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Learning from the BRICS. Open access to scientific information in emerging countries / Ed. by Joachim Schöpfel ; preface by Michael Jubb

publié le 22 mars 2016

Sacramento, CA : Litwin Books, 2015. – 210 p. – ISBN 978-1-936117-84-0 : 35.00 $

Analyse de Joumana BOUSTANY
jboustany[at]gmail.com



 

Le mouvement de l'Open access dans les pays émergents

Cet ouvrage - destiné aux bibliothécaires, éditeurs scientifiques, étudiants ainsi qu'à tout citoyen qui s'intéresse à l'open science - traite d'une problématique rarement abordée dans la littérature, celle de l'Open Access (OA) ou le libre accès dans les pays émergents. Il s'agit du Brésil, de la Fédération de Russie, de l'Inde, de la Chine et de l'Afrique du Sud (South Africa en anglais) d'où l'acronyme BRICS.

Aujourd'hui, le marché de la littérature scientifique est dominé par le modèle des éditeurs américains, anglais, néerlandais et allemands. L'auteur formule l'hypothèse que, demain, les pays dominants doivent partager leur position avec les pays émergents y compris leur diversité et richesse culturelle, linguistique, scientifique et économique. Ces pays seront mieux positionnés pour fournir un modèle durable à d'autres régions comme le Maghreb, l'Afrique subsaharienne ou l'Amérique latine.

Dans sa préface, Michael Jubb permet au lecteur d'appréhender les objectifs et les acteurs du libre accès. Joachim Shöpfel, quant à lui, retrace dans son introduction l'historique de ce mouvement. C'est ainsi que l'on découvre que, jusqu'à ce jour, l'OA est plus développé dans l'hémisphère occidental. L'auteur estime que ce mouvement, pour perdurer, doit s'adapter aux conditions locales, être assimilé à la culture politique et scientifique locale et devenir une initiative locale soutenue par les communautés locales. Pour lui, l'OA est plus qu'un « modèle unique » pour faire circuler les connaissances. Son impact va bien au-delà des instructions sur la manière de faire les choses. L'OA est un principe, un cadre pour des initiatives et des projets qui visent à accélérer la communication scientifique et à rendre la littérature scientifique accessible en ligne, autant que faire se peut, sous un format libre et réutilisable.

En ce qui concerne les pays émergents abordés, nous apprenons qu'en 2013, les BRICS ont produit 22 % des documents scientifiques indexés par la base de données internationale Scopus. D'après les entrepôts internationaux, ils ont publié 17 % des journaux en open access (plus spécifiquement au Brésil et en Inde). Néanmoins, les BRICS hébergent moins de 10 % des entrepôts ouverts et ils n'ont pas d'approche spécifique concernant l'Open access. Ils sont loin du modèle unique mais ils offrent cependant différents projets et démarches pouvant être des modèles pour les autres pays. À savoir que, pour J. Schöpfel, la diversité ne constitue pas un problème mais une chance et que celle-ci aidera au développement durable de l'OA.

Écrit par des spécialistes du domaine de chaque pays en question, chaque chapitre suit le même schéma, à savoir : des données factuelles sur le pays suivies par les performances économiques, la recherche et le développement, la production scientifique et la publication en OA.

La principale contribution du Brésil, un des plus grands pays de l'Amérique latine, se résume au projet SciELO (Scientific Electronic Library On-line). Ce dernier a démarré en 1998 avec le Chili, soit 4 ans avant la déclaration de Budapest qui a formalisé l'OA, ce qui fait du Brésil un pays précurseur. L'auteur de ce chapitre révèle les facteurs clés du succès de cette plateforme, à savoir la coopération internationale, l'appui institutionnel, le lobbying politique et la communication proactive. Le modèle adopté est celui de la voie en « or » du libre accès, basée sur la publication plutôt que sur l'auto-archivage. Ultérieurement, d'autres pays rejoindront ce projet comme la Bolivie, le Paraguay et l'Uruguay.

La situation est très différente en Russie puisque l'accès libre aux informations scientifiques et techniques est encore à ses premiers balbutiements. Le début du mouvement de l'OA, fin des années 90 début des années 2000, correspond à une période difficile pour la science en Russie en raison de problèmes économiques et d'une une faible connaissance de la langue anglaise, langue de communication scientifique internationale. Même si la production scientifique russe dans les entrepôts internationaux comme ArXiv reste insignifiante, il existe quelques projets intéressants. Ils sont à l'initiative du gouvernement, de l'Académie des sciences, des universités, des scientifiques engagés ainsi que des professionnels de l'information. Il est important de noter qu'en Russie, l'impact historique et sociétal est plus présent que dans d'autres sociétés. Pour les auteurs, l'OA dans le contexte russe ne se limite pas à Internet et à une communication scientifique. Il s'agit d'une diffusion des résultats de la recherche scientifique dans la tradition socialiste des biens communs et de l'intérêt public. Grâce au financement de l'argent public, les institutions et les pouvoirs publics jouent un rôle important dans le libre accès (p. 63). Donc en Russie, la dissémination de la littérature scientifique et a fortiori le libre accès relèvent de la responsabilité de l'État. Si l'OA signifie un accès sans restriction aux résultats scientifiques, ce chapitre a permis de constater que le libre accès dans la conception russe est plus large puisqu'il intègre également l'accès libre à des outils, des métadonnées, des bases de données, etc.

