Accès direct au contenu

English flag English

Recherche avancée

ADBS
L'association des professionnels de l'information
et de la documentation


Vous êtes ici : Accueil > Accéder à la doc professionnelle > Nous avons lu...

L'Information dans les organisations : dynamique et complexité

Colloque international organisé par le Centre d’étude du débat public et des médiations, Tours, 6-7 avril 2006 / sous la dir. de Christiane Volant. – Tours : Presses universitaires François Rabelais, 2008. – 364 p. – (Perspectives « Villes et territoires », ISSN 1635-6187 ; 19). – ISBN 978-2-86906-239-9 : 25 €

publié le 20 mai 2009

Il n'est jamais facile de résumer des actes de colloque du fait même du nombre important de communications (vingt-deux dans les présents actes en sus des textes introductifs aux séances) et de la diversité des sujets ou approches abordés, même s'il y a un thème censé être fédérateur.

 

Trois communications couvrent la problématique du positionnement des sciences de l'information et de la documentation par rapport à d'autres disciplines universitaires ou dans leurs relations avec les praticiens.

En introduction, Nathalie Mitev dresse un « Tour d'horizon de la recherche anglophone sur les systèmes d'information dans les organisations » et tente ainsi de positionner intellectuellement les sciences de l'information et leur évolution au cours des vingt ou trente dernières années.

Regina Maria Marteleto dresse aussi un panorama de la recherche en sciences de l'information, mais au Brésil. Elle explique l'émergence récente de la discipline dans ce pays et la distinction qu'il convient de faire entre la recherche universitaire et celle menée par des professionnels agissant dans le cadre d'agences publiques sectorielles. Elle liste les cours universitaires de niveau master et doctorat et présente les thématiques des différents groupes de travail mis en place par l'Association nationale de recherche et post-graduation en sciences de l'information (ANCIB). Elle conclut sur l'inéluctable évolution du champ de recherche.

Dans la conférence finale, Viviane Couzinet tente de décrire le « modèle » français de la recherche en sciences de l'information, évoquant les relations qu'entretiennent les enseignants-chercheurs avec le monde des praticiens des bibliothèques ou de la documentation et listant les différents laboratoires œuvrant dans le champ.

 

Un autre ensemble de communications gravite autour du management de l'information au sein des organisations.

Odile Boizard-Roux évoque les premières conclusions d'une étude d'impact menée au sein de deux entreprises soumises à forte concurrence et concernant l'influence des systèmes d'information modernes. Il semble ressortir de cette étude que le changement induit est assez lent, du fait notamment d'une relative inertie des organisations ou d'une gouvernance de l'entreprise pas toujours appropriée.

Nicolas Moinet analyse trois cas de non-maîtrise de l'information stratégique ; il démontre que l'apport du cycle de la maîtrise de l'information (besoin, collecte, traitement, diffusion), dans des environnements complexes et turbulents, n'est pas prééminent s'il ne s'intègre pas au sein de ce qu'il appelle le « couple agilité/paralysie stratégique ».

Qu'en est-il dans le secteur public ? Amar Lakel étudie de façon critique la construction du programme français d'administration électronique. L'arrivée d'Internet et la possibilité d'une ouverture des systèmes de communication sociale laissaient espérer l'ouverture de processus d'innovation et une mutation radicale du management public dans les questions d'information et de communication. Le champ du possible est large, mais le poids de la culture bureaucratique et de l'hyper-rationalisme, conclut l'auteur, n'a pas vraiment permis à la France, contrairement à d'autres pays européens, de transformer le mode d'administration publique.

De façon plus théorique que dans les interventions précédentes, Huguette Rigot aborde la problématique de l'« organisation informationnelle » chez les chercheurs en sciences humaines et sociales, en situant ce concept par rapport à ceux de situation de communication, de système d'information et d'individu communiquant ; elle s'interroge sur l'opportunité de mettre plutôt en avant l'« agir informationnel » et, en conséquence, analyse les cinq principaux actes informationnels des chercheurs en SHS.

Restons dans le champ du management de l'information et des connaissances au sein de l'entreprise. Annette Béguin-Verbrugge porte un regard critique sur les pratiques des knowledge managers en questionnant le rapport entre information et communication à travers un dispositif complexe et dynamique. Partant d'un exemple, elle pose le problème de la représentation sociale des connaissances et de la responsabilité des choix que cela implique ; et souligne l'importance de passer de la dimension technique et de la typologie des savoirs à la dimension sémiotique et cognitive, souvent peu modélisée par les praticiens. La pérennité du dispositif mis en place en dépend.

À propos de ce même objet « connaissances », Youcef Amerouali cherche à développer un modèle pour la quantification des connaissances et savoir-faire d'une entreprise. Après une description des concepts de communauté de pratiques et de capital immatériel, il dresse un bref panorama des différents types d'évaluation du capital immatériel pour se centrer ensuite sur les éléments qui contribueraient à l'évaluation quantitative des connaissances.

 

S'intercalent ensuite plusieurs communications sur les interactions outils / organisation de l'information / utilisateurs.

À partir d'une approche webométrique portant sur l'analyse des pages d'accueil des sites institutionnels des universités françaises, David Reymond met en évidence la réalité d'une complexité informationnelle croissante dans les grandes organisations et tente de dégager une modélisation conceptuelle de communication et de gestion ou de syndication de contenu.

