Accès direct au contenu

English flag English

Recherche avancée

ADBS
L'association des professionnels de l'information
et de la documentation


Vous êtes ici : Accueil > Accéder à la doc professionnelle > La revue "Documentaliste"

Du pluralisme de l'information dans les bibliothèques publiques et de la liberté d'action des professionnels

Jean-Michel Rauzier

Volume 34, N° 1, paru le 1 janvier 1997, page(s) 18-19

Présentation de l'article

Texte intégral

A la suite des remous provoqués au sein de la profession - et bien au-delà - par les interventions de municipalités dirigées par le Front national dans les acquisitions des bibliothèques publiques, de nombreuses initiatives ont été prises à tous niveaux (professionnel, médiatique et politique) pour dénoncer ces pratiques. Car c'est bien d'une entrave au pluralisme de l'information et de la documentation mises à la disposition des usagers des bibliothèques qu'il s'agit, d'une atteinte à la liberté d'accès des citoyens à l'information, et d'un empêchement des professionnels responsables de ces services d'assumer leurs fonctions : cela ne saurait nous laisser indifférents. La presse s'en est souvent fait l'écho en ce début d'année - notamment Le Monde (8 février), Libération (10 février), Livres hebdo (3 et 31 janvier), L'Actualité religieuse (15 janvier), La Gazette des communes (3 février) - publications auxquelles nous empruntons les propos cités ci-après. Les bibliothèques et les livres sont en effet les cibles, depuis quelques mois, du Front national. A Orange où, comme nous l'avons déjà évoqué, les bibliothécaires se sont vu "déposséder de la responsabilité des achats" de livres qui entre pourtant dans leurs principales missions, cependant que les élus "barrent les titres à tour de bras" dans les listes constituées par les professionnels et "imposent des ouvrages de leur propre choix" ; n'étant "plus en mesure d'exercer leur métier", les bibliothécaires en poste avant le changement de municipalité avaient tous quitté la ville le 1er février dernier. A Marignane où les abonnements à des journaux comme Libération, La Marseillaise ou L'Événement du jeudi ont été supprimés au profit de publications lepenistes et d'extrême droite. A Toulon où, jugeant "inopportun" un hommage qui devait être rendu à Marek Halter dans le cadre de la Fête du livre, la municipalité a repris en main l'organisation et la coloration idéologique de cette manifestation que les libraires de la ville ont alors désertée. Sur l'ensemble du territoire où les responsables de ce parti surveillent et dénoncent les bibliothèques publiques dont ils voudraient faire des outils de diffusion des idées d'extrême droite. Tout cela sous couleur de "rééquilibrage idéologique" et dans le respect prétendu du pluralisme (le Front national est allé jusqu'à lancer, à l'aide d'un questionnaire quelque peu orienté, une enquête nationale sur le pluralisme dans les bibliothèques publiques...). Ce qui ne saurait abuser personne : car les censures et les dérives constatées à Orange ne font pas de doute. Mandaté par le Ministre de la culture qui s'interrogeait "sur le fonctionnement même de la bibliothèque et en particulier sur la teneur des ouvrages à acquérir et l'accès du public aux fonds et collections", Denis Pallier, doyen de l'Inspection générale des bibliothèques, a mené en avril dernier à la bibliothèque municipale de cette ville une mission d'inspection dont les conclusions ont été largement reprises par la presse (Libération, 11 juillet ; Le Monde, 12 et 13 juillet) et commentées ici même (notre numéro de juillet-octobre 1996, volume 33, n° 4-5, page 221). Malgré les dénégations du maire, publiées dans plusieurs médias au titre du droit de réponse, Denis Pallier nous a confirmé qu'il n'a pas motif à retirer un mot de son rapport de mission qui rend compte des procédures et des critères d'acquisition appliqués à la Bibliothèque municipale d'Orange. Rapport qui relevait, au vu des listes, quatre critères de refus d'acquisition : "la spécialisation de l'ouvrage [...], le thème traité (le racisme, le rap [...]), la vision politique de l'auteur [...], l'aspect "mondialiste"". En matière d'acquisitions, poursuit ce rapport, "trois dérives peuvent s'affirmer à Orange : des collections qui ne répondraient qu'à la fonction de distraction de la bibliothèque municipale, en réduisant son rôle d'information, d'études et de culture ; une interprétation du pluralisme qui postulerait un rééquilibrage systématique de thèmes et d'auteurs jugés de gauche (concept passablement étendu à