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Lectures et lecteurs à l’heure d’Internet : livre, presse, bibliothèques / sous la dir. de Christophe Evans ● Lire dans un monde numérique / sous la dir. de Claire Bélisle

publié le 29 mars 2012

Lectures et lecteurs à l’heure d’Internet : livre, presse, bibliothèques / sous la dir. de Christophe Evans. – Paris : Éditions du Cercle de la librairie, 2011. – 255 p. – (Bibliothèques, ISSN 0184-0886). – ISBN 978-2-7654-1000-3 : 40 € ● Lire dans un monde numérique / sous la dir. de Claire Bélisle. – Villeurbanne : Presses de l’Enssib, 2011. – 295 p. – (Papiers, ISSN 2114-6551. Série État de l’art). – ISBN 978-2-910227-85-2 : 39 €

La lecture, le lecteur et l'action de lire font l'objet de nombreuses études à lire ! Deux ouvrages paraissent qui s'intéressent à ce sujet. Les deux sont des études savantes (comme le confirment les références bibliographiques qui accompagnent les textes) écrits par des chercheurs ou des universitaires venus d'horizons scientifiques (sociologie, anthropologie, sciences de l'information) et géographiques (Canada, Tunisie...) différents Les deux méritent d'être fusionnés pour leur caractère complémentaire et très documenté.

            Lire dans un monde numérique fait l'objet d'une introduction signée par C. Bèlisle qui définit clairement les buts de l'ouvrage. Il s'agit de réfléchir sur « la transformation de la pratique millénaire de la lecture réflexive ... détrônée par une nouvelle pratique de lecture » que les contributeurs de ce document s'accordent à qualifier de lecture dynamique dans ce monde qui devient numérique.

Et pour explorer « cette aventure » à l'origine de l'invention de cette nouvelle lecture, C. Bélisle fait appel à cinq spécialistes. Le premier d'entre eux : Christian Vanderdope s'interroge sur: « Quelques questions clés que pose la lecture sur écran ». en soumettant à ses lecteurs le concept de lecture «ergative ». Issu d'une longue histoire, ce qualificatif lui semble le mieux adapté pour décrire la lecture sur écran.

« Qu'est-ce que lire ? » demande à sa suite, Eliana Rosado qui s'étonne sur les raisons pour lesquelles nous nous interrogeons aujourd'hui encore sur ce sujet. Lire est un champ de connaissances en pleine expansion qu'elle explore savamment avant de conclure sur l'importance grandissante des métacompétences.

Claire Bèlisle reprend la plume pour analyser que : « Du papier à l'écran : lire se transforme ». Cette transformation passe à travers les problématiques liées au temps, aux capacités d'attention, au plaisir de lire et à la compétence de plus en plus technologique que requiert cette complexe action.

Raja Fenniche établit les rapports liant l'hyperlecture et culture du lien sur le triple niveau du lien cognitif, social et culturel.

A nouveau, C. Bélisle s'investit sur « Les nouveaux environnements de lecture ». Cela la conduit à parler des bibliothèques numériques, des livres numériques, des téléphones mobiles et objets nomades ou lecture en réseau, notamment dans le contexte universitaire où ces pratiques rencontrent un succès certain.

Les deux dernières contributions de ce document ont en commun l'absence de bibliographie en fin de texte . « La lecture numérique en quelques repères » est l'occasion pour Philippe Bootz de préciser le concept de littérature numérique « entendu comme un ensemble de propositions qui entrent dans une véritable réflexion sur le dispositif littéraire. Cela lui permet de présenter la nouvelle littérature née du numérique et de son ancrage avec la littérature qui l'a précédée. A sa suite, Alexandra Saëmmer interroge : « Lectures immervises du texte numérique - un paradoxe ? » et répond dans un langage un peu précieux sur la littérature numérique du XXIe siècle permettant d'entrer des mondes virtuels.

C. Bélisle conclut ce savant ouvrage sur le concept de littératie ouvrant sur de nouvelles perspectives pour penser la littérature aujourd'hui.

Christophe Evans dirige ses auteurs dans une toute autre direction, plus sociologique et orientée sciences de l'information, mais en même temps très proche en s'intéressant aux « Mystères de la lecture », activité qui ne se laisse pas facilement saisir. Pour l'explorer, il sollicite l'expertise de dix sept auteurs et structure son document en quatre principales parties.

La première, intitulée : « Culture lettrée et évolution des pratiques de lecture » comprend trois chapitres aux titres explicites. Le premier, signé par Bernard Lahire, entend décrire « La lente dévaluation des formes culturelles et artistiques », ce qui l'entraîne à démontrer la crise de foi culturelle. Olivier Donnat dit ensuite l'évolution de la lecture, du livre et de la littérature dans les années 1973 à 2008. Il s'appuie pour étayer sa démonstration sur des données statistiques produites au moyen des enquêtes barométriques Pratique culturelle des Français très souvent évoquées dans les autres contributions de ce document. Les chiffres analysés l'entraînent à poser trois questions : elles concernent le livre comme objet, la lecture comme activité et l'avenir de la littérature.

