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Bibliothèque

Bibliothèques en France 1998-2013 / Yves Alix (sous la dir.)

publié le 22 avril 2014

Paris : Électre – Éditions du Cercle de la Librairie, 2013. – 279 p. – ISBN 978-2-7654-1409-4 : 41 €

Analyse de Joachim SCHÖPFEL
joachim.schopfel[at]univ-lille3.fr

15 ANS D'HISTOIRE DE TRANSFORMATIONS DES BIBLIOTHÈQUES

Dans la course contre le temps, il faut de temps à autre lever le nez du guidon pour ne pas perdre le nord. Ce présent ouvrage en offre l'opportunité. Il n'essaie pas de prédire l'avenir mais tourne le regard vers le passé, tel le dieu Janus à deux visages opposés, gardien des passages et divinité de la transition.

Composé de dix-huit chapitres (regroupés en six sections : BNF, BPI et BU ; bibliothèques territoriales ; collections ; écosystème culturel ; fonctionnement et ressources humaines ; ouverture vers la société) qui sont autant de machines à remonter le temps, autant de trajectoires à travers ce qui fut notre avenir avant de devenir notre présent et notre terrain d'action, le livre débute avec un grand chapitre sur la BnF. Denis Bruckmann et Yves Alix y retracent ses débuts difficiles, la phase de consolidation avec l'ouverture sur l'international, et les projets récents, y compris les partenariats public-privé et le passage des formats Marc vers le modèle FRBR, le web sémantique, les formats RDA et RDF. Signé Bruno Van Dooren, un chapitre fascinant fait la synthèse de ces quinze ans dans les bibliothèques universitaires et de recherche, une période qui couvre la naissance du consortium Couperin, le développement des archives institutionnelles, l'expérimentation de nouvelles formes d'accueil et surtout l'impact de la loi sur l'autonomie des universités sur leur fonctionnement et leur gouvernance. Vient ensuite un tour d'horizon sur les bibliothèques municipales par Gilles Eboli qui aborde des sujets aussi différents que l'érosion du lectorat, le modèle des bibliothèques municipales à vocation régionale, la crise financière et la fermeture ou la privatisation de bibliothèques publiques, les rapports avec le pouvoir local et les statuts des personnels.

D'autres chapitres portent sur la présence des bibliothèques sur Internet, l'appropriation des métadonnées et du web sémantique, la valorisation et la numérisation du patrimoine, l'évolution du fonctionnement et du management des bibliothèques et des statuts, des recrutements et des formations des personnels. Rédigé par Benoît Tuleu, un autre grand chapitre intitulé « Les collections à l'épreuve du numérique » fait la passerelle entre le rapport du Conseil Supérieur des Bibliothèques de 1998, qui percevait les nouvelles technologies comme une menace pour les collections, et l'acceptation et l'intégration de ces mêmes technologies au fonctionnement des bibliothèques : « Si l'innovation technologique ne peut remplacer la réflexion intellectuelle sur les bibliothèques et leurs collections, elle la rend possible, plus que jamais ».

Le livre se termine par une petite coda de Benoît Lecocq qui revient sur la bibliothèque comme « troisième lieu » au sens de Ray Oldenburg, entre le foyer et le travail, au même titre que la place du marché, les cafés, transports publics et églises, etc. Il faut s'adapter mais aussi résister : « Taraudées par la mémoire d'une histoire à laquelle [les bibliothèques] voudraient être fidèles et la conscience d'une économie bouleversée de la connaissance, elles se retrouvent en eaux profondes : dans le trouble de l'ambiguïté ».

1998-2013 : quinze ans, devant l'Histoire, ce n'est rien. Et pourtant, ces quinze ans ont tout changé. Les collections d'hier sont devenues un patrimoine à numériser. Du Web tout court nous sommes arrivés au web social et sémantique, et déjà on parle du web 4.0. Le lecteur est devenu volatil, nomade, membre d'une génération Y ou Z et, pendant que la politique des caisses vides et du non remplacement des départs passe de la révision générale des politiques publiques à la modernisation de l'action publique, se construit autour des bibliothèques un monde nouveau, complexe, pas nécessairement meilleur, mais connecté, intelligent, « smart ».

Les auteurs de cet ouvrage décrivent cette transformation « de l'intérieur » avec force détails, la connaissance intime des acteurs de terrain, la profondeur de l'expérience, et avec l'engagement de tous ceux (nous tous) viscéralement attachés à l'institution de la bibliothèque, « notre bibliothèque ».

Cette approche rend l'ouvrage unique et fascinant. Mais elle a un prix. Narrer l'histoire de l'intérieur donne parfois l'impression que « ça se passe dehors » (le dehors comprenant les NTIC, la société, le marché, les politiques), et que les bibliothèques sont davantage dans le rôle de victimes, à subir les changements et dans l'obligation de s'adapter, que dans celui d'acteurs, sujets de leur destin au sein de la cité.

Raconter une trajectoire permet de mieux comprendre et, dans un monde compliqué, la narration est un outil d'explication et d'orientation. Mais, parfois, raconter une histoire crée un sens là où il y a eu tension, rapport de force, opportunité, coïncidence. Parfois l'image paraît trop lisse, trop apologique, et l'explication du passé frôle parfois la justification du présent.

Il n'empêche, c'est sans doute l'un des meilleurs livres de l'année 2013 dans le domaine de la bibliothéconomie. Il ne laisse pas indifférent. Il incite le lecteur à une lecture lente, attentive, parfois presque méditative. Il sera sans nul doute lu et relu, par les personnels des bibliothèques, par leurs responsables, tutelles, usagers, enseignants et étudiants.

Rédigé par ADBS

mise à jour le 26 juin 2014


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