Accès direct au contenu

English flag English

Recherche avancée

ADBS
L'association des professionnels de l'information
et de la documentation


Vous êtes ici : Accueil > Accéder à la doc professionnelle > Nous avons lu...

L'entonnoir : Google sous la loupe des sciences de l'information et de la communication

publié le 8 décembre 2009

ouvr. coord. Par Brigitte Simonnot et Gabriel Gallezot ; préf. d’Hervé Le Crosnier. – Caen : C&F éditions, 2009. – 246 p. – ISBN 2-915825-05-X : 24 €

L'entonnoir : Google sous la loupe des sciences de l'information et de la communication

L'entonnoir : Google sous la loupe des sciences de l'information et de la communication

Fragments d'un discours sur Google

Le règne sans (presque) partage du plus célèbre des moteurs de recherche actuels entraîne à son égard - y compris chez les professionnels de l'information - des appréciations souvent plus empreintes d'émotion (rejet ou sacralisation) que de rigueur analytique. Parce que Google - à travers son moteur vedette et le large bouquet de services qui l'accompagne - ambitionne d'être le guichet unique d'accès à toute l'information numérique, il entretient une intimidante autorité faite d'efficacité fonctionnelle (ainsi du caractère quasi oraculaire de sa fenêtre de recherche), de mystère (sur son algorithme), de soumission (à l'apparente objectivité de son fonctionnement) et d'inquiétude (sur ses buts ultimes).

Partant de ces constats communs sur le Google Monde, c'est tout le mérite (délicat) de L'entonnoir que de ne pas vouloir s'enfermer dans une vision manichéenne du moteur mais de tenter, à l'instar du principe métaphorique qui lui sert de fil conducteur (et de titre), de fournir plusieurs idées en un même discours. Car il s'agit bien d'un même discours à plusieurs voix : celles d'une dizaine de chercheurs du domaine des sciences de l'information qui mobilisent ainsi l'outillage théorique propre à leurs champs d'investigation habituels autour d'un même objet.

Olivier Ertzscheid notamment met à l'épreuve du moteur ses recherches sur la sérendipité et la part d'itérations hasardeuses dans la construction du sens et dans les pratiques d'innovation et de découverte. Céline Masoni-Lacroix et Paul Rasse s'interrogent pour leur part sur l'univers rhétorique de Google et son rapport à la persuasion. Nicolas Pélissier questionne de son côté l'usage que les journalistes font de l'outil et la façon dont se renouvelle à travers lui la gestion des sources. Brigitte Simonnot montre comment les étudiants - autres grands utilisateurs, par fonction, d'outils de recherche d'information - ont « choisi » Google, plébiscitant sa simplicité et sa fiabilité. Elle dénonce cependant la trop faible culture informationnelle qui est la leur et qui les place, bien souvent, dans une relation d'évidence à l'outil. Une relation où la valeur (de vérité) n'est pas construite ni questionnée, mais accordée implicitement au fonctionnement même du système.

Autant le dire cependant, ceux qui chercheraient, dans cet ouvrage, des informations inédites sur le modèle managérial de Google Inc. et sur sa stratégie à l'échelle mondiale, ou encore des révélations sur le fonctionnement intime de certains programmes, pourraient être un peu déçus. L'intérêt de l'ouvrage et son positionnement particulier résident ailleurs. Il s'agit, en rassemblant des points de vue et des modes d'analyse hérités de différentes disciplines (sociologie, linguistique, philosophie, etc.), de mettre sous la loupe (de dé-construire ?) l'imaginaire Google et de jeter les bases d'un modèle (rhétorique) d'analyse de son système : I Pratiques, II Méthodes, III Discours. Car c'est bien d'analyse de discours qu'il s'agit in fine dans cet ouvrage et - si l'on peut dire - de tous les discours de et sur l'outil ; depuis celui utilitariste d'Olivier Le Deuff, qui rappelle les conditions du bon usage à travers les fonctions avancées du moteur et leur syntaxe, jusqu'à l'analyse sémantique que proposent Philippe Dumas et Daphné Duvernay sur le concept de Googling.

On pense parfois aux mythologies de Roland Barthes et, pour filer la comparaison, on ne sera pas surpris qu'au terme des discours savants l'ouvrage cède la place à une fiction : la courte nouvelle Engooglés de Cory Doctorow. Comme si la puissance du phénomène excédait chaque fois les analyses qui pouvaient en être faites et demandait le renfort de ce traditionnel vecteur d'accès à l'imaginaire et aux vastes continents de l'esprit qu'est la littérature !

De ce point de vue, une bonne partie de l'intérêt de cet ouvrage est de montrer sous différents angles comment se construit dans l'ordre symbolique le pouvoir (totalisant) de ce dispositif socio-technique inédit qu'est Google. Comment, en unifiant un certain nombre de lieux communs empruntés à des traditions idéologiques opposées sinon contradictoires sur le profit, le partage, la démocratie, Google tente de légitimer l'oxymore du commerce éthique et de la promotion objective ou, pour le dire comme Olivier Ertzscheid, comment il essaie de « marchandiser l'aléatoire ».

Certains y verront le triomphe d'une certaine philosophie analytique - liée au courant pragmatiste - où ce qui est vrai est avant tout ce qui marche, ce qui est « avantageux pour la pensée ». Performance et rapidité, qualités évidentes mais aussi leurres où l'on passe sur les prémisses pour fabriquer l'évidence du résultat et la réalité de la domination.

Quelles qu'en soient les limites, et malgré une certaine hétérogénéité dans l'intérêt des contributions, L'entonnoir est donc un opus stimulant qui place ses réflexions à la hauteur des enjeux, celle de la « seconde modernité » où, sous la dictée de l'opinion et du profilage social, information et communication entretiennent des liens complexes qu'il convient sans cesse de mettre en lumière (voire de contester).


Rédigé par ADBS

mise à jour le 8 décembre 2009


L'ADBS sur les réseaux sociaux

NOUS SUIVRE
    

PARTAGER CETTE PAGE

haut de la page

ADBS.fr - Site du premier réseau européen de documentalistes