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Les Professeurs documentalistes / coord. par Michèle Briziou. - préf. de Jean-Louis Durpaire

publié le 12 juin 2012

Orléans : CRDP du Centre - académie d’Orléans-Tours, 2011. – 276 p. – (Livre bleu, ISSN 2109-683X). – ISBN 978-2-86630-251-1 : 29 €

« Cette [ nouvelle] édition, écrit Jean-Louis Durpaire dans la préface, arrive à un moment où la documentation est plus que jamais indispensable à la qualité du système éducatif et où les professeurs documentalistes peuvent apporter leur culture, leur créativité et leur enthousiasme ». Le document s'efforce, en ce sens, au travers des cinq chapitres qui le compose, d'apporter un maximum d'informations à ce professeur documentaliste qui occupe dans l'école une place si originale et spécifique.

Le premier chapitre rappelle « le cadre institutionnel et l'évolution des missions ». Il retranscrit les textes à l'origine du recrutement de cet enseignant et décrit comment le métier s'est progressivement configuré autour des évolutions du système éducatif. Un passage important est consacré au concept fédérateur de politique documentaire, présenté comme un outil de pilotage du système d'information. « La formalisation d'une politique documentaire à l'échelle d'un établissement positionne la documentation come un enjeu central pour la réussite des élèves et permet d'aborder collectivement la formation à la culture de l'information avec une logique de réponses différenciées aux besoins d'élèves et d'enseignants dans un système spécifique ». Cela est illustré dans une annexe par le témoignage, au titre signifiant, de Pierre Rivano : « La politique documentaire académique, un outil de cohérence pour l'exercice des missions du professeur documentaliste ».

L'enseignant se doit de connaître la nature de ses actions à mener auprès des élèves et maitriser les concepts qui lui sont liées. C'est pourquoi le chapitre 2 aborde la logique « compétences » : les enjeux et implications de cette notion. Ici, une regrettable erreur de pagination empêche le lecteur de poser ses repères par rapport à la table des matières très détaillée donnée au début de chaque chapitre. Malgré cet inconvénient, ce chapitre lui permet de réfléchir sur le concept de compétence et de connaître la diversité des compétences décrites, en particulier dans le socle commun des connaissances et compétences, les moyens de leur acquisition par les élèves et de leur évaluation. Pour le professeur documentaliste, son projet « pourrait-il alors se décrire comme celui qui facilite le voyage en autonomie ? ». Enseigner est un métier complexe et Jean-Michel Zakhartchouk le prouve en analysant les différentes facettes qui permettent aux enseignants d'accompagner les élèves comme, par exemple, lors de recherches documentaires. Pour sa part, Stéphanie Tricard interroge dans l'annexe qui clôt ce chapitre : « Différenciation pédagogique au CDI : est-ce possible ? »     A la suite de ce chapitre très orienté vers les sciences de l'éducation, on trouve deux chapitres complémentaires explicitant « les conditions de la réussite ». Ces dernières se déclinent en deux temps : le pilotage du système d'information (chapitre 3) et l'orientation vers une ingénierie pédagogique (chapitre 4).

Dans le chapitre 3, le professeur renoue avec la documentation, tout en notant que pas une seule fois n'est évoqué le concept de science de l'information, pourtant très présent dans la description des épreuves composant le Capes de documentation décrit dans le premier chapitre !  Cinq thèmes sont développés. Cela commence par l'examen de la pertinence d'un fonds documentaire et de la politique d'acquisition menée par le professeur documentaliste pour répondre aux besoins de ses utilisateurs. Le traitement documentaire est exposé à partir d'un schéma présentant les opérations documentaires dans lequel l'analyse est nommée mais nulle part développée. Par contre, sont bien développées les procédures d'acquisition comme la gestion du fonds (le budget fait l'objet d'un encart signé par Fabien Thorel : « La place du CDI dans le budget de l'EPLE »). Par la suite, le lecteur est invité à visiter l'espace CDI aux fonctions plurielles. Dans ce CDI, le professeur documentaliste est appelé à jouer le rôle de bibliothécaire de lecture publique en donnant aux élèves l'envie de lire et en lui offrant des ressources diversifiées. L'Espace Numérique de Travail (ENT) ainsi que les ressources numériques font l'objet d'un développement relativement important dans ce chapitre qui se termine par la recherche d'information et la nécessité de former à la veille. « A l'instar des grands navigateurs explorant modestement les côtes avec l'aide des portulans... le rôle des documentalistes dans la société du numérique, ne serait-il pas de former les élèves à la navigation, à prendre connaissance des repères essentiels, à savoir créer des liens et du sens, pour que ces futurs adultes puissent ensuite s'affranchir des cartes, développer un sentiment d'efficacité décisionnelle et être autonome tout au long de la vie dans les futures sociétés globales en réseau ? ».