Enfin, Dominique Boullier pose la question : « Profils, alerte et vidéo » : de l'outre-lecture à la fin de la lecture ? ». L'outre-lecture permet de souligner la pluralité des activités de lecture sur internet et d'analyser leur évolution avec le passage au web 2.0

La deuxième partie de l'ouvrage pose un regard acéré: « Du côté des jeunes générations ». Christine Dètrez et Sylvie Octobre s'intéressent aux séries à succès telles Boule et Bill ou Titeuf. Cela leur permet leur décrire des trajectoires différentes, synthétisées dans un tableau, qui conduisent l'enfant à l'adolescence. Elles s'appuyent pour ce faire, sur des enquêtes très pédagogiquement explicitées, renforcées par des témoignages, tels celui de Bérénice Waty portant sur les 3-6 ans et l'univers du livre ou sur des portraits, tel celui de Leila, « lectrice modeste mais durable »

Ronan Vourc'h s'intéresse, quant à lui, aux étudiants et à leur lecture dans un contexte de professionnalisation des parcours de formation et quand Internet est de plus en plus présent dans leur univers culturel. Il s'appuie également sur des données statistiques qui montrent bien le recul du livre dans leur univers. Jean-François Barbier-Bouvet interroge : « La lecture des magazines par les jeunes adultes : un écran de papier ? ». Cela lui permet de conclure sur cette « génération bilingue écran/écrit » pour laquelle « l'écrit continue à faire usage mais il ne fait plus référence ».

« Lecteurs à l'œuvre » est le programme de la troisième partie de cette concrète et passionnante étude. Annie Collovald et Erik Neveu y analysent les « Noirs désirs. Lecture et lecteurs de récits policiers ». Pourquoi ce genre littéraire a-t-il un tel succès dans tous les milieux et toutes les générations ? Les auteurs tentent de répondre à travers l'analyse des résultats d'une enquête menée auprès d'une quarantaine de gros lecteurs ouvrant sur une grande variété de profils sociaux et générationnels, confrontés à une offre éditoriale importante et morcelée. Olivier Vanhée considère la lecture des mangas par les adolescents : usages collectifs et appropriations individuelles. L'auteur s'efforce de comprendre comment la lecture des mangas s'inscrit dans les temporalités, les jeux et enjeux sociaux propres à l'adolescence. Il souligne également que le manga, loin d'être un objet anodin, est susceptible de mettre en jeu des formes de réception complexes. « L'étude de la lecture à voix haute : un rituel de passage » permet à Martine Burgos de mettre en évidence la richesse et la complexité de ce sujet, pourtant objet de trop peu d'études et absent complètement de la dernière enquête si présente dans ce document : Pratiques culturelles des Français.

La quatrième partie entre dans l'univers des bibliothèques : « De l'appropriation au rejet »

Quelles attentes pour les bibliothèques de France ? questionne Christophe Evans. L'inquiétude clé porte sur les missions traditionnelles de ces organismes : L'internet rend-il obsolète les bibliothèques ou les consolide-t-il dans de nouvelles pratiques et de nouveaux usages?

Françoise Gaudet intitule sa contribution : L'intime et l'étrange : lire de la fiction en bibliothèque. Elle analyse les motivations d'un lecteur qui lit intégralement un livre -lequel et comment ?- dans l'enceinte d'une bibliothèque, au lieu de l'emprunter. Comment concilier cette pratique intime qu'est la lecture, dans ce lieu public qu'est la bibliothèque ?

Elsa Zotian photographie La bibliothèque au prisme de la vie quotidienne enfantine dans un quartier populaire, celui de Belsunce dans l'hypercentre marseillais. Ces enfants constituent aujourd'hui une partie importante des usagers de bibliothèque. Et pourtant, à travers son étude, elle apporte le témoignage d'un processus de désamour comme un marqueur d'âge et tente d'en expliciter les raisons.

L'ouvrage se clôt sur un encadré signé par Denis Merklen : « Littératie et révolte populaire. Enquête sur les bibliothèques incendiées pendant les émeutes urbaines » qui confirme la situation difficile de ces institutions dans notre société.

La classification de la bibliographie qui clôt ce riche et concret document révèle bien son caractère trans et pluridisciplinaire. Il s'adresse aux chercheurs, aux enseignants, aux étudiants ainsi qu'à tous les acteurs engagés dans les métiers du livre. Il intéresse également les enseignants et les parents d'élèves. Il s'adresse également et fortement aux professionnels de l'information, bibliothécaires ou professeurs documentalistes qui, malgré tous les obstacles, gardent leur énergie pour défendre le livre et la lecture, principalement auprès des jeunes.

Ces deux documents se complètent dans le mélange d'apports théoriques et savants ou d'apports plus pratiques et concrets, mais tout aussi savants écrits par des chercheurs, des observateurs qui posent un regard aigu sur des pratiques nouvelles, anciennes, classiques, novatrices, sur cet acte que nous pratiquons quand d'autres l'ignore, et sur lequel il importe de nous interroger dans ses nouveaux environnements. Les auteurs de ces deux ouvrages, le font de façon très différentes et à la fois semblables. Ils poursuivent un même but : celui de nous aider à poser des repères dans nos propres réflexions et actions. En ce sens les deux méritent d'être lus car les deux sont des ouvrages de qualité qui apportent des savoirs mais aussi beaucoup de réflexions sur une question toujours -et pour longtemps encore- pleine d'actualité.

Marie-France Blanquet

mfblanquet@iut.u-bordeaux3.fr



Rédigé par ADBS

mise à jour le 30 mars 2012


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