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Le nouveau management de l’information : la gestion des connaissances au cœur de l’entreprise 2.0

publié le 14 février 2011

Christophe Deschamps ; préf. de Marc de Fauchécour. – Limoges : FYP Éditions, 2009. – 223 p. – (Collection Entreprendre). – ISBN 978-2-916571-29-4 : 23,90 €

En cinq chapitres assez denses, ce livre revisite certaines notions en vogue depuis plusieurs années (travailleurs du savoir, digital natives, intelligence collective, entreprise 2.0, informatique ambiante, etc.) pour tenter de dresser un bilan du paysage informationnel actuel en entreprise et pointer une avancée vers le PKM (ou personal knowledge management) vers lequel convergeraient finalement les usages socio-techniques récents. Au-delà de synthèses bien informées et de tableaux d'usage souvent pertinents, l'un des intérêts majeurs de l'ouvrage de Christophe Deschamps est de dépasser le simple catalogue d'outils et de pratiques pour proposer un axe de lecture et d'investigation qu'on pourrait résumer comme l'émergence d'un nouvel individualisme. En effet, partant de l'idée que, étant sortis d'une ère industrielle marquée par la volonté d'organiser les savoirs de manière centralisée puis d'une ère post-industrielle plutôt fondée sur la collaboration (groupware), nous serions entrés dans une gestion des connaissances de troisième génération où la personne prévaut comme unité de base (unité cognitive élémentaire) de l'organisation complexe. L'acteur cognitif ne se substitue pas aux organisations existantes mais, en se superposant à elles, il permet en quelque sorte de les optimiser.

L'ouvrage débute par un certain nombre de rappels sur la société de l'information dont l'une des caractéristiques saillantes serait la disparition progressive de la technique (informatique) à l'intérieur même des artefacts puis des vivants eux-mêmes. Le réel se doublant ainsi d'une empreinte numérique qui lui est consubstantielle et qui pourrait rendre inutile toute structuration a posteriori. Cette vision - qui tient de moins en moins de la science-fiction - interroge fortement la gestion des connaissances en en déplaçant les enjeux et les risques (capture statistique de l'attention, connectivité permanente, temps réel, etc.).

Alors que les anciennes promesses du KM de révéler et de partager des informations plus ou moins implicites semblent en mesure d'être tenues par les outillages actuels, on peut s'interroger sur les pratiques intellectuelles (et professionnelles) qui accompagnent ces nouveaux usages. En effet, selon l'auteur, ces exigences ne seront tenues qu'à condition de se séparer de l'« approche technologiste classique qui voit la connaissance comme un objet que l'on peut capturer, structurer et codifier afin de la réutiliser » - ce qui décrit assez bien ce que depuis au moins cinquante ans on entend par « documentation ». En fait, s'il y a nouveauté, c'est bien là qu'elle réside : non plus voir l'information comme un objet, mais principalement comme un flux. Sortir de la vision selon laquelle on pourrait capitaliser et stocker des connaissances indépendamment des usages qui en seront faits, mais plutôt interagir avec des potentialités de signification et jouer avec le mouvement lui-même (comme dans une veille informationnelle avec Twitter, par exemple).

Est-ce à dire que le « nouveau management de l'information » ne se soucierait plus de la maîtrise des processus informationnels et privilégierait l'émergence de productions atomisées plus ou moins directement exploitables dans les différents processus métier ? En fait, la maîtrise est plus que jamais au cœur de la gestion de l'information, tant les coûts liés à la surcharge d'informations semblent avérés. Mais force est de constater que la volonté de créer une fonction KM à l'instar d'autres fonctions de gestion centralisées dans l'entreprise (la comptabilité, par exemple), souvent avec l'aide d'infrastructures logicielles lourdes à alimenter et à maintenir, n'a pas toujours été une réussite. Dans le même temps, on note pourtant une réelle prise de conscience devant la nécessité de valider et de coter l'information. Avec la multiplication des sources, des outils et des flux accessibles, le risque est d'abord celui de la perte de productivité.

Car c'est bien cette promesse de productivité qui, au niveau de l'entreprise, sous-tend la diffusion des solutions du Web 2.0. Parce qu'elles simulent, au plus près des possibilités technologiques actuelles, certains mouvements de la pensée : approximations, signalements furtifs, rapprochements d'idées, etc., elles peuvent être perçues comme les meilleurs vecteurs de l'expression et de la capture de l'informel - on peut dire aussi du non-structuré - qui constitue la matière première de la gestion des connaissances. Plus que les outils, cette conception, on l'a dit, place donc au final les individus au cœur de l'entreprise 2.0 en ce qu'ils sont autant les porteurs que les principaux bénéficiaires de cette dynamique nouvelle.


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mise à jour le 14 février 2011


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