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Droit de l’information

Diffuser une thèse sur les réseaux en toute légalité

publié le 30 juin 2009

Des règles à respecter pour ne pas voir sa responsabilité engagée en tant qu'auteur ou diffuseur

Avant l'essor du numérique, après accord du chef d'établissement et de son auteur, la thèse était consultable au sein de l'établissement de soutenance et pouvait donner lieu à un prêt entre bibliothèques. Aujourd'hui, l'immense majorité des thèses sont diffusées (sauf dans des cas, peu fréquents, de confidentialité, voir encadré) sur les intranets des établissements, sur les plateformes en libre accès (comme HAL), voire sur des sites internet,  ce qui exacerbe les problèmes juridiques que l'on pouvait déceler auparavant.

Voici, rapidement esquissés, quelques rappels destinés aux doctorants, mais également à ceux qui, chargés de diffuser des thèses, pourraient voir leur responsabilité engagée en qualité d'éditeur.

Les droits du docteur

La thèse est une œuvre originale, protégée par le droit d'auteur[1]. Le docteur a, de ce fait, le monopole des droits d'auteur sur son travail, sous réserve des droits des tiers sur les œuvres préexistantes et des engagements contractuels qu'il a signés. Il peut, de ce fait, céder ses droits patrimoniaux et s'opposer à toute contrefaçon de son œuvre[2].

Outre le droit d'exploitation, les droits moraux lui permettent d'exiger d'être cité, que l'on respecte l'intégrité de son œuvre, de décider de divulguer ou non son travail, voire même d'utiliser un droit de retrait (qui permettrait de supprimer a posteriori sa thèse d'une base de données ).

La cession des droits

S'il détient tous les droits, le docteur peut les céder dans un contrat écrit qui indique l'étendue, la destination, le lieu et la durée des droits cédés. La cession peut être gratuite ou prévoir une rémunération (proportionnelle aux recettes ou forfaitaire).

Dans un cadre universitaire, un contrat lie l'établissement universitaire et le docteur. Il s'engage à céder ses droits à titre non exclusif pour une diffusion sur intranet, internet, papier et une garantie « paisible » des droits cédés, à savoir qu'il dispose de tous les droits sur sa thèse. L'établissement universitaire, de son côté, s'engage à faire ses meilleurs efforts pour éviter une utilisation frauduleuse de la thèse

Les obligations du doctorant

Répondre à ses obligations administratives

Pour pouvoir  soutenir sa thèse, un candidat doit déposer son texte sous une version papier ou électronique, trois semaines avant sa soutenance. Son dépôt (à des fins d'archivage) est obligatoire (y compris sur  l'intranet de l'université, pour consultation sur site) (réf. Texte).

Respecter le droit d'auteur

Ne pas plagier

Le plagiat, une paresse intellectuelle lourde de conséquences puisqu'une candidate au poste de maître de conférences n'a pu obtenir le poste convoité, le Conseil d'Etat [4] ayant constaté que « son travail repren[ait] dans plusieurs de ses parties la même structure formelle, rend[ait] compte dans des termes très semblables des objectifs recherchés [...] et de leur évolution et compren[ait] de nombreux et importants paragraphes exposant les propres réflexions de l'auteur qui sont rédigés dans le même ordre et avec les mêmes termes que ceux contenus dans [une autre thèse], sans faire apparaître qu'il s'agit de citations »[5].

On rappellera que le copier-coller est traqué par les universités françaises, que des logiciels ont été mis au point pour le détecter et que plusieurs établissements, à l'image de l'IEP de Bordeaux, ont prévu d'appliquer toute une gamme de sanctions.

Insérer de « vraies » citations

L'exception de citation ne permet pas de reproduire des documents dans leur intégralité, ni même des extraits d'œuvres, qui ne répondent pas à l'exigence de brièveté.  Les tribunaux ont, par ailleurs, été toujours réticents à reconnaître la possibilité de « citer » une image fixe ou une œuvre musicale (réf. ADI 3).

Citer correctement implique d'indiquer les mentions complètes et correctes des sources des brefs extraits reproduits dans son travail, mais aussi de s'assurer que l'œuvre a déjà été divulguée (s'il s'agit, par exemple, de scénarios, de lettres, ....). L'auteur ou ses ayants  droit peuvent, en effet, s'opposer à la citation d'inédits. Pouvoir consulter une correspondance, par exemple, n'autorise pas sa reproduction[6]. Quant aux graphiques et aux tableaux, originaux, ils sont protégés par le droit d'auteur ; non originaux[7], et repris sans autorisation, on risque d'être poursuivi pour agissement parasitaire.                   

