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Droit de l’information

La responsabilité des personnes morales au regard des lois Hadopi

publié le 26 novembre 2009

Beaucoup de bruit pour rien ? Peut-être pas

Bibliothèque Amsterdam CC BY Michèle BattistiHadopi1, Hadopi2 et bientôt Hadopi3 [1]. C'est ainsi que sera finalement déclinée la loi suscitée en novembre 2007 par le rapport Olivennes pour lutter contre le téléchargement illégal.

On a beaucoup écrit sur la loi Hadopi 1(ou « Création et internet ») dans ces colonnes (réf.13). L'Interassociation Archives-Bibliothèques-Documentation (IABD) avait par ailleurs pris, dès mars 2009, la mesure de la responsabilité pesant sur les bibliothèques qui fournissent un accès à l'internet (réf.14). Néanmoins, la loi Hadopi 2 ayant été adoptée le 28 octobre 2009, il convenait de faire le point, en ce mois de novembre, sur les principales dispositions de ces deux lois.

Les dispositions sur le  téléchargement illégal

Lorsque la contrefaçon se fait en ligne, les agents d'Hadopi, alertés par les ayants droit, sont chargés de contrôler la réalité des preuves qui leur sont présentées. Après deux avertissements envoyés à l'internaute (à l'abonné à l'internet, plus exactement) via son fournisseur d'accès à l'internet (FAI), le dossier est confié à la justice.

  • Une procédure simplifiée 

Dans la procédure habituelle, la décision est rendue par un tribunal correctionnel, en présence de l'accusé et de son avocat. Pour des téléchargements illégaux, la décision sera rendue par ordonnance pénale, procédure où un juge statue seul et sans débat préalable. Celui-ci peut prononcer une peine d'amende et la suspension de son abonnement à internet[2], mais il ne peut pas condamner le titulaire de l'abonnement à la prison ni à verser des dommage-intérêts.

Toutefois, l'affaire peut être renvoyée devant un tribunal correctionnel et jugée selon la procédure classique, si le titulaire de l'abonnement conteste l'ordonnance dans un délai de 45 jours ou si le juge estime qu'une peine de prison s'impose.

  • Le délit de « négligence caractérisée 
L'abonné à internet dont l'ordinateur a servi à télécharger illégalement, peut être condamné à payer une contravention de 1 500 euros et à jusqu'à un mois de suspension de l'accès à Internet[3], s'il est jugé avoir négligé de sécuriser son poste.

La responsabilité des personnes morales

C'est pour négligence caractérisée que les établissements culturels et les entreprises pourraient être sanctionnés puisque ce sont eux qui détiennent les codes IP des ordinateurs à partir desquels des téléchargements illégaux peuvent être réalisés.

Il est vrai que pour prononcer la peine complémentaire de suspension de l'accès internet et en déterminer la durée, le juge doit prendre en compte « les circonstances et la gravité de l'infraction, la personnalité de son auteur, son activité professionnelle ou sociale, sa situation socio-économique ». Il est plus probable qu'une bibliothèque sera condamnée à payer une amende et non à la suspension de l'accès à l'internet.

Ce qui est plus préoccupant, en revanche, c'est que dans le cadre de l'enquête, les agents d'Hadopi puissent exiger de consulter les données de connexion, que conservent pendant un an les organismes offrant un accès à l'internet au public.

 Beaucoup de bruit pour rien ?

Sans doute, si l'on prend en compte « l'engorgement chronique des tribunaux »,  les difficultés techniques pour couper l'accès à internet  et si l'on considère que l'Autorité de régulation des mesures techniques (ARMT) créée par la loi Dadvsi n'a jamais été saisie (réf.12), que l'Hadopi ne peut pas être saisie pour des faits remontant à plus de six mois, que les usages illégaux se font depuis longtemps par d'autres biais que par des connexions classiques, que les véritables pirates ne seront pas sanctionnés (réf. 5, 16) et que les ayants droit ne seront même pas indemnisés.  

Pas sûr si, comme le signale Calimaq (réf. 8) « la présomption de culpabilité qui pèse sur les bibliothèques du fait des agissements commis à partir des connexions Internet ... va provoquer une crispation autour de la question de l'accès à Internet en bibliothèque et une dégradation du rapport avec les usagers et les tutelles » et si, pour éviter toute difficulté, était finalement retenue l'idée de mettre à la disposition des usagers un portail blanc de sites « labellisés », portail contre lequel l'IABD s'était fortement opposée l'IABD (réf. 16).

Une loi « qui exacerbe les tensions »

La véritable question, que traitera peut-être la future loi Hadopi 3, reste le modèle économique à définir pour assurer l'équilibre entre les créateurs et les utilisateurs dans ce nouvel environnement numérique, exacerbé par les outils du web 2. 0. La loi saura-t-elle relever ce défi ?

ADI, ADBS, Michèle Battisti, novembre 2009

Les autres dispositions des lois Hadopi

Une exception en faveur des bibliothèques

Passé quasi inaperçue, l'article 10 de la loi du 12 juin 2009 complète l'exception qui, depuis la loi Dadvsi, permet aux bibliothèques, services d'archives et musées ouverts au public de reproduire, sans demander d'autorisation expresse, des œuvres « abîmées » à des fins de conservation ou pour maintenir (par migration ou émulation) les conditions de leur accès au public.

Ces établissements peuvent désormais communiquer au public les œuvres reproduites sous couvert de cette exception, mais uniquement au sein de leur établissement et sur des terminaux consacrés à cet effet.

