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Du lecteur à l’usager : ethnographie d’une bibliothèque universitaire

publié le 8 décembre 2009

Mariangela Rosselli, Marc Perrenoud. – Toulouse : Presses universitaires du Mirail, 2010. – 283 p. – (Socio-Logiques, ISSN 1159-9170). – ISBN 978-2-8107-0085-1 : 25 €

Qui sont les usagers d'une BU ?

 

La bibliothèque universitaire de Toulouse Le Mirail, un laboratoire des logiques d'usage. Comment les usagers de cette bibliothèque de lettres et de sciences humaines s'approprient-ils l'espace, les ressources et les services disponibles ? Quelles sont les logiques d'usage qui prévalent [président ?] à leur venue et leurs activités, comment choisissent-ils certains espaces et y adaptent-ils leur comportement en conséquence, comment négocient-ils leur projet personnel avec les dispositifs offerts ? Les auteurs, Mariangela Roselli et Marc Perrenoud, ont mené au cours de dix-huit mois d'observation une étude fine des pratiques des publics de cette bibliothèque, adossée aux travaux de Jean-Claude Passeron, Roger Chartier et Bernard Lahire. Ils ont suivi un protocole rigoureux : pré-enquête aux côtés des bibliothécaires, observations « flottantes tous azimuts », « tracking » des parcours des usagers suivis d'entretiens d'autoconfrontation, analyse croisée des résultats.

Cinq profils-types d'usagers, plus ou moins intégrés à l'université et territorialisés dans les espaces. Les auteurs ont repris 18 scènes et élaboré 29 portraits d'usagers qui offrent au lecteur un cheminement ponctué de situations regroupées in fine en cinq profils-types d'usagers : les « usagers de la BU comme salle d'étude » (50 % du total), les « errants de l'université de masse » (15 %), les « usagers faisant preuve de bonne volonté culturelle et scolaire » (15 %), les « internautes » (15 %) et les « autonomes » (5 %).

Ceux qui « utilisent la BU comme salle d'étude » sont plutôt des étudiants de licence qui travaillent avec leurs supports de cours dans une atmosphère conviviale et libre ; on y reconnaît la catégorie des « séjourneurs », usagers en retrait par rapport aux dispositifs de la bibliothèque. Les « errants » sont d'anciens lycéens souvent mal orientés, peu autonomes dans leur travail, qui recherchent à la bibliothèque de la sociabilité, de l'événementiel ; la BU est pour eux un des derniers fils conducteurs qui les relient à l'université. Les « usagers de bonne volonté » sont plutôt des filles qui réinvestissent des études avec un fort engagement personnel, ayant parfois connu un premier échec universitaire : elles ont des modes collectifs d'organisation du travail, privilégient l'imprimé et sollicitent les conseils des bibliothécaires. Ensuite les « internautes » sont des usagers extérieurs à l'université, habitant le quartier du Mirail, attirés par l'accès libre et gratuit à Internet ; leur pratique empirique du Web les amène à passer plus de temps à naviguer qu'à découvrir des pépites. Enfin les « autonomes » sont des étudiants plus avancés dans leurs études, voire des enseignants-chercheurs, traversant ponctuellement la bibliothèque en un temps chronométré pour y récupérer telle ou telle ressource repérée préalablement ; ce sont des usagers plutôt critiques de la BU et de ses dispositifs.

Dans les différents espaces de la bibliothèque, les auteurs ont pu observer des regroupements d'usagers reproduisant les mêmes comportements par mimétisme, affinités ou communautés : si les « internautes » repérés se regroupent en fonction des postes installés par la bibliothèque, les détenteurs de micro-ordinateurs se regroupent spontanément au dernier étage, une des zones les plus « froides » de la bibliothèque, où le calme ambiant leur offre des conditions de travail propices à la réflexion.

Les enseignants sont les premiers prescripteurs, et les bibliothécaires ? Dans leurs pratiques pédagogiques les enseignants suivraient deux voies : certains présentent leur cours comme la référence à suivre, assortie de quelques « injonctions à lire », incitant ainsi les étudiants à se cantonner à des rôles de « séjourneurs » en bibliothèque ; d'autres mettent en scène dans leurs cours des problématiques de lecture et de recherche documentaire, incitant alors les étudiants à devenir des « usagers de bonne volonté ».

Pour conclure sur cet ouvrage très fouillé et très riche, il y manque peut-être quelques voix de bibliothécaires sollicités lors de la pré-enquête, afin de confronter les points de vue sur le rôle des médiations mises en œuvre et les types d'interactions entre les différents acteurs. Ceci aurait contribué à éclairer le point de vue des auteurs selon lequel, dans une bibliothèque où les personnels et les publics sont majoritairement féminins, les étudiantes bénéficieraient d'une « préférence féminine ». Cette hypothèse mériterait d'être confrontée avec d'autres études comme celles menées par Marie Duru Bellat sur les inégalités garçons-filles à l'école et le temps consacré par les enseignants aux garçons et aux filles (OFCE, 2010).

Sophie Ranjard


Rédigé par ADBS

mise à jour le 28 novembre 2011


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