Disposer d'une autorisation expresse des auteurs tiers, pour tous les usages souhaités

La thèse est une œuvre composite, soit « une œuvre nouvelle à laquelle est incorporée une œuvre préexistante sans la collaboration de l'auteur de cette dernière » (art. L 113-4 du CPI). Cette œuvre est sa propriété, sous réserve des droits de l'auteur de l'œuvre préexistante. Il faut donc obtenir les droits afférents  pour pouvoir insérer une œuvre, encore protégée, produite par un tiers, pour une exploitation qui va au- delà de la courte citation, dans son travail.

Ne pas divulguer d'informations  personnelles

Pour la loi « Informatique et libertés » du 6 janvier 1978, révisée en 2004, il s'agit de « toute information relative à une personne physique identifiée ou qui peut être identifiée, directement ou indirectement (...)». Par ailleurs, l'article 9 du Code civil, fondement du droit à l'image, impose que l'on ne divulgue pas, sans autorisation expresse, d'informations liées à l'intimité de la vie privée. Ainsi, si la communication d'information peut être accordée à des fins scientifiques, les noms et tout autre moyen permettant d'identifier une personne ne doivent pas, sans en avoir obtenu l'autorisation expresse, être divulgués.

Le doctorant doit veiller à demander l'autorisation de diffuser les données directement ou indirectement personnelles qui pourraient y figurer et  à obtenir une autorisation expresse[8] pour tous les modes d'exploitation (papier, en ligne) souhaités, des personnes photographiées, filmées ou interviewées ou dont les noms sont mentionnés. A défaut, il convient de les anonymiser. Attention ! Certaines données particulièrement sensibles (décisions de justice, données médicales, ...) doivent impérativement faire l'objet de cette opération (réf. ADI 1).

Des gardes fous

Des chartes, des guides destinées au doctorant doivent indiquer les règles à respecter. Par ailleurs, des formulaires doivent être conçus pour préciser les modalités de diffusion, et les limites en matière de responsabilité du diffuseur pour ce qui concerne le contenu de la thèse, mais également lorsque l'on envisage une diffusion sur les réseaux. Il est, en outre, prudent de s'y référer lorsque l'on entend exploiter un tel document.

ADI, ADBS, Michèle Battisti, juin 2009

Notes

[1]       Les tribunaux l'on reconnu dès 1907, depuis 1975 pour les mémoires [réf. 1]
[2]
      Ce peut être un résumé de thèse paru sous la forme d'un article (droit d'adaptation) que le TGI de Paris a condamné en  1998 (réf.1). Par ailleurs, une autorisation générale  du CFC ne permet pas de photocopier une thèse, puisqu'il s'agit de documents qui ne sont pas publiés. L'autorisation doit être accordée par le doctorant
[3]
      Mais pas celle du directeur de la thèse, si celui-ci s'est borné à soumettre des idées.
[4]
       Arrêté N° 310277 du Conseil d'Etat du 23 février 2009. Source : Internet: Fraude et déontologie selon les acteurs universitaires (cité par Rachel Creppy réf. 3)
[5]
      Une présentation du plagiat que l'on peut compléter en consultant le site de l'université de Québec à Montréal (voir aussi  réf. ADI 4)
[6]
      L'ouvrage tiré de la thèse dont l'auteur avait reproduit une correspondance inédite a été saisie (Cour d'appel de Paris, 1973) (Réf. 1)
[7]
     C'est le cas aussi des idées, les principes et les méthodes, ... qui  ne sont pas protégés par le droit d'auteur.
[8]
Une autorisation générale n'a aucune valeur.