L'Inde, la plus grande démocratie, constitue un exemple de réussite du libre accès. Aujourd'hui, ce pays compte plus de 600 revues scientifiques en OA évaluées par les pairs, 46 entrepôts institutionnels, 5 entrepôts pour les thèses et les mémoires ainsi que 3 entrepôts thématiques accessibles à tous les chercheurs. Pourtant, seul 1 % de la population scientifique des enseignants, chercheurs et étudiants semble concerné par le libre accès. En général, même si les chercheurs ont une attitude positive à l'égard des entrepôts ouverts et sont conscients du bénéfice de l'OA, ils hésitent à déposer leurs documents. Dans ce chapitre, l'auteur aborde également la problématique des éditeurs prédateurs en OA qui, avec leurs mauvaises pratiques, créent un problème majeur en Inde. Pour l'auteur, la voie « verte » ou l'auto-archivage paraît plus adaptée et plus prometteuse que la voie en « or » dans les pays émergents. L'infrastructure existe déjà, les logiciels sont libres. Cette voie coûte moins cher, de plus elle autorise une rotation plus rapide et est compatible avec la publication dans les journaux conventionnels.

La Chine, souvent considérée comme l'empire céleste, a la population la plus importante du monde. Aujourd'hui, elle est un acteur incontournable sur la scène internationale. Ce chapitre présente les résultats d'une enquête que l'auteur a menée en 2013 sur les journaux en OA. Ces derniers ont paru tardivement en Chine, mais ce mouvement s'est développé très rapidement. Néanmoins, seuls 5 % (75 journaux) de ces publications sont indexés par le DOAJ (Directory of Open Access Journal) alors que leur nombre est beaucoup plus important. De ce fait, ces publications sont virtuellement invisibles pour la communauté internationale. Le résultat de cette enquête donne une image unique du marché actuel de l'OA, entre autres le modèle économique et de dissémination ainsi que certaines tendances sur les 5 dernières années. Aujourd'hui, les journaux en OA représentent 20 % des journaux chinois en sciences, technologies et médecine contre 10 % en 2009. L'auteur a suggéré quelques éléments pour une politique publique proactive pour le libre accès. Par exemple, il a suggéré de modifier le système d'accréditation et de contrôle des nouveaux journaux scientifiques, de développer le réseautage et le partenariat, de renforcer le contrôle de qualité sur les articles et de protéger les droits d'auteur. L'auteur est convaincu que, pour le développement de la science et pour la visibilité de la recherche en Chine, l'OA n'est pas seulement intéressant, mais nécessaire. Aujourd'hui, la Chine est déjà le deuxième producteur d'articles scientifiques juste après les États-Unis et loin devant les autres pays.

L'Afrique du Sud est un des premiers pays d'Afrique à avoir adopté le mouvement de l'OA. Cette décision est la conséquence d'une culture de la recherche relativement importante et d'une infrastructure technologique développée, mais également prise en raison de sa tradition spécifique de partage et de biens communs. Une plateforme a été mise à disposition des chercheurs sud-africains pour partager librement les résultats de leur recherche avec le reste du continent et les pays émergents. Il faut noter que la philosophie africaine Ubuntu, qui représente un lien universel de partage reliant l'humanité, favorise et renforce l'obligation de partager la littérature scientifique. Les scientifiques et la société sont connectés et la distribution de la littérature scientifique doit contribuer à la croissance et au développement de la recherche et de la société. Cette interconnexion pointe le fait que le processus de recherche se termine seulement lorsque le produit final, sous forme de production scientifique, est lu, d'où l'importance d'une large distribution. Selon les auteurs, l'OA contribue à inverser le flux informationnel qui était au départ unidirectionnel de l'hémisphère nord vers l'hémisphère sud. Grâce aux différentes plateformes, la littérature de l'hémisphère sud est désormais disponible pour l'hémisphère nord. Cette littérature devient plus visible.

Cet ouvrage a retracé des situations économiques ainsi que des systèmes académiques pour l'enseignement supérieur et la recherche totalement divergents. À travers la lecture de cet ouvrage, nous pouvons constater des situations économiques et académiques dans l'enseignement supérieur assez différentes. De plus, les divers projets et modèles présentés pour la dissémination de la littérature scientifique donnent un aperçu global du mouvement de l'OA dans ces pays. Des exemples assez enrichissants démontrent également le poids de la politique, de l'histoire et de la tradition dans le développement de l'Open Access.



Rédigé par ADBS

mise à jour le 22 mars 2016


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