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L’Administration africaine face à sa documentation : un défi pour l’émergence / Albert Mban ; préface de Marie-France Blanquet

publié le 31 mai 2013


Paris : L’Harmattan, 2012. – 239 p. (Études africaines). – ISBN 978-2-296-96248-4 : 25 €

PLAIDOYER POUR UNE VERITABLE POLITIQUE DOCUMENTAIRE

Analyse de Claire Guinchat

Avec cette importante étude, l'auteur, Albert Mban, docteur en sciences de l'information, s'est donné un triple objectif : décrire les attitudes et comportements des fonctionnaires africains en tant que consommateurs d'information ; analyser les services de documentation existants, leurs moyens, leur utilisation dans l'administration africaine ; établir un bilan global des organismes documentaires en Afrique. Il la conclura par « quelques pistes » visant à améliorer cet état de fait.

Il commence par définir le terme « information » tel que le comprend le documentaliste : « Ressource nécessaire à toute évolution » et en souligne « le rôle capital dans l'administration », de quelque pays et nature soit celle-ci. Il détaille ensuite sa méthodologie en présentant ses sources : la littérature (rare) sur le sujet, l'enquête - base de sa thèse - sur l'administration congolaise en 1986, complétée par des enquêtes et missions qu'il a réalisées depuis une quinzaine d'années en Afrique. Ces données sont enrichies par 4 études de cas récentes portant sur les activités de fonctionnaires aux postes de travail différenciés. Deux chapitres (4 et 5) sont essentiellement consacrés aux motivations et habitudes de consommation de l'information documentaire des fonctionnaires et à ses modalités d'acquisition. Une synthèse de la demande, selon sa fréquence (régulière ou non), le type et l'origine des documents recherchés - en majorité d'origine nationale - souligne la part prépondérante des documents techniques et la nécessité de répondre rapidement à des besoins ponctuels « qui se renouvellent perpétuellement ». De l'étude des canaux et moyens d'information, plus ou moins formalisés, ressort que le service de documentation n'est que l'un d'eux, parfois accessoire. Ce qui explique peut-être « la très faible utilisation des unités de documentation, de bibliothèques et même d'archives de l'administration publique en Afrique. »

Que s'est-il donc passé dans ce domaine depuis les indépendances ? Un rappel historique bien venu pose les bases des premières implantations d'unités documentaires et de bibliothèques en Afrique francophone, créées - à l'exception de quelques centres « coloniaux » - au cours des années 60. C'est de ces mêmes années que datent les programmes internationaux de planification de ces organismes (Conférence de Kampala, déc. 1970) tels que le NaTIS (National Technical Information System) adopté par l'Unesco en 1974. Leurs objectifs ont-ils été appliqués ?

En titrant un chapitre « La documentation, parent pauvre de l'administration africaine », l'auteur tire un constat paradoxal. Certes, des ressources existent en Afrique mais ce qui frappe, c'est leur mauvaise utilisation et leur sous-utilisation, « phénomène très répandu dans l'administration publique. ». Les facteurs en sont, selon l'auteur, « structurels, psychologiques et socioculturels ». L'attitude des pouvoirs publics vis-à-vis des unités documentaires se caractérise par une véritable « indifférence », la documentation étant considérée « comme un luxe et non une nécessité ». En cherchant les causes de cette méconnaissance, l'auteur soupçonne une grande ignorance de l'univers documentaire, dont il décrit alors la spécificité : outils, professionnels, finalités, utilisateurs (réels ou potentiels) et insiste sur la responsabilité de l'administration face à ceux-ci.

Pour tirer le bilan de l'existant documentaire dans l'administration africaine, l'auteur s'appuie sur les études de terrain qu'il a réalisées depuis une quinzaine d'années. Il en tire un bilan mitigé. Certes, il est indéniable que, vers la fin de la décennie 80, se répand chez les décideurs l'idée que « l'information et la documentation sont le nerf de la décision » et des efforts sont faits en ce sens. Mais l'inégalité de la prise de conscience de l'importance de la fonction documentaire, se traduisant par l'hétérogénéité des créations, l'ignorance ou la méfiance encore très répandues, l'absence d'une politique globale et de coordination, et bien d'autres facteurs, dont la pauvreté des moyens, freinent toute efficacité, à quelques exceptions près essentiellement dans les service techniques.

En concluant sur cette « grande misère », l'auteur adresse un appel aux responsables. Il émet une série de propositions en vue d'élaborer une politique documentaire digne de ce nom et en analyse de façon très précise les diverses phases, de la création d'une instance responsable de « haut rang » à la sensibilisation des fonctionnaires et des professionnels à l'intérêt d'actions communes, des modalités de réalisation des objectifs aux perspectives de modernisation et de développement. Il insiste particulièrement sur la nécessité de formation de tous à l'informatique et « au saut culturel et technologique qui doit être préparé, accompagné et suivi. »

Traitant avec compétence et clarté un sujet touffu et mal connu, Albert Mban contribue sans nul doute à faire connaître aux responsables africains les enjeux à saisir « pour l'émergence »

 


Rédigé par ADBS

mise à jour le 31 mai 2013


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