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Manuel de la numérisation. Sous la direction de Thierry Claerr et Isabelle Westeel

Pour une numérisation durable

publié le 17 octobre 2011

Manuel de la numérisation. Sous la direction de Thierry Claerr et Isabelle Westeel. - Paris : Éditions du Cercle de la Librairie, 2011. - 317 p. - ISBN 978-2-7654-0983-0 : 40 €

Les technologies suivent une trajectoire d'évolution, passant de l'incubation et de l'irruption à des stades de frénésie et de développement avant d'atteindre un certain degré de maturité. Après le déploiement de l'innovation puis l'ouverture à des potentialités de marché, la numérisation, semble-t-il, arrive à son apogée. Ce manuel de la numérisation, coordonné par Thierry Claerr (DLL, ministère de la Culture) et Isabelle Westeel (directrice du SCD de Lille 3), en est la parfaite illustration. Certes, quelques livres précurseurs[1] avaient été publiés, mais on ne trouvait aucun ouvrage de référence consacré à tous les aspects d'un projet de numérisation, de la définition de l'objectif jusqu'à la mise en ligne des fichiers. Ce premier manuel de la numérisation en langue française comble donc cette lacune, en faisant appel à la compétence collective d'une équipe impressionnante d'auteurs, composée d'experts, maîtres d'œuvre et d'ouvrage, professionnels de l'information de toutes les filières, industriels, juristes, décideurs, informaticiens, consultants etc.

Thierry Claerr et Isabelle Westeel se donnent pour objectif de « faire émerger des technologies et des services optimisant la production, la valorisation et la conservation sur le long terme des contenus, tout en favorisant la mutualisation des compétences et des infrastructures ».

Le livre est conçu selon le modèle d'un « vade-mecum présentant des démarches, des exemples et des solutions ». Son ambition est « de prendre en compte l'ensemble des dimensions, qu'elles soient d'ordre scientifique, technique, organisationnelle, politique juridique ou financière ». Après une préface de Michel Melot et une introduction générale présentant les notions de numérisation et l'actualité du sujet, six chapitres abordent sur environ 300 pages les aspects essentiels de la production de contenus numériques :

1 Le contexte de la numérisation. Après une synthèse de l'évolution de la numérisation artisanale vers la numérisation de masse et exhaustive, le premier chapitre dresse un panorama de la numérisation en France, de la BnF aux bibliothèques publiques, aux archives et à l'enseignement supérieur et la recherche, suivi d'une présentation des politiques publiques et dispositifs de financement (BnF, BSN, régions, Europe, partenariats public-privé et mécénat).

2 Aspects juridiques d'un projet de numérisation. Sur un peu plus de vingt pages, Isabelle de Lamberterie et Catherine Wallaert (CNRS) abordent les questions juridiques liées à la création d'un document numérique, en particulier la notion de l'œuvre protégée et la demande d'autorisation, les œuvres orphelines et les documents dans le domaine public. Un chapitre dense et précis.

3 La conduite d'un projet de numérisation. Le 3e chapitre (60 pages) applique les principes et méthodes de la gestion de projet à la numérisation ; l'ensemble est illustré par des exemples et quelques tableaux, encarts et annexes extrêmement utiles, comme l'analyse Swot, la trame d'un projet scientifique et culturel (PSC), le modèle d'une estimation budgétaire, la répartition des tâches, un planning type, la rédaction d'un cahier des charges, les questions clés pour évaluer le processus (workflow), une fiche d'état physique d'un ouvrage. Ce chapitre à lui seul mérite l'achat du livre. Un trésor riche d'expérience et de conseil.

4 Les techniques de numérisation. Changement de style et de contenu : les cent pages du 4e chapitre sont entièrement consacrées aux aspects techniques de la production numérique. Au sommaire : les caractéristiques d'une image numérique, son acquisition, le post-traitement (rotation, binarisation, OCR, etc.), les critères de qualité. Ce chapitre ne se prête pas à une lecture linéaire : il s'agit d'un manuel au sens strict, à ouvrir et utiliser au gré d'une question, d'un besoin d'information, d'une vérification. De nouveau, un document très riche et indispensable.

5 Qualité et projet de numérisation. Comme pour la gestion de projet, ce chapitre de vingt pages applique les principes d'une démarche qualité aux projets de numérisation, en particulier les notions élémentaires du management (documentation, suivi) et du contrôle de la qualité (critères, logiciels, échantillonnage, etc.). C'est une démarche d'autant plus importante si la production est externalisée.

6 La gestion des collections numériques : vers une numérisation durable. Le dernier chapitre prend un peu de recul, parle de la structure physique et logique des documents, de la granularité d'une collection numérique, des métadonnées, de l'identification pérenne.

Le texte est enrichi par des illustrations et tableaux et de nombreux encadrés ajoutent de la profondeur. On y trouve par exemple : partenariat entre la ville de Lyon et Google, emprunt national et investissements d'avenir, chaîne de numérisation des documents à la BnF, coût de la numérisation, numérisation et robotisation, degré de qualité à exiger d'un OCR, plans d'échantillonnage pour une démarche qualité, bonnes pratiques d'identification pérenne pour les objets numériques.

Une conclusion (« Repenser la numérisation »), une bibliographie représentative, une liste des sigles et acronymes et un index terminent l'ouvrage.

Le livre respire l'approche didactique ; il est écrit d'une façon concrète, précise, dense, compréhensible malgré un fort degré de technicité. Il n'y a pas une mais plusieurs stratégies de lecture. Pour une vue générale, le lecteur passera de l'introduction et conclusion aux chapitres 1, 3 et 6. Le professionnel en charge d'un projet de numérisation ira directement aux chapitres 3, 5 et 2. L'opérateur technique trouvera son bonheur au chapitre 4. Le formateur ou enseignant utilisera les chapitres de cet ouvrage comme référence en fonction des contenus de son cours ou stage. Tous y trouveront une source quasi-inépuisable d'expérience, d'information et de compétence.

Pour conclure, revenons un instant sur le concept de « numérisation durable », un concept nouveau qui est d'une certaine façon au cœur du manuel. L'idée de ce concept est de fournir les bases pour construire une bibliothèque numérique capable de survivre aux mutations rapides des technologies et usages. Cet objectif exige certains choix de qualité, de formats, de procédures, etc. pour éviter le risque d'une perte inévitable de contenus numériques (et d'investissements) au fil des années. Il faut donc comprendre le terme « durable » non pas comme un modèle économique ou écologique mais à la lettre : fait pour durer.

Le Manuel de la numérisation fait partie d'un projet éditorial ; il a été précédé en 2010 d'un petit volume[2] (déjà épuisé) et sera suivi d'un ouvrage qui abordera les questions d'exploitation et de mise en ligne, d'analyse des usages, de référencement et de conservation numérique. Ce 2e volet du manuel paraîtra début 2012 chez le même éditeur.


[1] Cf. surtout Charlette Buresi, Laure Cédelle-Joubert. Conduire un projet de numérisation. Presses de l'ENSSIB, 2002 et Alain Jacquesson, Alexis Rivier. Bibliothèques et documents numériques : concepts, composantes, techniques et enjeux. Coll. Bibliothèques. Editions du Cercle de la librairie, 2005.

[2] Thierry Claerr, Isabelle Westeel (dir.). Numériser et mettre en ligne, coll. Boite à outils, vol 19, Presses de l'Enssib, 2010

Joachim Schöpfel
joachim.schopfel@univ-lille3.fr


Rédigé par ADBS

mise à jour le 14 novembre 2011


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