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Open Access and the Humanities. Contexts, Controversies and the Future / Martin Paul Eve

publié le 24 juin 2015

Cambridge : Cambridge University Press, 2014. - 209 p. - ISBN 978-1-107-09789-6 (Hardcover) : 30,00 £

Analyse de Joachim SCHÖPFEL
joachim.schopfel[at]univ-lille3.fr

« UNE INVESTIGATION CRITIQUE ET NUANCÉE » SUR LE LIBRE ACCÈS

 

Accueilli outre-Manche comme indispensable et « lecture essentielle », ce livre de Martin Paul Eve paru fin 2014 fait la jonction entre le mouvement du libre accès à l'information scientifique et les humanités numériques. L'idée du libre accès est simple ; sa mise en place l'est beaucoup moins. Comment l'Open Access (OA) va-t-il changer la communication scientifique et la recherche dans les sciences humaines et sociales ? Quels sont les obstacles, quelles sont les conditions favorables à la réussite du libre accès ? Le livre apporte des éléments de réponse et de réflexion en cinq chapitres.

Le 1er chapitre sur le contexte et l'historique de l'OA livre 12 pages très pertinentes consacrées à l'opposition des chercheurs, éditeurs et bibliothécaires (Why not open access?), où l'auteur délivre une analyse originale des raisons financières, scientifiques et politiques d'une résistance hétéroclite (pages 30-42). Pour Martin Paul Eve, le mouvement du libre accès est quelque part pris au piège par les domaines de l'économie et de la valeur, en termes financiers mais aussi d'échange de capital symbolique.

 L'économie numérique est le sujet du 2e chapitre. À partir des travaux de Pierre Bourdieu, Martin Paul Eve dissèque les liens entre prestige scientifique, diffusion des résultats et qualité des publications, et il n'hésite pas à considérer la production en libre accès comme commodity ou marchandise. Est-ce que l'édition en libre accès peut devenir financièrement abordable, est-ce que les SHS peuvent supporter les coûts de la transition du modèle traditionnel vers le libre accès ? L'auteur est assez honnête pour admettre que personne n'a de réponse définitive à cette question. Néanmoins, il voit la solution dans une sorte de crowdfunding scientifique, via le financement collectif d'une édition en libre accès par les bibliothèques scientifiques. Le chapitre se termine par quelques exemples et initiatives internationaux.

Le 3e chapitre porte sur les conditions juridiques de la diffusion en ligne et en particulier sur les licences Creative Commons. Les pages sur le text and content mining (au cœur des discussions aussi en France) et sur les questions de l'intégrité scientifique et d'une réutilisation indésirable (pages 100-111) sont particulièrement intéressantes.

Si l'analyse s'est limitée en grande partie à l'édition des revues jusqu'ici, le 4e chapitre met l'accent sur l'édition des monographies ou ouvrages et sur les modèles émergents pour financer leur diffusion sur Internet, tels qu'un financement par l'édition imprimée, par l'institution, par des services à valeur ajoutée (Freemium) ou par un partenariat collectif.

Le 5e et dernier chapitre sur les innovations d'une édition en libre accès concerne essentiellement la question de la sélection des articles et livres par le système de peer review. Comme alternative, Martin Paul Eve suggère la « curation sociale » après la diffusion en ligne (post-review) et la restauration de la fonction éditoriale pour les épi-journaux.

Le livre séduit par sa taille (151 pages sans les annexes), sa structure claire et simple et son argumentation engagée. Il se présente comme un petit traité, un essai au même titre que l'incontournable Open Access de Peter Suber. Mais le lecteur ne doit pas s'attendre à une lecture facile. Il ne s'agit pas d'une énième introduction pour comprendre l'Open Access, avertit l'auteur dès le début, mais d'une investigation critique et nuancée. De ce côté, il relève davantage des recherches en humanités numériques que du mouvement OA. On peut lui reprocher un certain « UK centrisme ». Certains passages sont assez denses et ardus, notamment dans le long chapitre sur l'économie numérique, et il faut tenir bon. L'effort en vaut la peine.

 

A propos de l'auteur


Martin Paul Eve est enseignant-chercheur à l'Université de Lincoln, membre de la fondation OAPEN[1] et directeur scientifique de la Open Library of Humanities[2]. Son expertise et son engagement pour la cause du libre accès sont reconnus[3]. Publié par les prestigieuses Presses Universitaires de Cambridge, ce petit livre apporte une contribution inédite et originale au développement de la communication scientifique dans les sciences humaines et sociales. Il existe en plusieurs formats dont une version gratuite en ligne sur la plateforme Cambridge Books Online[4]. On lui souhaite beaucoup de lecteurs attentifs !


[1]http://www.oapen.org

[2]https://www.openlibhums.org

[3]https://www.martineve.com

[4]http://www.cambridge.org/martineve





Rédigé par ADBS

mise à jour le 25 juin 2015


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