter obligé par la justice anglaise de dévoiler l'identité d'un membre, L'informaticien, 31 mai 2011

[3] Internet, le paradis de la diffamation ? Erwan Gaucher, Owni, 31 mai 2011

[4] Le CSA interdit aux chaînes TV de citer leurs pages Facebook et Twitter, Guillaume Champeau, Numérama, 30 mai 2011

[5] Fine Print Blurs Who's in Control of Online Photos, Joshua Brustein, The New York Times, May 22, 2011

[6] Brésil : Twitter reconnu comme courrier des lecteurs, Marie-Catherine Breuth, Etreintes digitales, 11 mai 2011

[7] Twitter met à mal une règle juridique, Bertrand Garé, L'informaticien, 10 mai 2011

[8] Brouillon auto, Thomas, cdimagination.net, 5 mai 2011

[9] Twitter banni du mariage du Prince William (Mashable), Actuenvrac, 27 April 2011,

[10] The New York Times' R&D Lab has built a tool that explores the life stories take in the social space, Megan Garber NiemanJournalismLab, April 22, 2011

[11] Précisions sur l'application des conditions générales de Twitter, Nathalie Dreyfus, Dreyfus.blog, 17 mars 2011

[12] Courtney Love Twitter Defamation Case Settled: Love Pays $430,000, FindLaw, March 7, 2001

[13] Twitter, petite modération entre amis, Vincent Glad, Slate, 7 février 2011

[14] Twitter sommé de livrer des informations personnelles sur Wikileaks, Jérôme Champeau, Numérama, 10 janvier 2011

[15] Twitter, l'oiseau gazouilleur ne veut pas être enfermé en cage, Un simple clic, 3 janvier 2011

[16] L'AFP condamnée pour des photos piratées sur Twitter, Pierre Haski, Rue 89, 30 décembre 2010

[17] Would Twitter Be Liable For Links To Infringing Material?  Mike Masnick, Techdirt, Dec 28th 2010

[18] A quoi ressemblerait l'Internet sans anonymat, Vincent Glad et Olivier Tequet, Slate, 28 mai 2010

[19] Souriez, vous êtes surveillés : sur Twitter aussi, Actualités du droit de l'information (ADI), janvier 2010

[20] Petit oiseau devient gourmand ? (à propos des nouvelles conditions d'utilisation de Twitter), Calimaq, S.I.Lex, 12 septembre 2009

[21] De nouvelles conditions contractuelles pour Twitter, Michèle Battisti, ADI, septembre 2009

[22] Tweet publicitaire : comment respecter la loi, Jérôme Le Cœur, Décryptages, 17 juillet, 2009

[23] Puis-je réutiliser un message posté sur Twitter ? Lionel Maurel avec la collaboration de Michèle Battisti, ADI, juin 2009

[24] Charte d'utilisation des réseaux sociaux Facebook et Twitter de l'INSA de Toulouse (sans date)

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