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Horizon 2019 : bibliothèques en prospective / Dominique Arot, Anne-Marie Bertrand, Robert Damien, et al.

Quel futur pour les bibliothèques ?

publié le 28 novembre 2011

Horizon 2019 : bibliothèques en prospective / Dominique Arot, Anne-Marie Bertrand, Robert Damien, et al. – Villeurbanne : Presses de l’Enssib, 2011. – 111 p. – (Collection Papiers. Série Généalogies. ISSN 2111-0212). – ISBN 978-2-910227-87-6 : 22 €

On sait combien les bibliothécaires interrogent, analysent et critiquent les conditions dans lesquelles s'exerce leur profession. Une nouvelle étape de leur réflexion est franchie avec cet ouvrage, compte rendu d'un colloque tenu à l'Enssib fin 2009. Intitulé Horizon 2019, il s'est proposé d'imaginer l'avenir de l'institution à dix ans, dans la continuité des éléments réunis, entre autres, par les travaux de l'Enssib sur le modèle de la bibliothèque publique, son évolution depuis les années soixante-dix et son avenir. À partir de l'état de la situation en ce qui concerne le livre, l'édition et la lecture, les médiations culturelles, l'utopie fondatrice qu'est la mise à disposition du savoir pour tous, la place du public, l'invasion du virtuel, fut cerné au plus près l'environnement numérique, professionnel, numérique, politique des bibliothèques. Propositions et hypothèses furent dégagées sur les missions et objectifs futurs des bibliothèques conçues, « avant d'être un outil [...] comme un projet - politique, social, scientifique, culturel » (Anne-Marie Bertrand).

Des divers défis à relever, les changements socioculturels des dernières décades ne sont pas les moindres. Avec Pascal Ory qui les rappelle après avoir défini, en historien, les cinq prolégomènes de base « à toute prospective qui voudrait se présenter comme science », deux scénarios hypothétiques peuvent être distingués : soit la dilution de la bibliothèque publique « dans l'océan d'un système documentaire libéral-libertaire », à savoir Internet ; soit a contrario l'excès du virtuel qui peut se voir compenser par le besoin de « re-matérialiser » objets et lieux où s'exerce la lecture publique- au service de tous les publics.

Éditeur (La Découverte), François Gèze se lance dans un essai de prospective sur ce que pourrait devenir le livre imprimé en 2019. Des années soixante-dix aux années deux mille, les acteurs de la chaîne du livre - lecteurs y compris ont vu profondément se transformer leurs pratiques et ceci ne peut que continuer. Le tableau qu'en fait F. Gèze, en se plaçant délibérément en 2009, éclaire un paysage mixte car « façonné pas du tout de la même manière par les technologies numériques selon les différents types de livres » et où les métiers auront fortement évolué. Quant aux bibliothécaires, qu'il voit libérés de travaux répétitifs et assistés par de nouveaux outils, il les imagine beaucoup mieux à même d'adapter leurs ressources aux demandes exprimées et de s'ouvrir davantage aux non usagers. La concertation interprofessionnelle sera une exigence.

Bien loin d'entrevoir comme certains la fin d'une médiation et du métier exercés par les bibliothécaires, Bertrand Legendre, « se faufilant entre défaitisme nostalgique d'un Âge d'or du livre sans doute largement fantasmé et optimisme débridé », réfléchit à leur avenir en terme de valeur ajoutée. Ce qui fonde la bibliothèque, c'est sa « capacité de service rendu au public. Cette valeur ajoutée, aujourd'hui multiforme [...], sollicite à la fois une pensée globale du rôle des bibliothèques et des compétences spécialisées. ». Appuyé sur une solide formation professionnelle, cet aspect de l'offre, diverse par rapport à la production de masse, faisant une large part à la formation du public ne peut que se développer.

C'est également en insistant sur le rôle de médiation culturelle vers tous les publics que Dominique Arot répond aux pronostics sur la fin d'une utopie : la conservation du savoir et sa mise à disposition de tout un chacun, fondement, on le sait, de l'existence des bibliothèques. Attaquée par la baisse des crédits d'une part, par la baisse tendancielle de la lecture et par la « concurrence » des outils numériques individualisés d'autre part, l'institution a su évoluer en adoptant une politique documentaire raisonnée, en modernisant les fonds et en constituant des réseaux. En outre, il est indéniable que les bibliothèques publiques « répondent , à l'heure du numérique, à la nécessité d'« espaces sociaux de partage » (formule de Bertrand Calenge ». L'ouverture ou l'accentuation de partenariats culturels et éducatifs, en particulier avec les établissements scolaires, constituent autant de possibilités d'ancrer davantage la bibliothèque dans la cité.

En effet, avec le chapitre « Bibliothèques, ouvertures et territoire », Georges Perrin analyse ce que pourrait être, et ce qu'est déjà parfois, la coopération des diverses sortes de bibliothèques (BU, BM, BDP) avec les collectivités territoriales. La problématique va en être modifiée par la réforme de ces dernières qui doit être achevée en janvier 2014, ainsi que par la politique de développement des réseaux territoriaux d'universités et les incidences de la loi sur les libertés et les responsabilités des universités (LRU). Les coopérations déjà menées à bien : pôle documentaire et municipal de Brest, expérience du Val d'Oise, cas de Troyes, etc. montrent que des solutions adaptées au terrain local peuvent réussir. Peut-être à l'avenir verra-t-on « chaque réseau documentaire unique en son genre, en tout cas moins parcellisé et moins standardisé que nos bibliothèques d'aujourd'hui » ?

Ainsi sont posés les jalons du chemin à parcourir pour en arriver à « un nouvel esprit bibliothécaire » (Robert Damien). Il s'agit, mesurant l'enjeu de la révolution numérique, de proposer, ou retrouver, de nouvelles ressources philosophiques, au sens bachelardien du terme, permettant de comprendre le « nouvel athlétisme de la lecture » induit par la biblio-informatique. Les interrogations et les pistes proposées dans ce chapitre sur les « re-médiations de la bibliothèque numérique » enrichissent la problématique de l'avenir de l'institution, avenir qui ne peut se construire qu'avec « la multiplication des relations [...] ce qui nécessite sans doute de nouveaux bibliothécaires pour une nouvelle raison biblionumérique ».

On le voit, l'image traditionnelle de la bibliothèque a toutes les chances de vaciller, voire de se « ringardiser », et jusqu'à son nom même qui semble, médiathèque compris, archaïque à beaucoup. Or, l'image symbolique joue un rôle non négligeable dans l'appréciation - positive ou négative - d'un objet social. La représentation qu'a le corps social de cet objet influe sur son devenir. Comme le montre Anne-Marie Bertrand, si les bibliothèques lui semblent « dans la brume », c'est que leur représentation est « souvent floue », en tout cas ambigüe puisqu'elle peut varier, exemples à l'appui, d'une représentation de proximité à vocation socioculturelle multipublics à celle, traditionnelle, d'une « grande bibliothèque-ressource de par la richesse de ses collections », d'un « univers de loisir » à un « espace éducatif et de recherche documentaire ». « Partager le savoir et l'information, à côté de l'école », contribuer à « permettre la libre investigation de chacun », base de la démocratie, constituer enfin ce que Patrick Bazin appelle « du lien entre les gens », autant de pistes lancées pour faire, selon A.-M. Bertrand, « de l'utile et de l'agréable » dans des « maisons de la curiosité intellectuelle ».

Claire Guinchat


Rédigé par ADBS

mise à jour le 28 novembre 2011


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