Références  

1.       Diffusion électronique des thèses, BO du ministère de l'EducationNationale et du ministère de la recherche, n°34 du 28 septembre 2000 
2.      Les thèses et le droit d'auteur,Emmanuel Pierrat, Livres Hebdo,n°436, 7 septembre 2001 
3.      Les thèses électroniques, Rachel Creppy, 26mars 2009 (présentation ppt) 
4.      Le droit d'auteur et les thèses électroniques, MariaLopez, Projet Cérès, 26 mars 2009 (présentation ppt)

 Voir aussi Guide du doctorant. Sur le site de l'ABES  

ADI 
1.      Suis-je responsable si je diffuse une thèse où les décisions de justicen'ont pas été anonymisées ? Michèle Battisti, n° 102 mai 2009 
2.     Stagiaires et droit de propriété intellectuelle, Anne-Laure Stérin, n°99, février 2009 
3.      Puis-jeutiliser une image à titre de citation ? Michèle Battisti, ADI,octobre 2008 
4.      La redoutable question duplagiat, Michèle Battisti,  ADI, n°84,octobre 2007 
5.      Un doctorant peut-il s'opposer à la mise en ligne desa thèse ?, Michèle Battisti ADI, juin 2007 
6.      Les droits des salariéssur leurs créations, Michèle Battisti, ADI, n° 73, octobre 2006 
7.      Les thèses, Michèle Battisti, ADI, n°20,décembre 2001  

Texte Arrêté du 7 août 2006 relatif aux modalités de dépôt,de signalement, de reproduction, de diffusion et de conservation des thèses oudes travaux présentés en soutenance en vue du doctorat


Rédigé par Michèle BATTISTI

mise à jour le 2 juillet 2009


La thèse confidentielle. Un cas rare, qui suppose qu'une demande spécifique ait être faite, avant la soutenance au directeur de l'établissement qui, après avoir pris l'avis des membres du jury, peut reconnaître le caractère confidentiel de la soutenance et prendre des mesures pour que ce document ne soit pas communiqué à des tiers.

Mais la durée de confidentialité sera a priori limitée.  Ainsi, par exemple, une protection par un brevet permet d'envisager de protéger certains éléments d'une thèse et de reproduire un document considéré, dans un premier temps, comme étant confidentiel.

La diffusion peut être subordonnée à plusieurs autorisations :

  • celle de l'auteur de la thèse (voire des auteurs, s'il y a eu participation effective de plusieurs personnes dans la rédaction[3]) pour une diffusion plus large sur papier, l'internet ou d'autres supports,
  • le cas échéant, celle des éditeurs en cas de cession des droits (pour une thèse sur articles) ou d'autres ayants droit (personnes photographiées, inédits, etc.).
voire éventuellement :
  • celle de l'employeur
    Dans le secteur privé, lorsqu'une clause explicite du contrat de travail ou d'un contrat de cession conclus postérieurement permet à un employeur de s'attribuer les droits d'exploitation des œuvres de ses salariés. Mais s'il est auteur d'un logiciel créé dans l'exercice de ses fonctions, ses droits sont systématiquement dévolus à son employeur. Il en sera de même, dans certains cas, pour le brevet (réf. ADI 6).
    Dans le secteur public, lorsque l'œuvre est créée dans le cadre d'une mission ou sous les directives de leur autorité de tutelle, les agents publics cèdent leurs droits à l'administration.
  • celle d'autres ayants droits, si la thèse est produite dans le cadre d'une convention  particulière.

La citation, une exception Art. 122-5 du CPI. Lorsque l'œuvre a été divulguée, l'auteur ne peut interdire, sous réserve que soient indiqués clairement le nom de l'auteur et la source  les analyses et courtes citations  justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d'information de l'œuvre à laquelle elles sont incorporées.

L'exception pédagogique et de recherche. Elle autorise la reprise d'extraits à des fins d'illustration. Bien qu'en vigueur depuis le 1er janvier 2009, elle n'est couverte pour l'instant que par des accords sectoriels conclus pour la période 2006-2008, puis reconduits pour l'année 2009, par le ministère chargé de l'Education nationale et de la recherche et plusieurs sociétés d'auteur.

Très encadrés et ne couvrant pas toutes le œuvres (pas les chaînes hertziennes payantes, ni les CD du commerce, ni les éditeurs qui n'ont pas donné de mandat aux sociétés d'auteur pour gérer ce droit), ils autorisent, moyennant une compensation financière forfaitaire, une reproduction numérique dans les travaux des enseignants ou des élèves et étudiants, y compris les thèses, autorisant la mise en ligne de ces travaux sur des intranets et extranets sécurisés, ainsi que leur reprise dans des colloques et séminaires (gratuits et réservés aux étudiants, enseignants ou chercheurs).


 

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