Accès direct au contenu

English flag English

Recherche avancée

ADBS
L'association des professionnels de l'information
et de la documentation


Vous êtes ici : Accueil > Accéder à la doc professionnelle > Nous avons lu...

Fractures, mutations, fragmentations : de la diversité des cultures numériques / sous la direction de Alain Kiyindou

publié le 24 novembre 2011

Fractures, mutations, fragmentations : de la diversité des cultures numériques / sous la direction de Alain Kiyindou. – Paris : Hermès Science Publications : Lavoisier, 2009. – 257 p. – (Traité des sciences et techniques de l’information). – ISBN 978-2-7462-2220-5 : 80 €

Voilà un document au titre principal peu explicite, heureusement vite décodé par un sous-titre qui permet d'en comprendre la teneur. Non, il ne s'agit pas d'un livre sur la médecine mais d'une étude sur les risques de séparation culturelle et humaine dans ce monde numérique dans lequel nous entrons. Fracture, mutation, fragmentation : autant de mots-clés aux conceptions et aux nuances sémantiques différentes sur lesquelles les douze auteurs, appelés à composer dans cette œuvre, essaient de donner un sens pour expliciter et réfléchir, comme le propose A. Kiryndiou dans la préface, sur la diversité des cultures numériques. 

Pour cela, les textes proposés sont classifiés en trois principales parties comprenant trois à quatre chapitres.

Nathalie Pinède ouvre la première de ces parties intitulée « Questionner la fracture numérique ». Son plaidoyer pour une nouvelle approche consiste à convaincre son lecteur des raisons pour lesquelles le terme de fragmentation est plus approprié que celui de fracture. Son texte très érudit et universitaire donne le ton aux autres contributions. Il s'agit d'établir une sorte d'état de l'art de ce que de nombreux auteurs pensent de ces problématiques comme le confirment les bibliographies données en fin de textes , ajouté à une réflexion originale. Madjid Ihadjadiane et Laurence Favier prennent la suite pour décrire les pratiques informationnelles séparant les info-riches et les infos-pauvres. Leur texte est illustré de tableaux convaincants sur cette pauvreté qui accable les pays défavorisés. Thomas Guignard clôt cette première partie en proposant une « vision ethnocentrique et industrielle » sur la réduction de la « fracture numérique » et le développement en Afrique.

La deuxième partie de l'ouvrage s'intitule « Des inégalités qui perdurent : terrains, territoires, appropriation et organisation du travail ». Yanita Andonova l'inaugure en proposant de réfléchir sur « Usage, mésusage et non-utilisation des TIC : repenser la fracture numérique en entreprise » pour conclure sur les termes préférés d'écarts, de disparités plutôt que ceux d'inégalités. « L'appropriation des TIC dans les entreprises maliennes, dispositifs normatifs et évolutions des formes organisationnelles » représente la part de réflexion d'Aurélie Laborde qui témoigne de l'intégration des technologies de l'information dans la vie professionnelle de ce pays en voie de développement. Laurent Taskin se préoccupe de « Développer une perspective « micro » dans l'étude de la fracture numérique » en analysant et en comparant deux cas de nouvelles formes d'organisation du travail comme sources de fractures internes. Raouchen Methmamen et Hatem M'henni se soucient, pour leur part, de la diffusion des TIC dans un espace méditerranéen et proposent une explication d'ordre géographique pour justifier leur démonstration. Tous ces auteurs s'accordent sur le sentiment d'exclusion par les populations concernées et victimes de l'inégalité dans l'appropriation des TIC.

La troisième partie, « Dispositifs et pratiques émergents : émergence, alternative, société civile », se compose de trois chapitres. Daniel Pimentia apporte sa réflexion sur les liens et les distinctions à donner à la fracture quand elle est numérique, sociale ou paradigmatique, la plus dangereuse. Après avoir édicté la loi Pimentia, il propose de suivre trois chemins et décortique les nombreux obstacles qui les « pimentent ». Hélène Bourdeloie étudie les « Ressources ouvertes, construction coopérative de la connaissance et fracture numérique : le cas de l'encyclopédie en ligne Wikipédia ». Cet outil de décloisonnement des savoirs est celui d'une population diversifiée. Contributeurs ou usagers font l'objet d'une typologie établie à l'aune de la fracture numérique. Enfin, Alain Herscovici s'intéresse à la dimension économique et juridique de cette fracture (« Fracture numérique, droits de propriété intellectuelle et économie numérique : la voie étroite de l'inclusion digitale »). Cela l'entraîne à conclure sur l'absence d'intelligence collective et à poser une dichotomie nette entre segments marchands et non marchands.

Alain Kiyindou écrit la conclusion de ce document et, reprenant le titre général, interroge : « Alors, fracture, mutation, fragmentation ou cloisonnement numérique ? ». La vérité se situe probablement entre toutes ces possibilités, l'essentiel étant de tenir compte des diversités.

L'ouvrage se termine par un index incomplet et difficile à défendre. Le lecteur y trouve le mot clé « Afrique » renvoyant à la page de la contribution portant sur le Mali. Est oubliée celle de T. Guignard comportant pourtant ce terme dans le titre de sa contribution. « Développement » renvoie à pas moins de 90 pages sur les 256 que comporte l'ouvrage. Que dire du mot-clé « fracture numérique » qui, sous-titre principal de l'ouvrage, renvoie à tout l'ouvrage (exemple : pages 23, 24, 25, 26, 27, etc.). « Télétravail » renvoie à toutes les pages du seul chapitre 88, quand les termes de « Wikipédia » ou « encyclopédie », « propriété intellectuelle », « économie de l'information », objets également de chapitres, sont absents. Pourquoi créer des outils d'aide à la lecture sans signification ni utilisation possible ? Pourtant des ouvrages existent qui disent le savoir-faire et l'importance des index pour le lecteur. Ils semblent complètement ignorés des auteurs de cet inadmissible index.

Au terme de sa lecture, le lecteur peut, de plus, regretter les titres parfois peu explicites, parfois un peu précieux, souvent trop longs donnés aux parties ou chapitres qui composent ce document (les auteurs ne semblent pas non plus connaître les recommandations sur l'écriture des titres quand il s'agit d'écriture scientifique). Mais ce travail vise essentiellement un public d'universitaires et de chercheurs rodés aux règles du jeu de l'écriture universitaire. Ces derniers apprécieront les apports théoriques et savants de certaines contributions ou, au contraire, les témoignages très concrets et vécus qui les entraînent dans des pays, souvent pauvres comme le Mali.

Marie-France Blanquet
mfblanquet@iut.u-bordeaux3.fr


Rédigé par ADBS

mise à jour le 25 novembre 2011


L'ADBS sur les réseaux sociaux

NOUS SUIVRE
    

PARTAGER CETTE PAGE

haut de la page

ADBS.fr - Site du premier réseau européen de documentalistes