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Bibliothèque publique et Public Library : essai de généalogie comparée

publié le 8 mars 2011

Anne-Marie Bertrand. – Villeurbanne : Presses de l’ENSSIB, 2010. – 229 p. – (Papiers. Série Généalogies). – ISBN 978-2-910227-78-4 : 34 €

Anne-Marie Bertrand poursuit la réflexion amorcée en 2008 avec Quel modèle de bibliothèque ?[1] en utilisant une nouvelle grille d'analyse : l'approche comparative, à partir du modèle anglo-saxon de la Public Library et de la façon dont il a été adopté et transformé en France par la bibliothèque publique. Elle voit dans ce nouvel éclairage un moyen d'affiner la problématique de l'institution française, en particulier en ce qui concerne son rapport au pouvoir et à la transmission du savoir. La comparaison est effectuée à deux moments : la période des origines, au XIXe siècle pour les États-Unis et pendant la première moitié du XXe siècle pour la France, d'une part, et, d'autre part, « celle qui suit la seconde guerre mondiale » (p. 15). Elle se concentre sur « les fondements, les objectifs, les valeurs qui portent ces établissements » (p. 17), agents d'histoire culturelle et politique dans les deux pays.

En préambule, deux « brefs récits » retracent, l'un l'histoire des bibliothèques municipales en France depuis 1945, bibliothèques qui « forment un archipel, pas un réseau » (p. 27) ; l'autre celle des Public Libraries pendant la même période, caractérisée par une progressive mise en réseau nourrie entre autres de l'adhésion de la population. Aux États-Unis, conclut l'auteure, l'accent est mis sur la place de la bibliothèque dans la société pour la transmission du savoir, alors que « le souci français porte sur la place de la bibliothèque dans les programmes gouvernementaux » (p. 32). On verra que l'étude de la situation actuelle dans ces deux pays va nuancer ces constats.

Aux États-Unis, en liaison avec la construction du pays, l'objectif prioritaire assigné aux Public Libraries - officiellement nées à Boston en 1854 - a été d'ouvrir l'accès au savoir pour tous, contribuant ainsi à l'exercice de la citoyenneté. Si les obstacles se sont montrés nombreux depuis un siècle, la Library Faith - croyance en la vertu du texte écrit -, malgré ses avatars, a gagné le pays. L'héritage français est plus composite. La bibliothèque publique - dont la « Librairie publique » d'Eugène Morel est l'origine - s'est construite contre les deux types existants à la fin du XIXe siècle ; la bibliothèque savante, élitiste, et la bibliothèque populaire manquant cruellement de moyens. Un nouveau modèle s'élabore à partir de 1960, inspiré du modèle anglo-saxon, mais, selon Anne-Marie Bertrand, tronqué, omettant en particulier la formation du citoyen et manquant du solide appui populaire dont la Public Library avait su s'assurer.

Ces divergences d'origine et de fonctions vont s'accentuer en ce qui concerne le rapport des bibliothèques avec le pouvoir et la nature du pouvoir qu'elles-mêmes peuvent exercer. Une illustration en est donnée par l'ampleur des soutiens et relais qu'elles rencontrent, très actifs et différenciés auprès des bibliothèques américaines, quasiment inexistants en France où, selon l'auteure, « la bibliothèque publique n'est pas un sujet qui concerne les citoyens » (p. 131). La comparaison fait cruellement ressortir « la faiblesse de la place de la bibliothèque municipale dans le système politique local » (p. 113).

L'analyse comparée se poursuit sur le rôle des deux grandes associations professionnelles que sont l'American Library Association (ALA) et l'Association des bibliothécaires français (ABF). Toutes deux porte-paroles de leurs institutions, toutes deux soucieuses de promouvoir la profession, elles diffèrent essentiellement dans leur rapport aux pouvoirs et leur lutte pour la liberté d'information.

Entre les deux modèles de bibliothèque analysés, dont l'auteure rappelle les traits communs (p. 160-161), les différences vont s'accentuer sur trois registres essentiels : les publics, les collections, l'image de la bibliothèque.

Un des succès de la Public Library tient au caractère éducatif de l'institution, donc à sa proximité avec le public, à sa qualité d'accueil. En est-il de même avec les bibliothèques municipales, sur le rôle desquelles les avis sur ce point sont partagés ?

En ce qui concerne les collections, la Public Library est exempte du poids du patrimoine, de la conservation, qui a trop longtemps pesé sur le développement de la bibliothèque française. L'offre y est plus diversifiée. Si l'élaboration d'une politique d'acquisition suscite de grands débats dans les deux pays, l'attitude vis-à-vis de la censure ou, actuellement, de l'accès libre à Internet diffère sensiblement de l'un à l'autre (p. 161-183). La doctrine de l'ALA en la matière est plus catégorique et toute tentative de censure (ou presque) est combattue avec ardeur.

Quant à l'image de la bibliothèque, valorisée dans la littérature anglo-saxonne actuelle, elle est beaucoup moins évoquée en France et y reste, semble-t-il, très stéréotypée.

Anne-Marie Bertrand souligne combien l'utilité sociale des bibliothèques publiques diffère des deux côtés de l'Atlantique, en raison, certes, de la différence de leur origine, mais essentiellement dans leur rapport au savoir. En conclusion, elle esquisse un projet pour ce nouvel aspect de la bibliothèque française qu'est la médiathèque dont, dit-elle, « la théorie reste à faire » (p. 203). La discussion demeure ouverte...

On trouvera en annexe, outre une bibliographie et une liste des sigles, les textes fondateurs de l'ALA, en anglais et en traduction française.

Claire Guinchat

 


[1] Voir Documentaliste - Sciences de l'information, numéro 2/2010, p. 74.


Rédigé par ADBS

mise à jour le 28 novembre 2011


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