Un statut d'éditeur de presse en ligne

Pour bénéficier de ce statut, le site doit remplir une "mission d'information professionnelle", diffuser une "production journalistique de contenus originaux et renouvelés" qui ne sont "ni outils de promotion ou accessoires propres à une activité industrielle ou commerciale" et, lorsqu'il s'agit d'un site d'information générale ou politique employer 'au moins un journaliste professionnel». Ce statut sera attribué à des sites d'information non affiliés à un groupe de presse, mais pas aux sites web personnels ni aux blogs édités à titre non professionnel.

Outre des avantages fiscaux[1], ce statut permet à l'éditeur en ligne de ne voir sa responsabilité engagée que s'il est prouvé "qu'il avait effectivement connaissance" de l'existence d'un contenu illégal dans les espaces participatifs (blogs, forums et commentaires) de son site.

Le droit d'auteur des journalistes

Le journaliste cède désormais les droits de reproduction de son article pour tous les supports (papier, internet, ...) de son entreprise de presse. Des droits d'auteur ne lui seront versés qu'au-delà d'une période, fixée par un accord collectif ou individuel, ou si l'œuvre est exploitée par des tiers extérieurs à l'entreprise.

L'autre volet de la loi Hadopi 1 - favoriser l'offre légale -,  comprend une  première mesure timide qui fixe à 4 mois le délai entre la sortie en salle d'un film et son exploitation en DVD ou VOD[2].

[1]     Mais la TVA reste toujours fixée à 19,6 %
[2]
    La loi a créé un délit de « captation totale ou partielle d'une œuvre cinématographique ou audiovisuelle en salle de spectacle cinématographique »


 


Rédigé par Michèle BATTISTI

mise à jour le 3 juillet 2010


Hadopi 1, Hadopi 2, Hadopi 3. Un bref rappel

Après l'adoption difficile de la loi Hadopi 1 en juin 2009, un complément s'était avéré nécessaire puisque, pour le Conseil constitutionnel, la décision de couper l'accès à l'internet doit être prise par un juge et non par une autorité administrative telle que la Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet (Hadopi). A cette occation, le Conseil constitutionnel a affirmé que l'accès à l'internet est une liberté fondamentale, étroitement liée à la liberté d'expression et à l'accès à l'nformation.

Saisi à nouveau, en septembre 2009, sur la loi Hadopi 2, le Conseil constitutionnel a admis que le téléchargement illégal puisse, comme les délits et contraventions au Code de la route, faire l'objet d'une ordonnance pénale, mais il a refusé que les dommages et intérêts puissent être accordés par cette voie (réf.5).

Une troisième loi Hadopi devrait être élaborée à partir des conclusions de la « Mission Zelnik » chargée d'organiser le transfert des droits aux « créateurs » et de faire émerger une offre légale attractive pour le film, la musique (aujourd'hui aussi pour le livre électronique). 

Notes


1]
        En dépit de leurs divers  intitulés, ces lois sont toutes orientées autour de cette autorité administrative qu'est l'Hadopi.
[2]
      Période durant laquelle il ne peut pas se réabonner et où il continue à payer son abonnement.
[3]
      Il encourt une peine de 3750 euros d'amende s'il s'abonne auprès d'un autre  FAI pendant la période de suspension.

Références

1.       La mission Zelnik rendra son rapport vers le 15 décembre, Véronique Mortaigne, Le Monde, 14 novembre 2009 
2.       Hadopi 2 : Une pilule rouge pour tout comprendre - La suite de la suite, Grand Maîrre B, Canard PC.com, 10 novembre 2009 
 3.       Bientôt une HADOPI 3 !, Vito Marinese, Juriscom.net, 3 novembre 2009 
4.       L'Hadopi 2 entre au Journal Officiel, Christophe Lagane, Silicon, 29 octobre 2009 
5.       A quand une loi Hadopi 3 ? Cyril Rojinsky, Juriscom.net, 28 octobre 2009 
6.       Favoriser la diffusion et la protection de la création sur Internet-  Les lois Hadopi, Net-Iris, 29 octobre  2009  
7.       La décision HADOPI 2 expliquée à mon stagiaire, Maître Eolas, 22 octobre 2009 
8.       Hadopi 2 et les bibliothèques : première évaluation des dommages collatéraux, Calimaq, S.I.Lex, 17 septembre 2009 
9.       La presse en ligne obtient un statut, Olivier Dumons, Le Monde, 3 avril 2009 
10.   Loi création et Internet : que faire maintenant ? Françoise Benhamou et Bruno Ory-Lavollée, Le Figaro, 15 juin 2009 
11.   Un statut pour les éditeurs de presse en ligne sans les bloggeurs, Guillaume Champeau, Numerama, 8 janvier 2009 
12.   Web 2.0 et contrefaçon,Michèle Battisti, Compte rendu du Colloque organisé par l' Institut de recherche en propriété intellectuelle (IRPI), le 27 octobre 2008  ADI 
13. Un projet de loi pour lutter contre le téléchargement illégal des œuvres, n° 89, mars 2008

Les déclarations de l'IABD

14. Offrir un accès public à l'internet. Des responsabilités aux multiples implications, 10 mars 2009             
15. Un  amendement pour compléter l'exception de reproduction introduite par la loi DADVSI du 1er août 2006 en faveur des bibliothèques, 25 février 2009  
16. Non au  portail blanc (un accès limité imposé aux accès publics à Internet). Version courte version longue 1
7. Communiqué du 18 juin 2009. Décision du Conseil constitutionnel sur la liberté d'accès à l'internet.

Textes

Loi n°2009-669 du 12 juin 2009

Loi n° 2009-1311 du 28 octobre 2009 relative à la protection pénale de la propriété littéraire et artistique sur internet (dite Hadopi 2). Sur le site Légifrance 

Calendrier des étapes des lois « Hadopi » sur le site du Sénat et de l'Assemblée nationale 
Décrets d'application pour définir la notion de  « négligence caractérisée » et les moyens de  défense des contrevenants (à paraître)

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