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Trois bibliothèques européennes face à Google. Aux origines de la bibliothèque numérique (1990-2010) / Gaëlle Béquet

publié le 23 juin 2015

Paris : École nationale des Chartes, 2014. – 474 p. – (Mémoires et documents de l’École des Chartes). – ISBN 978-2-35723-058-3 : 38 €

Analyse de Joachim SCHÖPFEL
joachim.schopfel@univ-lille3.fr

HISTOIRES DE TRANSITION VERS LA BIBLIOTHÈQUE NUMÉRIQUE

Gallica, la bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France, est au cœur du patrimoine culturel numérique. Plus que cela, Gallica est devenue un modèle incontournable pour tout projet de numérisation et valorisation d'anciennes collections, aussi bien en France qu'en Europe. Tellement incontournable qu'on oublie parfois l'historique, les débats, les acteurs, les enjeux, les choix politiques, les impasses.

 Gaëlle Béquet[1] raconte les deux décennies de la création et de l'essor de Gallica sous la double perspective de l'innovation et de l'organisation, en appliquant recherche historique et approche sociologique aux sciences de l'information et de la communication. Le résultat est convaincant : il s'agit probablement de l'étude la plus riche de cette transition vers le numérique au sein de la Bibliothèque nationale de France - riche de détails, riche de la parole des acteurs, riche aussi d'analyse scientifique.

Quatre chapitres retracent pour le lecteur le développement de la bibliothèque numérique, depuis l'impulsion politique et la première collection numérique à la Bibliothèque de France (1988-1993), les années charnières de la création de la BnF et la mise en œuvre de Gallica (1994-1997) jusqu'à la consolidation comme produit de l'innovation courante (1998-2004), le renouvellement du réseau sociotechnique et l'ajustement de la politique documentaire de Gallica 2 (2005-2010). Sur une petite centaine de pages, Gaëlle Béquet fait revivre ces années, avec une vision globale des évolutions politiques, économiques et technologiques.

 Ces quatre chapitres à eux seuls méritent la lecture. Mais l'auteure a réussi l'exploit d'ajouter deux autres études de cas, plus courtes mais également intéressantes, sur la British Library et la Bibliothèque nationale d'Autriche. L'approche est la même : étudier la transition vers la bibliothèque numérique, donner la parole aux acteurs, suivre l'évolution technologique et organisationnelle, analyser les liens entre politique, innovation et organisation.
La British Library a toujours été mise face à la question cruciale du financement, de la rentabilité et du retour sur investissement, avec parfois des choix managériaux et stratégiques contestables mais tout à fait cohérents avec la politique des années Blair, comme l'interdépendance avec le secteur privé à travers de nombreux partenariats public/privé et l'exploitation commerciale des collections numérisées.
L'Österreichische Nationalbibliothek, quant à elle, a dû développer sa stratégie numérique dans un environnement politique, culturel et économique pas toujours favorable et marqué d'une certaine inertie. Par ailleurs, c'est probablement la seule étude approfondie en France sur cette bibliothèque nationale.

Ces trois histoires sont racontées en parallèle, comme une sorte de biographie de trois établissements culturels face à la révolution numérique. Mais, ce qui en ressort surtout, c'est le rôle prépondérant joué par Google qui, plus que les gouvernements et ministères, a mené la danse et réussi à imposer ses sujets et son agenda, sa cadence, ses choix stratégiques, sa technologie et, dans une certaine mesure, aussi ses contrats et sa vision juridique. Certes, Gaëlle Béquet décrit comment chaque bibliothèque a défini, dans son contexte spécifique, sa propre politique numérique, avec des procédures, techniques, structures, produits et services adaptés. Mais il reste l'impression que, pendant ces deux décennies de transition numérique, ces trois bibliothèques n'ont pas toujours été acteurs de leur destin. Lu sous cet angle, l'ouvrage de Gaëlle Béquet est aussi le récit des splendeurs et misères de la politique culturelle publique des pays européens au début du xxie siècle. On peut ainsi suivre l'évolution des ressources humaines (BNF -26 %, BL -21 %, ÖNB +4 %) ou la part étonnante d'autofinancement des établissements.

À travers son approche historique et sociologique, le livre contribue ainsi à la discussion autour de la valorisation du patrimoine culturel et du domaine public, le rôle de l'État et, plus largement, de la diffusion de la connaissance dans la société de l'information. Passionnant.

Pour le lecteur pressé : le livre compte 473 pages, dont 231 pages consacrées à l'étude des trois bibliothèques nationales. Le reste est constitué de l'introduction, des conclusions, remerciements, etc., plus surtout 200 pages d'annexes avec une bibliographie exhaustive et la transcription de 19 interviews qui valent qu'on s'y attarde.




[1] Gaëlle Béquet est conservateur des bibliothèques, a été directrice de la bibliothèque de l'École des Chartes, dirige depuis 2014 le Centre International ISSN et préside le comité ISO/TC46 Information et documentation. Son livre est issu d'une thèse sur l'innovation et le patrimoine numérique dans trois bibliothèques nationales européennes, soutenue en décembre 2011 à l'Université Sorbonne Nouvelle Paris-3.


Rédigé par ADBS

mise à jour le 24 juin 2015


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