Pour atteindre ce noble objectif, il convient de s'orienter vers une ingénierie pédagogique. Il est tout d'abord impératif, explique Jean-Pierre Véran, d'assurer une continuité éducative de l'école à l'université. Michel Valadas, quant à lui, explicite le concept d'ingénierie pédagogique et opère un zoom sur le rôle du professeur documentaliste dans le développement de cette ingénierie en termes de veille et de communication des ressources pédagogiques. Il est également nécessaire de réfléchir, avec Alexandre Serres, sur le concept de culture informationnelle. Il invite ses lecteurs à explorer quelques chantiers de recherche ouverts sur cette culture spécifique. « Bien qu'il soit un professeur sans volume horaire défini, sans programme et sans classe attribuée le pédagogue qu'est le documentaliste trouve sa légitimité dans sa spécificité et sa reconnaissance dans les nouveaux dispositifs mis en place par les plus récentes réformes et contrats d'objectifs ». C'est pour illustrer le travail de cet enseignant que de nombreux témoignages présentent des situations d'apprentissage et d'évaluation dans différents niveaux scolaires : collèges, lycées. Le chapitre se termine sur la question de l'orientation scolaire, ses enjeux et ses points d'appui.

Le cinquième et dernier chapitre renoue avec le second à travers une nouvelle erreur de pagination qui rend caduque sa table des matières. Ce chapitre porte sur  « L'ouverture sur le monde et l'autonomie de l'élève : des enjeux éducatifs et culturels ». Il permet de connaître la politique d'éducation artistique et culturelle et son importance pour le professeur documentaliste présenté comme un « passeur culturel » dans l'établissement, en relation avec de nombreuses ressources institutionnelles. Ce professeur joue un rôle déterminant dans le développement de la lecture, rôle décrit comme « une des missions fondatrices de son métier », principalement au temps du numérique. Les métiers de professeur documentaliste et de bibliothécaires font, en ce sens, l'objet d'un encart signé par Myriam Vallot-Delonge sur leurs préoccupations communes et leurs intérêts convergents. Mais le professeur documentaliste se préoccupe en plus de l'éducation aux médias définie comme « la capacité à accéder aux médias, à comprendre et apprécier, avec un sens critique, les différents aspects des médias et de leurs contenus et communiquer dans divers contextes » et illustrée par des zooms, porteurs de témoignages de professeurs documentalistes. Le documentaliste trouve également une place importante parmi les acteurs de la communauté éducative : infirmier, conseiller principal d'éducation à la formation de l'élève à la citoyenneté mais aussi à la prévention de risques courus par les élèves, tel le cyber harcèlement. Ce dernier point est également illustré par des témoignages sur le terrain. Une équipe de professeurs documentalistes proposent en annexe un exemple de la construction pas à pas d'un projet (il s'agit du prix du roman historique jeunesse) dans un système de contraintes particulier.

L'ouvrage se termine par une bibliographie qui étonne par le respect très relatif des normes pourtant bien décrites et citées dans le troisième chapitre. Le manque de cohérence apparaît dans l'écriture de périodiques : « Inter-CDI » et six lignes plus loin « InterCDI » . Les documents hôte sont parfois, comme le veut la norme, mis en italique, parfois pas.

C'est aussi la mention d'édition : « 3e édition » et cinq lignes plus loin « 3e éd. »

C'est aussi l'ordre aléatoire dans lequel sont donnés les éléments de la description bibliographique. Parfois la date est donnée avant la mention de numérotation, parfois après. Ce manque de cohérence dans l'établissement des références bibliographiques est indéfendable pour un document écrit par des documentalistes pour des documentalistes.

On peut regretter également la façon dont l'index est dressé. On trouve, par exemple, « agentivité ». Ce terme est localisé page 151. Le lecteur peut y lire : « Trois caractéristiques entrent dans le domaine de la veille : l'incomplétude, l'incertitude et l'agentivité... » Mais seul ce dernier concept apparaît dans l'index ! qui, rappelons-le, ne contient pas le terme d'analyse ni même de résumé documentaire ou de lecture documentaire

Outre l'absence de développement sur le concept de science de l'information, déjà signalé, on peut regretter l'absence de pistes pour la formation continue de ce professeur documentaliste qui lui permettrait de découvrir, avec les ressources professionnelles, les facettes des métiers de la documentation complètement absents dans les pages de ce document.

Ce livre touffu et riche, somme des savoirs pédagogiques et documentaires du professeur documentaliste a sa place dans une bibliothèque portant sur les sciences de l'éducation. Plusieurs chapitres intéressent, en effet, le corps enseignant en général. Il fait référence à de nombreux textes susceptibles de l'aider. Ce document ne peut qu'être utile au professeur documentaliste à qui il est clairement dédié à travers les nombreux exemples et témoignages apportés, les textes, les appels à la réflexion, etc.

Cependant, ce document occupe une place moindre dans une bibliothèque portant sur la science de l'information, ce que confirme l'index composé essentiellement de termes ne relevant pas du vocabulaire de la documentation. Le documentaliste d'entreprise, le bibliothécaire, le veilleur, tous les professionnels de l'information trouveront dans cet ouvrage les clés pour comprendre les profondes différences qui le séparent de cette profession cousine, essentiellement, profession d'enseignant.

Marie-France Blanquet

mfblanquet@laposte.net


Rédigé par ADBS

mise à jour le 12 juin 2012


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