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Sérendipité : du conte au concept / Sylvie Catellin ; préface de Laurent Loty

publié le 23 avril 2014

Paris : Seuil, 2014. - 270 p. - (Science ouverte). - ISBN 978-2-02-113682-1 : 21 €

Analyse de Joachim SCHÖPFEL
joachim.schopfel[at]univ-lille3.fr


UN ESSAI INTELLIGENT ET HUMANISTE SUR L'ACTIVITÉ SCIENTIFIQUE


La sérendipité est devenue à la mode. Wikipédia la définit comme l'art de « trouver autre chose que ce que l'on cherchait ». Sont citées comme découvertes liées au hasard, pêle-mêle : la lithographie, le four à micro-ondes, la pénicilline, le post-it, le téflon, le velcro, le Coca-Cola, la tarte Tatin et les bêtises de Cambrai. Ce livre lui-même en est un autre exemple.

Le lecteur s'attend à une étude sur la recherche d'information dans les bases de données ou sur Internet où les liens hypertextes aident à trouver « une grande quantité de choses inattendues mais intéressantes bien qu'hors sujet de la recherche » (Wikipédia). Le livre parle aussi de navigation hypertextuelle, de la programmation du hasard, etc. Mais le lecteur trouvera surtout une analyse herméneutique du concept de sérendipité dont l'histoire est retracée à travers la littérature, la philosophie, la psychanalyse et la cybernétique. Et, plus encore, le lecteur trouvera aussi, « inattendue et intéressante », une réflexion sur l'épistémologie des sciences, dans la ligne droite des Merton, Feyerabend et Kuhn.

Mais commençons par le début. Sylvie Catellin, maître de conférences en sciences de l'information et de la communication à l'université de Versailles St-Quentin-en-Yvelines, regrette l'image appauvrie de la notion de sérendipité due à l'effet de mode, et s'attelle à rétablir sa profondeur historique et linguistique comme la « capacité humaine [...] à s'étonner et à y prêter attention [qui] ouvre les portes de la créativité [et] fait pression sur le chercheur pour le lancer sur une piste nouvelle ». Et elle poursuit que derrière les mots « se cachent [...] des conceptions de l'homme et de la société, des sciences et des techniques ».

Après l'analyse des origines littéraires et philosophiques du mot, Sylvie Catellin consacre la majeure partie de son livre aux débats du XXe siècle, aux questions concernant « les voies de la création en science et en art [car] la sérendipité renvoie à une disposition fondamentale de l'être humain dans le processus de découverte ».

Ainsi, elle retrace la controverse « qui oppose, notamment dans les années 1940-1950 (et aujourd'hui encore), les partisans d'une science libre, autonome, à ceux qui défendent la vision d'une science dirigée, programmée et planifiée ». Elle analyse la doctrine d'Irène Joliot-Curie, Jean Perrin et Georges Teissier d'une recherche fondamentale « pure [qui], seule, prépare l'avenir » et qui s'oppose à la recherche appliquée et industrielle. Un dualisme typiquement français qu'on retrouve par exemple dans les discussions des Assises nationales des états généraux de la recherche à Grenoble en 2004. L'argument-choc : l'électricité n'a pas été inventée en cherchant à perfectionner les bougies...

Mais le concept de sérendipité dépasse l'opposition entre recherche fondamentale et recherche appliquée. « Abandonner une direction de recherche initiale, sortir des sentiers battus ou préprogrammés, entreprendre des recherches parfois acharnées pour trouver une explication et la vérifier » : cela va plus loin et implique une liberté d'esprit, une « indisciplinarité », une culture humaniste, un savoir ancestral « d'interprétation des traces et des signes ».

« Faire découvrir la sérendipité, c'est faire comprendre que lorsque la science découvre, elle est un art ». Le livre se termine sur cette profession de foi, et le lecteur repose ce livre sur la table et se met à rêver... d'une République des Lettres transcendant les frontières nationales, différences religieuses, rangs sociaux, professions et disciplines, d'une communauté d'érudits et de philologues, d'une université humaniste et d'un nouveau siècle des lumières. Mais il faut vivre, remplir les cases et formulaires, soumettre des projets, évaluer et se faire évaluer, publier, valider et recommencer. Tout cela laisse peu de temps pour une réflexion libre. Mais cela laisse quand-même le temps de lire ce livre, de l'apprécier (beaucoup) et de rêver (un peu). Il est comme un rayon de soleil, un essai intelligent, spirituel et humaniste sur l'activité scientifique, et on lui souhaite beaucoup de lecteurs.


Rédigé par ADBS

mise à jour le 26 juin 2014


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