Orange) par des thèmes et auteurs de droite, avec une faible zone neutre [...] ; un principe d'ethnocentrisme". Un peu plus loin, se référant à un arrêté du 2 mars 1989, Denis Pallier adresse "un rappel à la municipalité d'Orange sur la mission générale des bibliothèques publiques (loisir, information, culture et recherche) et la définition du pluralisme. Lors de la sélection des documents mis à disposition du public, la qualité, l'actualité et la diversité sont les critères décisifs et non les points de vue politiques ou religieux". Depuis l'été dernier, la mobilisation des professionnels français n'a cessé de s'intensifier. Dès le mois de juillet, l'Association des bibliothécaires français (ABF) lançait une pétition, déjà évoquée ici, qui a recueilli plusieurs milliers de signatures provenant de nombreuses professions : ce texte demandait la garantie de "la qualité de l'information et de la documentation proposées aux usagers, ainsi que des collections pluralistes et ouvertes à tous les courants de pensée et d'opinions" ; il réaffirmait aussi la nécessité de respecter "la responsabilité des professionnels des bibliothèques dans l'exercice quotidien de leur métier". Cette initiative a été suivie d'une Lettre ouverte aux élus de la République et aux élus locaux, publiée les 12 et 13 octobre par trois quotidiens nationaux (Le Figaro, Le Monde, Libération), dans laquelle, reprenant les termes de la pétition, l'ABF invitait les élus à "réaffirmer [leur] confiance et [leur] soutien aux bibliothécaires qui constituent et gèrent les collections [des] bibliothèques, au service des publics les plus divers, dans le respect des principes de neutralité et de laïcité du service public". (Cette lettre a été reproduite dans le Bulletin d'informations de l'ABF, n° 173, 4e trimestre 1996.) Dans le même temps, l'ABF avait diffusé auprès de ses adhérents un questionnaire visant à réunir des informations qui permettront une analyse du pluralisme des documents disponibles dans les bibliothèques municipales. De leur côté, la Bibliothèque publique d'information (BPI), le Bulletin des bibliothèques de France et la Fédération française de coopération entre bibliothèques (FFCB) annoncent pour le 17 mars, dans le cadre du Salon du livre, un débat sur le thème Les bibliothèques face aux extrémismes, dont le but est "d'analyser certains comportements extrémistes, et plus particulièrement ceux du Front national, à l'égard des bibliothèques et d'envisager les réponses à y apporter". Et le lendemain 18 mars, la Section des bibliothèques publiques de l'ABF et la BPI proposeront une journée d'étude intitulée Les acquisitions en bibliothèques publiques, au cours de laquelle seront abordées les questions relatives à la censure, au choix des documents et aux politiques d'acquisition. Au moment où nous mettons ce numéro sous presse, la NBLC, Vereniging van openbare bibliotheken (Organisation générale des bibliothèques publiques en Hollande), nous fait parvenir une copie d'une lettre qu'elle a adressée "au nom de toutes les bibliothèques publiques néerlandaises aux collègues des bibliothèques publiques de Marignane, Orange, Toulon et Vitrolles". Une lettre dans laquelle la NBLC exprime la profonde inquiétude que lui inspire la situation de ces établissements : "la victoire électorale du Front national à Vitrolles a donné lieu à de nombreuses réactions dans la presse néerlandaise. Les journaux sérieux prêtent beaucoup d'attention aux bibliothèques publiques à Marignane, à Toulon, à Orange". Un reportage de la télévision néerlandaise sur la bibliothèque municipale d'Orange "nous a fait comprendre que la mission de la bibliothèque publique, telle qu'elle est formulée par le Manifeste des bibliothèques publiques de l'Unesco, est foulée au pieds par les méthodes appliquées par le FN. Nous tenons à vous rappeler que la rédaction de ce manifeste important et qui nous a vraiment inspirés a été réalisée grâce à la collaboration des bibliothécaires français dont les idées sur l'avenir de nos institutions commandent beaucoup de respect en Hollande". Et l'organisation néerlandaise de proposer à ces bibliothèques françaises de leur procurer à ses frais les documents qu'elles ont dû retirer de leurs listes d'acquisitions. Elle en appelle enfin à la solidarité européenne pour soutenir les professionnels concernés...

Mon panier

L'ADBS sur les réseaux sociaux

NOUS SUIVRE
    

PARTAGER CETTE PAGE

Recherche d'un article revue

Recherche d'un article revue

haut de la page

ADBS.fr - Site du premier réseau européen de documentalistes