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Enjeux politiques du document numérique. Troisième conférence Document numérique et société, « Documents, contenus numériques : politique en question », Aix-en-Provence, 15-16 novembre 2010 / coord. par Évelyne Broudoux et Ghislaine Chartron

publié le 29 mars 2012

Enjeux politiques du document numérique. Troisième conférence Document numérique et société, « Documents, contenus numériques : politique en question », Aix-en-Provence, 15-16 novembre 2010 / coord. par Évelyne Broudoux et Ghislaine Chartron. – Paris : ADBS Éditions, 2010. – 374 p. – (Sciences et techniques de l’information, ISSN 1762-8288). – ISBN 978-2-84365-127-4 : 27 €

« Faire du document un objet principal de recherche, au moins pour un temps, en croisant les apports partiels des uns et des autres » - ce fut le programme du réseau thématique RTP-DOC qui appela à un travail interdisciplinaire et collaboratif sur le document. Le résultat du réseau était une théorie du document en trois dimensions - forme, signe (contenu) et médium - dont Jean-Michel Salaün rappelle en introduction de cet ouvrage l'utilité pour « décrypter les mouvements actuels sur et autour du web, y compris dans leurs dimensions stratégiques et politiques ».

Le concept du document en 3D est, sur le plan international, reconnu comme contribution française majeure à la théorie du document et à la compréhension du changement induit par le numérique. RTP-DOC a dressé la scène, voici la pièce.

Depuis les publications de RTP-DOC, chercheurs et professionnels de l'information ont organisé trois conférences pour mener plus loin la réflexion et pour appliquer le concept sur le terrain. Les actes de ces trois conférences Document numérique et société 2006, 2008 et 2010 constituent ainsi une bibliothèque riche et unique sur le document, en particulier dans sa dimension sociale, économique et politique (médium).

L'ADBS qui avait déjà le mérite de publier dans sa collection rouge Sciences et Techniques de l'Information les actes de 2006 (Fribourg) et 2008 (Paris), a également publié les communications de 2010 (Aix-en-Provence). Les dix-huit chapitres sont regroupés en deux parties. La première analyse l'impact du numérique sur les acteurs et structures, en particulier dans le domaine scientifique. La deuxième est plus orientée sur les institutions publiques et pouvoirs politiques.

Si le lecteur s'attend à une présentation cohérente d'une thématique en émergence ou d'une école de pensée, il sera déçu. L'ouvrage est fragmenté, les auteurs poursuivent des logiques et approches différentes, appartiennent à plusieurs communautés scientifiques, échangent mais pour la plupart ne se citent pas. La cohérence de l'ouvrage est ailleurs, et elle est double.

Elle réside d'une part dans le cadre conceptuel de l'ensemble. RTP-DOC était un appel à la diversité autour de quelques axes thématiques, et le résultat est là. D'une certaine manière, contribuer à ce cycle de conférences est un acte communautaire, la reconnaissance mutuelle non pas d'un même langage, objet ou outillage mais des mêmes repères.

Mais la cohérence se construit aussi par le lecteur qui est incité à créer ses propres liens entre les contributions. Par rapport aux données publiques (open data), il fera par exemple le lien entre l'engagement citoyen, les dispositifs techniques, les choix politiques d'ouverture et de transparence, le rôle du secteur privé et la protection des données personnelles. (...) les personnes et les organismes qui militent en faveur de la transparence exigent des résultats et réclament des comptes (Boustany). Cependant ce mouvement appelle (à la) vigilance quant à l'ouverture des données personnelles collectées par des entreprises privées du point de vue de la protection de la vie privée (Peugeot).

La question du public-privé est un autre fil rouge qui traverse plusieurs chapitres. La vie privée apparaît remise en question par l'apparent paradoxe émergeant entre l'exposition de soi (...) et les protestations contre la récolte de données (Faravelon). En parlant du journalisme, Bassoni évoque le choc de l'intelligence collective et constate que la représentation et la fonction du public auquel s'adressent les médias changent du tout au tout puisque ce public (une large communauté d'individus) entre désormais de plain-pied dans le processus de co-construction des contenus qu'il consomme. De nouveau, les frontières habituelles entre l'espace privé et public (professionnel) sont ébranlées par les nouvelles pratiques d'internet. Et s'il fallait tout simplement remplacer le concept du privé par des liens forts et faibles, des communautés, d'un espace public aussi universel que fragmenté ? A un tout autre niveau, on retrouve la tension entre logiques individuelle et collective dans une analyse de la fonction documentaire (Maurel & Bouchard).

Une troisième façon de construire de la cohérence est de repérer et confronter les analyses, commentaires et constats sur le libre accès à l'information, y compris par rapport à une théorie de la connaissance comme biens communs (Le Crosnier).

Bref, la lecture incite à écrire dans la marge, au taggage. Elle ne laisse pas indifférent. A la lecture de chapitres aussi différents que celui sur le partenariat public/privé (Chartron) ou celui sur la fonction des bibliothèques (Bertrand), j'ai beaucoup noté et commenté, au bureau, dans le métro, sur la table de la cuisine. C'est rare, et c'est tout à l'honneur de ce livre. On ne s'en lasse pas. On y retourne, on le feuillète pour y découvrir toujours d'autres éléments de réflexion. Pas besoin d'être d'accord avec le contenu. Il suffit de s'y frotter. Preuve de richesse s'il en faut.

D'autres sujets restent à explorer, comme le rôle particulier des collectivités territoriales, la déferlante des réseaux sociaux, Wikileaks, ACTA, l'impact du Climategate et l'affaire de l'ICCP sur la publication scientifique, ou encore le rôle de l'information après l'accident de Fukushima. On attendra la suite.

La 4e conférence Document numérique et société aura lieu du 17-18 janvier 2013 sur l'économie de l'attention, l'architecture de l'information et d'autres sujets liés à la surcharge de l'information.

Joachim Schöpfel

joachim.schopfel@univ-lille3.fr



Rédigé par ADBS

mise à jour le 30 mars 2012


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