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L’Économie du savoir : construction, enjeux et perspectives / Jean-Pierre Bouchez ; préface de Bernard Ramanantsoa

publié le 25 septembre 2013

Bruxelles : De Boeck, 2012. – 385 p. – (Méthodes et recherches, ISSN 1781-4944). – ISBN 978-2-8041-6674-8 : 29,50 €

Analyse de Marie-France BLANQUET

mfblanquet[at]laposte.net

LA « PRIVATISATION » DU SAVOIR, UN NOUVEAU RISQUE

Publié dans la collection Méthodes et recherches de l'éditeur de Boeck, ce document répond bien aux objectifs fixés en proposant à ses lecteurs un « état de l'art complet » sur l'économie du savoir, analysée dans ses principales dimensions : historique, sociologique et économique. C'est dire ainsi le public très large auquel s'adresse cette somme découpée en trois parties et onze chapitres, enrichie d'une importante bibliographie, illustrée par de nombreux tableaux (24) et encadrés (26).

La partie 1 : « La dynamique du savoir et de l'innovation : cheminer vers l'économie du savoir » est composée de trois chapitres. Il s'agit de définir les termes clés de « savoir », « connaissances », « information » et « innovation ». Ces complexes concepts analysés et classifiés permettent à l'auteur d'examiner les dynamiques et les dispositifs de création, de diffusion et d'usage du savoir. Cet examen porte sur un espace temporel important : de la préhistoire à la période contemporaine. Cela confirme bien l'intention de Jean-Pierre Bouchez : écrire une somme sur l'économie du savoir sans en omettre une seule facette. Ce choix l'entraîne parfois à en effleurer certaines de façon parfois trop rapide et superficielle, reproche essentiel que l'on peut lui adresser. Cependant, ce parti pris lui permet de parler des sociétés sans écriture, de qualifier l'écriture de « première technologie de l'intellect ». Cela l'entraîne également à étudier l'écriture mécanique, née de l'imprimerie et d'arriver ainsi jusqu'à Internet (« Entre promesses et usages tronqués ? »). Ce long itinéraire est illustré par des encadrés, des tableaux divers, sortes de boussoles mais aussi d'étapes proposées au lecteur, un peu étourdi par cette masse d'informations érudites mais profondément hétérogènes que sa lecture l'a entrainé à découvrir ou à redécouvrir.

La partie 2 : « Un nouveau régime de croissance autour de l'économie de la connaissance et de l'innovation » se concentre sur la période contemporaine. Elle comprend cinq chapitres. Quatre d'entre eux portent sur les différents pôles de cette nouvelle économie du savoir. Chacun d'eux fait l'objet d'un examen individuel et commence par la présentation biographique des précurseurs qui ont analysés les premiers cette nouvelle économie. Ce sont les pôles des cerveaux (les savants et le savoir), des marchés (capitalisme financier), des nouvelles technologies de l'intellect, omniprésentes dans le quotidien de chacun. Vient ensuite l'examen de l'espace géographique : l'économie du savoir se concentrant dans des agglomérationsaux caractéristiques spécifiques. Le dernier chapitre de cette partie explicite les multiples interactions de ces différents pôles et pointe sur d'éventuels déséquilibres. Cette nouvelle économie du savoir génère et conduit « à une marchandisation sans précédent du savoir, avec ses excès aux effets pervers ». Le savoir est-il en train de devenir une marchandise ordinaire ?

La troisième partie de ce long voyage en économie du savoir porte sur « Les modes de grandeur du savoir et de l'innovation : travailleurs et organisations du savoir ». Elle se compose de trois chapitres décrivant trois mondes à dominante différenciée : homogène (bureaucraties du savoir et travailleurs du savoir) ; hétérogène (adhocraties cognitives et créatives et les professionnels du savoir) ; hybride (dynamiques entrepreneuriales et intrapreneuriales et économie de la modularité). Ces différents mondes se chevauchent partiellement. Ils permettent au lecteur de parcourir une galerie de portraits, distinguant, entre autres, les travailleurs du savoir et les professionnels du savoir. Ces derniers se distinguent des travailleurs du savoir en ce qu'ils exercent une activité globalement plus « savante », plus innovante et plus complexe pouvant conduire à la création de nouveaux savoirs et de nouvelles pratiques : ce sont les savants et les artistes, experts et créatifs. Les travailleurs du savoir ont « des activités majoritairement centrées sur le traitement de l'information, de type copie/reproduction ». Travailleurs et professionnels s'activent dans de organisations aux caractéristiques spécifiques soigneusement examinées par l'auteur.

Le titre donné à la conclusion de ce document synthétise bien la principale préoccupation de Jean-Pierre Bouchez, inscrite en filigrane dans chaque ligne de son texte : « Les paradoxes du savoir : un bien public en voie d'appropriation et de privatisation ». Les marqueurs et les pratiques de cette tendance sont très clairement explicités, créateurs d'un « nouveau monde » profondément inégalitaire.

Quand le lecteur referme le livre, il sait qu'il le rouvrira pour relire des passages, aidé en cela par un index « un peu maigre » au vu de la somme d'informations apportées. Dans le même ordre d'idées, il eut peut-être été judicieux de dresser une liste des acteurs présentés comme précurseurs dans l'émergence de l'économie du savoir. Il y en a beaucoup. Le documentaliste en connaît quelques uns, tels Paul Otlet...

Les professionnels de l'information, comme « travailleurs du savoir », ne peuvent qu'être intéressés par ce travail qui croise en permanence leurs préoccupations et leurs interrogations éthiques et déontologiques.

Ce document est remarquable pour la synthèse établie, pour les explications claires et argumentées qui donnent des clés pour mieux comprendre le monde dans lequel il vit, pour les multiples exemples et illustrations apportés pour concrétiser un sujet difficile et peu exploré par les documentalistes. Il est remarquable surtout pour l'invitation permanente faite au lecteur à réfléchir sur des sujets graves, tels que la monopolisation des savoirs, la construction d'un monde injuste, privant une partie de l'humanité d'un bien lui appartenant pourtant : le savoir.



Rédigé par ADBS

mise à jour le 25 septembre 2013


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