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Pour une médiathèque de l’imaginaire : une alternative à l’utopie gestionnaire / Bruno Dartiguenav

publié le 31 mai 2013

Paris : Éditions du Cercle de la Librairie, 2012. – 121 p. – (Bibliothèques). – ISBN 978-2-7654-1344-8 : 8 €

DEVELOPPER LE CONCEPT DE CULTURE MONDE

Analyse de Marie-France Blanquet

Le titre est clair pour ce livre qui invite les bibliothécaires, certes, mais aussi ceux qui les fréquentent ou pas, à la réflexion sur des données essentielles telles que la culture, la lecture et l'une des institutions qui en est le porte-parole : les bibliothèques. Dès l'introduction, l'auteur donne le ton pour cette étude sans fard et lucide. « Les services des bibliothèques de lecture publique sont plus centrés sur l'offre que sur la demande ». Il existe un « décalage entre les valeurs partagées par les bibliothécaires et une évolution sociale majeure ». Une série de petites phrases de ce style disent le hiatus qui existe entre bibliothécaires et lecteurs et non lecteurs, omniprésents dans ce texte... C'est pour rompre ceci que l'auteur s'applique à construire une médiathèque imaginaire : « Il s'agit de montrer que le modèle actuel des bibliothèques ne permet pas une réelle appropriation collective, faute de prendre en compte la diversité des modalités de lecture et plus précisément celle qui, notamment à travers la littérature romanesque, inscrit l'imaginaire au cœur de nos raisons de lire. »

Pour dire comment construire une telle médiathèque, B. Dartiguenave organise son travail en 2 principales parties. La 1re examine sans concession « l'usage actuel des bibliothèques publiques » et établit un état de l'art de la profession, de l'institution et de la production littéraire. La seconde plaide « pour une bibliothèque de l'imaginaire » et ouvre sur une écriture plus libre et réflexive qui fait l'originalité de ce document.

Ainsi, nous entrons d'abord dans la bibliothèque gestionnaire et iconoclaste. Cela permet d'examiner les représentations politiques et de rencontrer ces bibliothécaires « faiseurs de goût ». Analyser les raisons de lire entraîne l'auteur à rappeler les nombreuses études faites sur les lecteurs et la lecture et à prendre la dimension mythique de la lecture romanesque où certains romans de masse, certes à distinguer des romans classiques contemporains, prennent une très importante place (policier, sentimental, fantastique, etc.). L'auteur propose, en ce sens, un tableau comparatif extrêmement intéressant. Cependant, les bibliothécaires doivent garder à l'esprit ce qui peut les réunir, condition pour construire cette bibliothèque de l'imaginaire, objet de la deuxième facette de cet ouvrage.

Et pour fonder une telle bibliothèque, il est impératif, dans un 1er temps, de requalifier sociologiquement les publics, en prenant en compte leur diversité et celle des romans ; cela afin de pouvoir tous les accueillir. Pour animer cette affirmation, l'auteur s'applique à enseigner comment évaluer les romans dans une perspective sociologique. Il crée des tableaux récapitulatifs et illustre sa démarche en s'appuyant sur des exemples (romans de J. Verne, S. Beckett). Le but est de faire comprendre pourquoi il faut « valoriser l'importance du symbole comme fondement imaginal ». L'auteur développe le concept de culture-monde, « puissant levier d'arrachement aux limites culturelles des territoires, d'individualisation des êtres et des modes de vie ». Et ceci l'entraîne à ouvrir 2 axes de travail pour restaurer la puissance de la littérature de l'imaginaire. C'est d'abord la valorisation de l'image autour des littératures de l'imaginaire ; c'est ensuite le développement de l'animation culturelle au service de l'imagination. Ce dernier axe fait l'objet du dernier chapitre de cette très intéressante étude incitant les bibliothécaires à concevoir leur bibliothèque comme un lieu d'expression culturelle - ce qu'une majorité d'entre eux font déjà !

Le métier de bibliothécaire, déclare U. Eco, est de « faire découvrir des livres dont on ne soupçonne pas l'existence ». Dans ce but, Bruno Dartiguenave propose aux bibliothécaires une route originale réinstaurant la puissance de l'imaginaire. Il la puise dans le roman quand d'autres pourraient la trouver en suivant d'autres routes, telles que celle de la science ou de la technique. Mais qu'importe puisque la force de toute poétique est « de laisser l'imagination - cette reine des facultés - approfondir notre connaissance de l'homme et éclairer sa destinée ».

À ce titre, cette étude, destinée en priorité aux professionnels de l'information et à tous ceux qui œuvrent dans le domaine de la culture et de l'enseignement, mérite d'être lue par ce large public hétérogène, spectateur du monde vu comme une image : le lecteur.


Rédigé par ADBS

mise à jour le 31 mai 2013


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