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L'association des professionnels de l'information
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Manifeste ABCD pour la culture de l'information

Interassociation ABCD

Volume 33, N° 4-5, paru le 1 juillet 1996, page(s) 222-223

Présentation de l'article

L'Interassociation des archivistes, bibliothécaires, conservateurs et documentalistes (ABCD), fondée en 1992, rassemble neuf associations françaises du secteur de l'information et de la documentation. Dans le prolongement des travaux qu'elle a menés en 1995 et 1996 sur la culture de l'information et des deux journées d'étude qu'elle a organisées sur ce thème, elle vient d'arrêter (septembre 1996) le texte d'un manifeste qui est en train d'être diffusé, principalement auprès des professionnels concernés, des pouvoirs publics et des médias. Nous publions ici intégralement ce manifeste.

Texte intégral

L'Interassociation ABCD et le développement de la culture de l'information L'Interassociation ABCD regroupe les associations professionnelles d'archivistes, de bibliothécaires, de conservateurs, de documentalistes. Elle a pour vocation de fédérer les pratiques de chacun de ses membres et de mettre en valeur leurs points communs. Ainsi a-t-elle déjà organisé un colloque sur la déontologie, dont les travaux ont été publiés avant qu'ils n'aboutissent à une charte commune aux différents métiers. Constatant l'émergence, puis le développement, de la culture de l'information, qui intéresse l'ensemble de ses membres et change les métiers qu'ils défendent et illustrent, elle a conduit une réflexion sur ce sujet, réflexion matérialisée notamment lors de deux rencontres en avril 1995 et janvier 1996. La première manifestation devait définir la culture de l'information et montrer comment chaque association la prenait en compte afin d'élaborer de nouvelles pratiques professionnelles. La seconde rencontre cherchait à déterminer les formations nécessaires pour que les citoyens s'appropriassent ces nouveaux champs culturels et à voir comment les institutions nationales ou européennes aidaient au développement de ces formations. Après ces deux rencontres, l'Interassociation ABCD souhaite poursuivre son action dans ce domaine, arguant de l'importance que revêt et revêtira toujours davantage la culture de l'information dans l'activité de l'homme et donc de la nécessité grandissante d'une formation aux nouvelles méthodes et techniques de production, de collecte, de conservation et de diffusion de l'information afin que chacun puisse comprendre, choisir, créer. L'Interassociation considère qu'il est temps que la France s'occupe sérieusement de la culture de l'information et singulièrement de la formation des Français à cette discipline. C'est pourquoi elle publie ce manifeste qui suggère la création d'une instance d'évaluation et de proposition dans ce domaine. La culture de l'information, une discipline à apprendre Dès 1960, après qu'ils avaient défini la culture comme étant le processus de collecte, de création, de traitement, de conservation et de diffusion des connaissances, des sociologues américains notaient que la culture allait remplacer la voiture comme marchandise-vedette de la société. Il est évident que la définition ainsi proposée pourrait servir à définir la culture de l'information. C'est dire son importance dans notre monde. Or malgré l'ancienneté du diagnostic, relayé alors par plusieurs penseurs (Chomsky, Debord, etc.), aucun responsable politique ne voulut ou ne sut s'emparer de cette découverte pour féconder le programme de son parti. Il semble que le temps est venu, non d'imaginer l'avenir, non d'anticiper le présent, mais d'essayer de rattraper l'histoire en définissant les problèmes nés du défaut de maîtrise sociale de ce développement laissé aux seules lois du marché et de préparation des individus à l'usage raisonné des réseaux électroniques et autres autoroutes de l'information. Les problèmes définis et évalués, il serait possible d'élaborer un programme pour résoudre chacune des difficultés notamment en mettant en ?uvre une politique volontariste de formation des citoyens et plus particulièrement des jeunes. Cette formation devra leur apprendre à maîtriser les outils matériels et intellectuels de la culture de l'information et à savoir les intégrer dans leur vie au quotidien. Les efforts collectifs faits en France depuis vingt ans De nombreux rapports récents, en France et à l'étranger, mettent l'accent sur l'importance et la nécessité d'une bonne sensibilisation des élèves, étudiants et professionnels aux enjeux de l'information aujourd'hui et sur le besoin de préparation méthodologique aux démarches modernes d'accès à l'information et à la documentation, qu'elles s'appuient sur des dispositifs censés être bien connus comme les bibliothèques et les archives ou sur des usages plus avancés et nouveaux des technologies électroniques, des bases de données aux CD-Rom ou au réseau Internet. De nombreux groupes, en France, se sont penchés depuis une vingtaine d'années sur cette question lancinante et la sensibilisation aux enjeux de l'information commence à être bien perçue. Des expériences, des actions ont été développées ou sont en cours de réalisation, souvent soutenues par les instances publiques. Des expérimentations ont été réalisées dans les lycées et les collèges, dans les universités et les grandes écoles, comme