Avec un autre éclairage, Dominique Cotte aborde la problématique de la médiatisation des espaces de travail en analysant l'organisation spatiale des informations sur les écrans dans les intranets ou portails d'entreprise, l'articulation entre la représentation de l'espace collectif et la satisfaction des besoins individuels, ainsi que la difficulté de passer du volume au plan. Comme d'autres auteurs, il souligne la relative complexité de la gestion de l'information dans un environnement informatisé et l'écart qui subsiste par rapport au discours simplificateur des fournisseurs de solutions.

À travers trois cas d'organisations caractérisés par un système d'information ou un projet novateur (projet de télétravail, co-conception distante, entreprise sans bureau), et en observant conjointement les discours, les perceptions et les pratiques qui s'entremêlent dans différentes logiques d'acteurs, Angélique Roux tente de mettre en évidence la dynamique et la complexité des interactions informationnelles. Elle examine l'influence de la structuration de l'outil assignée par les concepteurs et les décideurs mais aussi d'autres facteurs qui interfèrent au sein du processus d'appropriation par les utilisateurs.

 

Quelques autres facettes ont aussi été abordées au cours de ce colloque.

Cécile Gardiès a pris l'exemple du réseau documentaire des centres de documentation et d'information (CDI) dans l'Enseignement agricole pour étudier comment se confronte la gestion singulière de l'information à une approche collective du traitement de celle-ci. Elle met alors en évidence la complexité du traitement de l'information documentaire mais aussi le rôle d'un réseau comme « organisation apprenante » et facilitateur de la professionnalisation des acteurs, tout en soulignant l'équilibre précaire d'un tel dispositif et les risques de rigidité des activités.

Marta Pinheiro Aun expose un sujet de recherche qui sort de l'entreprise et qui a trait aux politiques d'information dans la société contemporaine. L'information assume un nouveau rôle économique et les technologies de l'information et de la communication influent sur le processus de construction des politiques d'information. Mais se pose la prise en compte des aspects socio-culturels et l'incidence d'une nouvelle société en réseau. Les risques d'exclusion dans la société de l'information sont réels ; aussi voit-on évoluer les politiques d'information en vue de favoriser des opportunités de développement.

Les PME ont parfois des difficultés à exprimer auprès des cabinets conseils leurs besoins en matière de système d'information du fait de l'étendue du champ d'application, de la mutation croissante du contexte technologique, de la diversité du vocabulaire et de l'hétérogénéité des profils des acteurs humains qui interviennent. Pour cet environnement complexe, Sabrina Boulesnane et Laïd Bouzidi proposent une démarche méthodologique fondée sur une analyse des référentiels informationnels des différents acteurs et aboutissant à un système d'aide à l'interprétation des besoins.

L'objet de la communication de Samuel Tietse porte sur les pratiques informationnelles et plus spécialement sur l'évolution du comportement informationnel des médecins en milieu hospitalier. Il montre comment ceux-ci passent d'une situation de médiation documentaire à l'accès direct à l'information par la navigation numérique. Il souligne l'importance d'une orientation « activité » dans la conception des systèmes d'information.

Autre recherche portant sur les pratiques d'accès à l'information : le cas des chargés d'études économiques et des analystes. Éric Thivant tente de dégager des points de convergence malgré des activités aux finalités différentes menées par les personnes interviewées.

En procédant à une analyse de discours d'experts (trois chercheurs travaillant dans le domaine des transports au Brésil), Evelyn Goyannes Dill Orrico et Carmen Irene Correia de Olvieira ont étudié le rôle de la métaphore dans la construction d'une identité de groupe.

 

Les quatre dernières communications portent sur les relations entre système d'information et patrimoine.

Julien Tassel s'est intéressé aux outils de représentation graphique du temps, soulignant l'ancienneté de cette tradition chronologique et montrant que ces outils transforment le temps en information. Il pose un regard critique sur ces outils qui simplifient les événements et s'interroge sur leurs relations avec le management et le pouvoir en s'appuyant sur un exemple mis en œuvre dans une entreprise bancaire.

Patrick Fraysse a cherché à identifier les modalités selon lesquelles le concept de patrimoine se construit, se transmet et se transforme à travers l'étude des dispositifs info-communicationnels dédiés au patrimoine monumental et de leur évolution dans le temps. Il met en évidence le lien étroit qui existe entre patrimonialisation et représentations iconographiques.

Gérard Régimbeau soulève le problème de la conception d'une typologie qui soit une aide à la recherche d'information en art contemporain. Il illustre son propos par une étude comparative des catégories d'information menée sur cinq sites web dédiés aux arts plastiques ou à l'histoire de l'art.

Enfin, Medhi Gharsallah, après avoir rappelé les enjeux patrimoniaux de la mémoire des entreprises, aborde la problématique de l'intégration du système d'information dans la conservation du patrimoine numérique des entreprises et, en particulier, de l'extension de cette notion de patrimoine aux sites web. Son propos s'appuie sur l'analyse comparée de la démarche retenue pour le site portail du Premier ministre et celle retenue pour celui du site portail de la région wallonne.

 

Ce colloque donne un bon aperçu, tout en restant partiel, de l'étendue du champ d'étude de la recherche en sciences de l'information. Bien qu'émanant de chercheurs et destinés à d'autres chercheurs, les propos exposés dans ces actes, pour leur grande majorité, sont accessibles aux praticiens et leur lecture peut les aider à prendre un peu de recul sur leurs pratiques professionnelles.

Éric Sutter

 


Rédigé par ADBS

mise à jour le 20 mai 2009


L'ADBS sur les réseaux sociaux

NOUS SUIVRE
    

PARTAGER CETTE PAGE

haut de la page

ADBS.fr - Site du premier réseau européen de documentalistes