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Le Web collaboratif : mutations des industries de la culture et de la communication / Philippe Bouquillion, Jacob T. Matthews

publié le 15 juillet 2013

Grenoble : Presses universitaires de Grenoble, 2010. – 150 p. – (La communication en plus, ISSN 1264-4358). – ISBN 978-2-7061-1593-6 : 15 €

Analyse de Joachim Schöpfel

COMPRENDRE L'ESSOR RAPIDE DU WEB

Adorno, l'un des premiers membres de l'Institut de recherche sociale de Francfort, disait que l'objectif de la sociologie était de « construire des clés pour que la réalité se révèle d'elle-même ». Cette construction de clé, devenue la théorie critique de l'école de Francfort dans les années 50 et 60, s'inspira de la dialectique marxiste et s'inscrivit dans un champ interdisciplinaire, s'appuyant notamment sur la sociologie, l'économie, la psychanalyse, la philosophie, la musicologie et les lettres. L'idée était de développer une analyse critique de la société moderne, de ses institutions, idéologies, cultures et arts.

Cette approche - l'un des grands courants de la pensée du 20e siècle - est toujours féconde. Le Groupe de recherche sur les enjeux de la communication (GRESEC) à l'Université de Grenoble s'inspire du cadre théorique et de la méthodologie de l'école de Francfort pour développer une approche critique des sciences de l'information et de la communication. Voici l'un de leurs derniers ouvrages, consacré au Web collaboratif.

Les auteurs - Philippe Bouquillion du GRESEC et Jacob T. Matthews de la MSH de l'Université de Paris Nord - proposent donc une lecture critique de la nouvelle culture participative du Web 2.0. Cette critique s'articule en cinq chapitres.

Le premier étudie le modèle économique du Web collaboratif. En fait, il n'y a pas un mais plusieurs modèles, où « petites expérimentations » cohabitent avec des filiales d'acteurs historiques des industries de la culture, des indépendants ou encore des « croyants » visant des niches (p.19).

Le 2e chapitre est une analyse économique des grands acteurs du Web 2.0 et des liens entre internautes, contenus, annonceurs et financeurs. Les auteurs décrivent comment ces sites ont besoin de « contenus autoproduits (pour) attirer une masse d'internautes et maximiser le trafic et donc les recettes publicitaires » (p.42). Mais ils évoquent également d'autres types de positionnement et distinguent entre contenus dits « Prémium » et contenus à faible coût (p.46).

Le lecteur trouvera dans le 3e chapitre du livre une critique d'idéologie classique du discours des protagonistes du Web 2.0, en particulier Henry Jenkins (Convergence Culture) et Jeremy Rifkin (Age of Access).

Le 4e chapitre a pour objet les concepts de communauté, réseau et usager, de « socialisation virtuelle » et d'intelligence collective, en faisant le lien avec l'analyse critique d'Adorno sur les industries culturelles. Les auteurs soulignent l'ambiguïté entre le discours sur la « libération d'initiative et l'émancipation individuelle (de) ces nouvelles formes de pratique collective » et sur l'effet normatif et normalisateur de cette même pratique en communauté virtuelle.

Le livre finit par un questionnement du rôle des sciences humaines et sociales dans ce contexte, entre accompagnement, critique et « accoucheur des mutations en cours » (p.115).

La conclusion en quatre phrases : « Le Web 2.0 s'insère dans le mouvement de financiarisation des industries de la culture et de la communication » ; « [il] n'est pas un facteur de disparition de l'organisation industrielle en termes d'oligopoles à frange mais il se moule dans ce modèle » ; « [il] prolonge le rôle des politiques publiques [...] dans les actuels processus de rationalisation » ; il contribue « aux profondes transformations (des) modes de valorisation des contenus » (p.134-135).

On peut reprocher à cette analyse (comme cela a été fait à Adorno par rapport à son analyse du jazz) de ne pas saisir le moment « subversif » et libérateur de cette nouvelle culture, de mettre l'accent sur les intérêts financiers, l'idéologie et l'aliénation là où d'autres, comme Clay Shirky (Cognitive Surplus) ou John Willinsky (Access Principle), révèlent davantage son potentiel créatif et transformateur. On peut aussi observer, d'un point de vue fonctionnel, qu'une telle approche ne permet pas de saisir complètement en quoi cette nébuleuse du Web 2.0 répond à un besoin élémentaire et puissant des internautes et des communautés. Mais cela n'enlève rien à l'originalité et l'intérêt de cette analyse qui, pour comprendre l'évolution rapide du Web, restera l'une des clés indispensables et incontournables.


Rédigé par ADBS

mise à jour le 25 septembre 2013


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