aussi dans les milieux professionnels (entreprises, secteur de la médecine, etc.). Les CDI - Centres de documentation et d'information - ont été mis en place avec un certain succès dans les lycées et collèges. Des CAPES de documentation ont été créés permettant de qualifier des professionnels pour la pédagogie de l'information. Les URFIST - Unités régionales pour la formation à l'information scientifique et technique - assurent un rôle de formateurs au sein des universités, même si leur action reste encore assez limitée. De nombreux responsables de bibliothèques universitaires ou de centres de documentation d'établissements supérieurs ou de recherche développent des programmes de "formation des utilisateurs". Des organisations professionnelles comme le CNISF - Conseil national des ingénieurs et scientifiques de France - ou des organismes tels que l'INPI pour les brevets ou l'AFNOR pour les normes incitent les entreprises à mettre sur pied des formations continues pour leurs cadres dans divers domaines de l'information spécialisée. Des responsables d'archives d'entreprises sensibilisent les directeurs, ingénieurs et cadres à comprendre le sens profond d'une bonne gestion de l'information et des patrimoines documentaires internes. Un bilan mitigé, des questions sans réponse Les efforts faits depuis dix, quinze, vingt ans portent-ils leurs fruits ? Est-on parvenu à changer les mentalités et à préparer les individus ou les groupes à agir plus efficacement par une meilleure culture de l'information ? Faut-il se résigner à ne comptabiliser que des approches ponctuelles et à dépenser une énergie considérable pour changer les comportements face à l'information ? Doit-on continuer à déplorer le manque d'intérêt des cadres dirigeants français pour un bon management de l'information dans les entreprises et organisations ? Les expériences menées par certains sont-elles bien connues des autres ? Parvient-on à une réelle consolidation des acquis, à une bonne capitalisation collective des savoirs et à d'utiles possibilités de transfert de savoir-faire ? Les documentalistes-éducateurs des lycées et collèges connaissent-il les efforts faits par les responsables de bibliothèques municipales ou universitaires ? Les expériences tentées dans le milieu des entreprises sont-elles connues des spécialistes du secteur de l'éducation nationale ? Quel rôle doivent jouer les différents partenaires dans ce domaine ? Pour le développement de la culture de l'information en France, que peut-on attendre des BCD et CDI, des bibliothèques universitaires et centres de documentation des grandes écoles, des URFIST, des bibliothèques municipales ou encore des services d'archives ? Quel rôle peuvent jouer les diverses associations professionnelles et les divers acteurs de la vie économique ? Quelle part réserver à la culture de l'information dans la formation initiale des individus et quelle place prévoir pour la formation continue en entreprise ou sur le terrain de la vie dans la Cité ? Créer un Haut Comité pour la Culture de l'Information L'Interassociation ABCD propose que soit rapidement institué et mis en place un Haut Comité pour la Culture de l'Information dont les missions seraient de poursuivre et approfondir la réflexion de fond sur ce sujet, de sensibiliser les diverses institutions de tutelle et les grands décideurs publics et privés et de jouer un rôle incitateur pour le développement d'actions appropriées en faveur de la culture de l'information. Placé auprès du Premier Ministre, ce Haut Comité pour la Culture de l'Information (HCCI) serait constitué de personnalités de premier plan ayant manifesté leur intérêt pour l'information, son impact sur la société et son intégration dans les divers processus de formation. Des représentants des différentes administrations concernées y siégeraient de droit. Un budget de fonctionnement et d'incitation pour des actions spécifiques d'étude et d'expérimentation serait alloué au Haut Comité. Ce dernier aurait en outre la possibilité d'intervenir auprès des divers administrations pour qu'elles intègrent des actions visant le développement de la culture de l'information dans leurs programmes propres. Il est important de souligner le fait que nombre de pays ont désormais institué de telles structures ou ont mis en place, au plus haut niveau, des dispositifs de réflexion et d'action dans ce domaine. Il en est de même de la Commission européenne qui a récemment instauré de tels comités de sages. Un programme d'actions pour les quatre à cinq prochaines années Il reviendrait au Haut Comité pour la Culture de l'Information de piloter et de produire un diagnostic de l'existant (1) dans le domaine de la culture de l'information à partir des éléments réunis par une étude assez systématique. Des bilans d'action pour chaque secteur académique ou professionnel de l'information et de la documentation seront ainsi réalisés et publiés sous formes de rapports thématiques. Chaque association membre de l'ABCD pourra, pour sa part, procéder au repérage et à la collecte des textes pertinents et au recensement des sources d'expertise ou de compétence à mobiliser sur ce thème. Au terme d'un travail documentaire, une base française de données et de connaissances sur la culture de l'information (2) pourra être constituée. Des éléments de comparaison avec des expériences ou réalisations étrangères seront de même pris en compte. Cette