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Droit de l’information
Cartographier le web sous forme de perles. Une idée séduisante aux multiples aspects juridiques
Mais avant de préciser sous quelles conditions il est possible de reproduire et de modifier les arbres créés par vous-même ou par des tiers, il convient de définir si leurs auteurs peuvent revendiquer des droits.
Pearltrees story (Patrice)
Vous produisez un arbre de perles
Même réalisé à l'aide d'un outil, cet arbre est bien une création de l'esprit. On peut d'ailleurs le rattacher aux plans[1] qui figurent dans la liste non exhaustive des œuvres de l'esprit dans le Code de la propriété intellectuelle (CPI). L'arbre de perles répond parfaitement aussi à la définition de la base de données (voir notes) : il sera protégé par le droit d'auteur s'il est original dans sa structure et dans le choix des données [2]
Peu importe la qualification que vous donnez à votre création, il faut avant tout qu'elle soit originale, c'est-à-dire portant l'empreinte de son auteur. Peu importe aussi la qualité esthétique du résultat, c'est l'agencement de l'arbre de perles qui doit être original, les idées elles-mêmes pouvant être reprises pour être présentées d'une autre manière.
Si l'apparence des perles, et tout autre élément visuel, vous sont fournis par le logiciel, les conditions contractuelles de la plate-forme utilisée pour créer l'arbre de perles, vous permettent de les combiner avec tout autre élément dont vous détenez les droits[3], à condition de ne pas modifier les éléments appartenant à Pearltrees.
Un arbre peut être conçu par plusieurs auteurs. Oeuvre de collaboration, chacun dispose des mêmes droits sur sa création. On pourrait aussi imaginer que l'arbre, créé sous l'impulsion d'une personne morale ou physique, constitue une œuvre collective sur laquelle cette personne détiendrait les droits. Mais, comme l'indiquent notre dossier (réf. 3) et les conditions contractuelles (voir partie 2), il semble opportun de rattacher l'arbre au régime à venir des œuvres collaboratives.
Le producteur d'une base de données peut s'opposer à toute extraction qualitativement ou quantitativement substantielle des éléments non originaux de sa base. Mais pour ceci, il lui faudrait prouver avoir investi substantiellement pour la constituer (notes), ce qui sera impossible dans l'immense majorité des cas [4], Quant aux producteurs de Pearltrees, qui ne prennent aucune part à laconstitution, à la vérification ou à la présentation du contenu de la base de données, ils ne pourront pas s'appuyer sur un droit du producteur de base de données, mais alléguer la concurrence déloyale ou le parasitisme pour défendre les investissements réalisés pour créer la plate-forme, la maintenir et la faire évoluer.
Vous réutilisez un arbre de perles
Dès lors que la création est originale, son auteur décide des conditions de son utilisation. Mais les concepteurs de la plate-forme Pearltrees, outil conçu pour être partagé, en ont décidé autrement. Par ailleurs, il convient de s'interroger sur le statut de l'hyperlien, encapsulé dans chaque perle.
Les conditions générales d'utilisation (CGU) de la plateforme Pearltrees.com imposent à ses utilisateurs d'accorder une licence générale aux autres utilisateurs ainsi qu'à tous les internautes, leur permettant de regarder, d'utiliser, de commenter, de citer, de reproduire, d'éditer et de modifier les arbres qu'ils ont créés.
Ce sont des conditions classiques des licences libres. Elles sont particulièrement ouvertes, ce qui suppose notamment que vous acceptiez la modification de votre œuvre et, point plus délicat selon moi, que votre nom ne soit pas obligatoirement mentionné lors de la réutilisation. Sur ce point nous rejoignons Calimaq (réf .1) qui suggère que les auteurs d'arbres puissent opter pour l'une des licences Creative Commons (réf. ADI), ce qui clarifierait la situation.
