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Qu’est-ce qu’un livre aujourd’hui ? Pages, marges, écrans

publié le 8 mars 2011

Paris : Syndicat de la librairie française, 2009. – 111 p. – ISBN 978-2-7071-5768-3 Numéro de : Les cahiers de la librairie, ISSN 1771-351X, janvier 2009, n° 7. – 15 €

Qu'est-ce qu'un livre aujourd'hui ? Pages, marges, écrans. - Paris : Syndicat de la librairie française, 2009. - 111 p. - ISBN 978-2-7071-5768-3
Numéro de : Les cahiers de la librairie, ISSN 1771-351X, janvier 2009, n° 7. - 15 €

Tout le monde en parle : le livre numérique est à l'affiche. Invité d'honneur de la foire du livre de Francfort et du salon du livre de Paris, au cœur du débat autour de Google Books et de Gallica : on ne parle que de lui. Aujourd'hui on trouve de plus en plus d'articles, de livres, rapports, thèses et mémoires sur le phénomène - des tentatives de définition, des analyses du marché, descriptions technologiques, évaluations des attitudes et comportements, analyses des statistiques d'usage, etc.

Voici une contribution originale, un peu à contre-courant, un dossier thématique à destination des métiers du livre sur « les figures du livre aujourd'hui ». La particularité de ce dossier est qu'il est porté par la conviction que « le livre imprimé garde bien des ressources » et qu'il a « la peau dure ». L'esprit partisan est clairement affiché : la revue où il paraît est publiée par le Syndicat de la librairie française.

Les onze articles du dossier se répartissent parmi les quatre sections suivantes : le numérique (« Vers un livre de sable ? »), le marché et les métiers du livre (« Livres dans la cité »), la place du livre imprimé (« Le livre est-il toujours à la page ou déjà en marge ? »), et le rapport avec le cinéma (« Ciné-livres »). Disons-le tout de suite : le développement de la quatrième section ne se justifie pas dans ce dossier, et nous n'en parlerons pas. Les autres sections animent un dialogue entre plusieurs disciplines et métiers dont la sociologie, l'histoire, le droit des médias, l'art dramatique, la littérature, le journalisme et la culture de l'écrit. Ce qui réunit les auteurs, c'est leur attachement au livre. Voici quelques notes de lecture.

Qu'est-ce qu'un livre ? La définition donnée est celle d'Emmanuel Kant : « un bien matériel dont l'acheteur devient le légitime propriétaire et un discours dont l'auteur conserve la propriété » (Chartier, p. 12). La lecture impactée par le numérique est décrite comme « segmentée, fragmentée, discontinue [...] d'unités textuelles éphémères, multiples et singulières, composées selon la volonté du lecteur ». Cela résonne comme un lointain écho des travaux de RTP-DOC...

Une autre approche décrit le livre comme « objet de résistance et objet fétiche » (Doueihi, p. 18). L'environnement numérique est compris comme lieu « d'une nouvelle culture qui, dans ses pratiques, fragilise et déconcerte les modèles actuels ainsi que leurs institutions » (p. 23). L'accent est mis sur l'analyse des pratiques. On y trouve une fine interprétation de l'environnement juridique et technologique (formats, mesures de protection technique). Le dossier expose également les conséquences d'une nouvelle fracture numérique et de l'émergence du Web 2.0 dont la « culture du mot-clé » entraînerait un appauvrissement intellectuel.

Au long des différentes sections, ce dossier parle des espaces paisibles de la lecture, de la « lecture profonde indissociable de la pensée profonde ». L'Internet est décrit comme un potentiel mais surtout comme une menace sur la culture humaniste. Pourtant la réflexion des auteurs est plus compliquée, nuancée : « Soyez sceptiques vis-à-vis de mon scepticisme » (Carr, p. 37). Autrement dit : on vous parle des risques et menaces mais cela peut se passer autrement ; par contre, le train est parti et la messe, dite...

D'autres articles se font les avocats de la chaîne du livre, de la librairie de référence face aux grandes surfaces, du prix unique. Une contribution mérite particulièrement notre attention. Lionel Ruffel, maître de conférences à Paris 8, analyse la place du livre dans l'évaluation de la production scientifique, à la base des classements académiques, tels que le Shanghai ranking. Le constat est navrant : le système actuel s'appuie pour l'essentiel sur le modèle de la revue scientifique et favorise l'article. Écrire un livre est doublement pénalisant - à cause du temps investi (pendant tout ce temps, combien d'articles aurait-on pu rédiger ?) et parce qu'un livre échappe au calcul du facteur d'impact et des listes de référence. On peut ne pas être d'accord avec tous les arguments de Lionel Ruffel. Mais il est certain que le classement actuel met en concurrence l'article (du fast-food scientifique, si on veut) avec d'autres formes de communication qui demandent plus d'investissement. Et il est certain aussi qu'actuellement cette concurrence tourne à l'avantage de l'article et de la revue, au détriment non seulement du livre mais aussi des sciences humaines et des lettres. Un article à lire...

Ce numéro spécial prend fin sur une coda nostalgique : « Les sens anciens rayonnent dans la profondeur présente du livre. C'est à la chose du papier de dispenser l'ivresse, la sève, la liberté que la réalité contemporaine a exilées. Il y a un goût amer au temps que nous vivons. » Le dernier mot de la revue est « beauté ». Oui, beauté. Cela donne la mesure de la distance, voire du décalage avec nos débats sur les e-books où un tel concept n'a pas de place (ou seulement quand il est question du design d'une nouvelle liseuse). C'est simplement désuet, d'une autre planète.

Nous qui étudions et enseignons les nouvelles technologies, nous regrettons l'absence d'échanges, de références, de clins d'œil vers nos auteurs et concepts. Aucun lien, par exemple, à nos ouvrages de référence[1]. Prendre trop de distance ou de hauteur, c'est tenir un télescope à l'envers. Soit. Cependant, avouons quand même que ce dossier touche une fibre sensible - celle de tous ceux qui toute la journée font la promotion des NTIC mais qui, à la tombée de la nuit, quand dehors il fait froid et sombre, se calent dans un coin calme et chaud avec un bon vieux livre pour « partir ailleurs ». Le mérite de ce dossier est d'avoir réuni des voix différentes et multiples pour analyser et, dans un esprit tout à fait partisan, défendre cette pratique.

Joachim Schöpfel


[1] Comme L. Soccavo, Gutenberg 2.0 : le futur du livre, M21 Editions, 2e éd., 2008, ou encore M. Dacos & P. Mounier, L'édition électronique, La Découverte, 2010.


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mise à jour le 14 avril 2011


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