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La Science de l’information : origines, théories et paradigmes / Fidelia Ibekwe-SanJuan

Cachan : Lavoisier, 2012. – 261 p. – (Traitement de l’information). - ISBN 978-2-7462-3912-8 : 55 €

publié le 24 janvier 2014

Analyse de Sylvie Dalbin

SylvieATD[at]aol.com


UNE ÉTUDE DENSE ET ORIGINALE

La liste est longue des ouvrages sur la ou les science(s) de l'information, qu'ils soient orientés plutôt « tech », « info-comm » ou « info-doc », qu'ils visent un objectif pédagogique, informatif ou polémique. Fidélia Ibekwe-SanJuan, maître de conférence et chercheuse en SIC à Lyon 3 (équipe de recherche ELICO), nous livre ici un ouvrage dense et original à plusieurs titres.

En premier lieu et en décalage avec la majorité des chercheurs français des SIC, l'auteure cherche à démontrer que la conception française de la science de l'information (SI) ne diffère pas sensiblement de la conception anglophone, tant sur les plans conceptuel, épistémologique ou méthodologique. S'il y a spécificités, celles-ci viendraient plus d'éléments externes à l'objet de cette science, qu'ils soient institutionnels (modalités de prise en compte de l'interdisciplinarité de la SI) ou structurels (« déséquilibre entre la science de l'information et la science de la communication réunies au sein d'une même interdiscipline en France », p.231).

Deuxième particularité de l'ouvrage : pour asseoir son analyse, l'auteure a établi une synthèse de l'évolution de la SI depuis les années 1950 entre les aires anglo-saxonnes et francophones (première partie), et à analyser les travaux scientifiques sur la base des paradigmes et courants épistémologiques qui les sous-tendent : le rationalisme et le positivisme sur la normalisation et les classifications (hiérarchiques ou à facettes), l'empirisme en recherche d'information et en bibliométrie, le paradigme cognitiviste sur l'étude du comportement des usagers (users studies), l'influence des thèses socio-constructivistes sur l'approche par l'analyse de domaines, ou encore l'influence du pragmaticisme ou du paradigme linguistique ou social. Chaque chapitre se structure autour de quatre axes : une présentation de la théorie ou du courant abordés, son influence sur la science de l'information, les limites de ces présupposés et, en conclusion, un apport personnel de l'auteure sur la théorie et son usage en SI. Cette structuration permet à la fois de constituer une synthèse documentée des théories elles-mêmes, et de se doter par ailleurs d'une carte de la position des travaux de recherche en SI sélectionnés sur la base d'une analyse comparative.

Attendons des retours d'autres chercheurs, plus à même de faire une analyse argumentée des propositions très intéressantes de l'auteure et - sans remettre en question ni le projet, ni les thèses invoquées, encore moins l'intérêt d'un tel résultat -, concentrons nous sur la méthode. La valeur et la validité de ce type d'étude à la fois historique, comparative et de synthèse analytique reposent en grande partie sur le choix des sujets faisant l'objet d'une comparaison et sur la pertinence des sources utilisées. L'usage de sources « de seconde main » est rendu ici indispensable mais, par contrecoup, fait reposer la qualité des données sur lesquelles s'appuie l'analyse sur des tiers-auteurs, eux-mêmes impliqués dans ces recherches. Ceci est d'autant plus délicat lorsque les pratiques de publication, mais également les pratiques scientifiques, diffèrent comme ici d'un pays à un autre. Ainsi, quel impact sur les théories mises en œuvre et sur l'ampleur ou la diversité des travaux menés en l'absence dans cette étude de champs d'étude comme « l'informatique documentaire » (en discipline « informatique ») ou l'organisation des connaissances telles qu'elles sont menées au sein des différentes disciplines (chimie, médecine, etc.) par exemple. L'ouvrage de Boubée et Tricot [1] - non répertorié dans la bibliographie - sur l'approche de la recherche d'information à travers deux disciplines (SI et psychologie cognitive) et deux aires géographiques répondait à ces mêmes exigences. La prise en compte des travaux d'historiens de l'information comme Toni Weller (UK), nouvelle discipline qui ne se confond pas avec celle de la communication, aurait également permis d'enrichir l'étude, en particulier sur le « regard communicationnel dont souffre la SI » en France (p.231). Pour aider historiens et chercheurs, les professionnels de l'information et du document devraient davantage se pencher, non pas sur la forme éditoriale du document (livre, article), mais sur le genre et sur la nature de l'étude...

Un point historique sur les associations professionnelles : l'Aslib, l'Association of Special Libraries and Information Bureau des praticiens anglais créée en 1924 ne peut être comparée à l'Americain Documentation Institute (ADI), celui-ci étant une structure de recherche et de développement (technologiques), mais bien plutôt à la SLA, curieusement ignorée dans cette étude. La SLA, toujours active, représente pourtant les Special Librarians américains depuis 1909, soit quelques années avant l'Aslib et non l'inverse (p.76). L'histoire non pas de la SI mais de la documentation et des bibliothèques spécialisées entre 1940 et aujourd'hui reste à faire.

Pour revenir à la SI en France, les praticiens seront étonnés de voir une ressemblance forte avec leurs propres vécus : les difficultés à faire valoir les spécificités de leurs fonctions, l'impact (souvent funeste) de leur assimilation au service de communication, les tensions entre le global et le local, le générique ou encyclopédique et le spécifique...

Un ouvrage riche et polémique qui devrait faire réagir d'autres points de vue, au moins au niveau des SIC en France.


[1] Nicole BOUBÉE et André TRICOT, Qu'est-ce que rechercher de l'information ?, Presses de l'Enssib, 2010. http://www.adbs.fr/qu-est-ce-que-rechercher-de-l-information--101173.htm)





Rédigé par ADBS

mise à jour le 28 mars 2014


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