Pearltrees rappelle aussi à ses utilisateurs les règles à respecter en matière de propriété intellectuelle et de respect de la vie privée. Comme tout hébergeur [5] , il ne s'oblige pas à opérer des vérifications a priori, mais doit retirer tout contenu manifestement illicite. Il incombe donc aux utilisateurs de s'assurer que les contenus qu'ils reprennent ne sont pas susceptibles d'enfreindre les règles du droit d'auteur ou d'autres obligations.
Chaque perle correspond à un hyperlien. Si faire un lien doit être un acte libre, on note encore que de nombreux sites exigent une demande d'autorisation préalable, ce qui à notre avis est excessif (réf ADI). Il conviendrait donc, étrangement selon nous, de vérifier, même pour des liens apparemment anodins, si l'autorisation de les établir est requise.
Quel modèle économique ?
L'utilisation de la plate-forme et la réutilisation des objets créés sont gratuits, ceux-ci (tweets, arbres,...) restent accessibles sur la plate-forme, comme la plupart des contenus produits par les utilisateurs (User Generated Content) à partir d'outils du web 2.0. Le producteur de Pearltrees se réserve aussi le droit de modifier les conditions contractuelles à tout moment [6] et prend la précaution de ne pas garantir la gratuité du service à terme.
Rédigé par Michèle BATTISTI
mise à jour le 11 janvier 2010
Définitions
La base de données : un recueil d'œuvres, de données ou d'autres éléments indépendants, disposés de manière systématique ou méthodique, et individuellement accessibles par des moyens électroniques ou par tout autre moyen (art. L.112-3 CPI).
Le producteur d'une base de données. Entendu comme la personne qui prend l'initiative et le risque des investissements correspondants, il bénéficie d'une protection du contenu de la base lorsque la constitution, la vérification ou la présentation de celui-ci atteste d'un investissement financier, matériel ou humain substantiel (art L 341-1 CPI)
Notes
[1] Le concepteur français de la plate-forme parle de maps.
[2] Sans doute est-il plus aisé de faire preuve d'originalité avec un arbre sur l'affaire Clearstream qu'en détaillant les éléments du Code de la propriété intellectuelle, quoique ...
[3] Pearltrees ne revendique aucun droit sur les éléments qui vous appartiennent.
[4] Chaque arbre à perles est une base de données, affirment les auteurs de la plateforme. Curieusement, les producteurs de Pearltres s'appuient sur le droit sui generis lié à l'investissement pour affirmer que les auteurs des arbres ne peuvent pas s'opposer à une extraction substantielle de leurs arbres alors que, selon la loi, le producteur peut simplement s'opposer à une extraction non substantielle de la base, si celle-ci n'est pas protégée par le droit d'auteur.
[5] Obligation qui s'étend à la conservation des données de connexion pendant un an.
[6] Si l'on peut être avisé par courrier électronique il est prudent de consulter le site de temps à autre. Il serait opportun aussi de disposer d'un délai pour se rétracter. Lorsque l'on désactive son compte, les contenonus ne sont plus disponibles aux tiers sauf les arbres (cartes) suivis par les autres abonnés de Pearltrees car munis de commentaires, mais sans les informations personnelles (pseudo ou avatar) pour des raisons liées à la protection de la vie privée.
Sources
1. Quelle nature juridique pour les arbres de perles ? In : Saviez-vous qu'il existe des perles de S.I.Lex ? (Pearltrees et le droit), Calimaq, S.I.Lex, 12 décembre 2009
2. Petite contribution à la qualification juridique des Pearltrees, Jérôme, Décryptages, 13 décembre 2009
ADI
3. L'oeuvre collaborativeDe l'œuvre de collaboration à l'œuvre libre, Mélanie Clément-Fontaine, décembre 2009
4.Interdire un lien : « une pratique abusive », 23 octobre 2007
5. Les licences Creative Commons, n° 52, novembre 2004
Savoir plus
Le site Pearltrees
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