étude et cette compilation de données permettront d'élaborer un schéma d'organisation de transfert et d'intégration d'expériences (3) entre les divers secteurs académiques et professionnels concernés, d'identifier les zones d'actions communes, convergentes ou concertées (comment par exemple articuler entre elles les formations à la culture de l'information dispensées aux différents niveaux d'étude). Le Haut Comité pour la Culture de l'Information s'efforcera d'élaborer et de publier aussi rapidement que possible une charte de la culture de l'information (4), qui déterminera un ensemble de mesures considérées comme prioritaires au plan national. Le Haut Comité jouera un rôle de relais auprès des divers partenaires français pour qu'ils soient effectivement actifs dans les programmes communautaires européens relatifs au développement de la société de l'information et aux actions de formation de ce domaine. Il constituera ainsi un centre de convergence et de mobilisation des initiatives françaises pour les programmes européens (5) touchant de près ou de loin à la culture de l'information. Il reviendra au Haut Comité pour la Culture de l'Information d'intervenir auprès des pouvoirs publics afin que ces derniers : - soutiennent financièrement un programme national de recherche, d'investigation et d'expérimentation sur la culture de l'information (6), notamment dans le domaine de l'usage des nouvelles infrastructures de l'information et du multimédia ; - mettent en application les recommandations du rapport Sérieyx (7) touchant à la culture de l'information (Ministère de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche) ; - prévoient systématiquement un programme de formation obligatoire des élèves des lycées et collèges (8) de la sixième à la terminale, à la recherche et à l'utilisation de l'information, avec inscription explicite de cette action pédagogique dans les programmes, les emplois du temps et les instructions et évaluation, par l'équipe d'enseignants de disciplines et d'enseignants-documentalistes, des compétences acquises par les élèves ; - insèrent dans toutes les formations dispensées au niveau de l'enseignement supérieur des modules gradués de sensibilisation et de formation aux méthodologies et aux outils de l'information spécialisée (9) considérées non pas comme une option mais comme une composante essentielle des cursus concernés (unité de valeur obligatoire), avec contrôle approprié des connaissances acquises en ce domaine ; - incluent dans les plus brefs délais une formation spécifique dans les programmes des classes préparatoires aux grandes écoles, (10) à l'heure où la réforme en cours de ces programmes met l'accent sur l'urgence de telles actions de formation ; - soutiennent la création, la diffusion et l'utilisation de produits pédagogiques multimédias (11) pouvant contribuer au développement de la culture de l'information (cette action pouvant s'appuyer sur les programmes européens en cours) ; - définissent clairement la mission spécifique des médiateurs, professionnels de l'information et de la documentation (12) dans le transfert de savoirs et savoir-faire en matière de recherche et d'utilisation de l'information et inscrivent dans les programmes de formation initiale de ces professionnels des modules d'enseignement axés sur le développement et la diffusion de la culture de l'information ; - stimulent de même les actions de formation continue sur la culture de l'information (13) tant pour les professionnels de l'information et de la documentation en exercice que pour les autres acteurs de la vie économique (former par exemple des ingénieurs et chefs d'entreprises à la maîtrise des concepts et outils de la veille technologique ou de la propriété industrielle), et cela de façon à ce que se diffuse plus largement une telle culture de l'information et que s'intensifient les échanges interprofessionnels de savoir-faire dans ce domaine ; - introduisent dans la formation initiale et continue des enseignants du primaire et du secondaire (14) des modules de formation à l'utilisation pédagogique des ressources documentaires et des systèmes d'information spécifiques que sont les BCD et CDI, en impliquant étroitement dans cette action les enseignants-documentalistes ; - soutiennent le développement et le maillage de centres régionaux pour la culture de l'information (15), points de convergence des diverses initiatives pouvant être prises dans ce domaine ; - agissent auprès de la Commission européenne pour l'inscription d'actions démonstratives pour la culture de l'information dans les programmes communautaires (16) relatifs à la création d'industries, d'infrastructures et de services d'information. Il serait par ailleurs souhaitable que le Haut Comité pour la Culture de l'Information soit à l'initiative d'actions de sensibilisation du grand public (17) en favorisant une politique de médiatisation de cette culture notamment dans les relations avec les problèmes d'éducation, de citoyenneté et de déontologie. Dans cet esprit, l'Interassociation ABCD suggère la création d'une journée nationale de l'information ("Fête de l'information", "La fureur de s'informer"...). Le Haut Comité pour la Culture de l'Information devrait enfin produire et publier régulièrement un bilan de l'action (18) menée en faveur du développement de la culture de l'information en France.

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