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Génération 3.0. Enfants et ados à l’ère des cultures numérisées / Pascal Lardellier

publié le 26 septembre 2016

Cormelles-le-Royal (14123) : éditions EMS, 2016. – 158 p. – ISBN 978-2-84769-836-7 : 11,50 €

Analyse de Joachim SCHÖPFEL

joachim.schopfel@univ-lille3.fr




Un plaidoyer en faveur d'une (re)médiation

Des centaines d'articles et de livres ont été publiées sur Internet et les jeunes, par des psychiatres, médecins, neurologues et psychologues, des éducateurs, formateurs et enseignants, des sociologues, économistes, philosophes, sans parler des politiciens, parents et professionnels de l'information et du marketing... Pour les uns, il s'agit d'évaluer l'impact bénéfique ou néfaste sur le développement et l'éducation ; d'autres cherchent à créer de nouveaux services ou programmes à destination de ce public qui est vu à tour de rôle comme acteur, victime, captif, addictif, consommateur, groupe à risque ou porteur de tous les espoirs d'avenir. Les générations Y (natifs numériques), Z (cybergénération), Google ou « net » se suivent, et le lecteur professionnel a l'embarras du choix quand il cherche à en savoir davantage. Voici donc la génération 3.0.

Pascal Lardellier, professeur en sciences de l'information et de la communication à l'Université de Bourgogne Franche-Comté, poursuit dans son dernier ouvrage « son exploration de la planète adolescente à l'ère d'Internet ». Le sommaire contient quatre parties - une synthèse critique d'études et d'analyses récentes, une analyse des usages, une étude sur l'apprentissage culturel des jeunes, puis un « éloge des médiateurs à l'ère des "désintermédiations"». L'exploration concerne essentiellement les 13-18 ans (collégiens et lycéens), mais aussi les écoliers.

Six « tendances lourdes » structurent l'observation des pratiques et usages : l'hyper-équipement et l'hyper-connexion des adolescents ; la différence générationnelle ; l'auto-apprentissage des nouvelles technologies ; la dominance des connexions solitaires ; la sociabilité en réseau ; et l'idéologie de la communication. Son verdict est sans appel : « La profusion incommensurable de la culture à l'ère d'Internet, sa gratuité et son instantanéité, ont induit une forme de "paresse culturelle" », qui va de pair avec la démocratisation et la « délégitimation » ou « désinstitution » de la culture classique.

Dans ce contexte, Pascal Lardellier souligne la nécessité de la « dialectique numérique », l'accompagnement de l'apprentissage numérique par les adultes, qui va des règles de base de la recherche en ligne à une « véritable réflexion sur les statuts et les conditions de production des savoirs et des connaissances ». Ce concept de dialectique numérique sert de fil conducteur à une critique en bonne et due forme des programmes de l'Éducation nationale (« résultats catastrophiques »), du rôle des enseignants et de la marchandisation du système éducatif. Internet, pour lui, est « le plus formidable dispositif relationnel et culturel jamais inventé ». Mais il pose en même temps des questions et défis, en premier lieu celui de la désintermédiation généralisée. Il faut aider les jeunes à adopter « un recul critique qui leur fait singulièrement défaut », un recul critique indispensable face aux savoirs numériques, aussi bien par rapport aux technologies et techniques de recherche que pour la gestion de leur identité numérique et pour les implications juridiques. Il faut les aider à développer une « attitude de citoyen surfeur et de consommateur responsable ». L'ouvrage finit par dix conseils ou recommandations pour les adultes et un glossaire des principaux concepts et termes.

L'originalité du livre : le « débat sur la transmission et sur le devenir de la culture à l'ère de sa numérisation généralisée » qui sous-tend l'ensemble du livre, « sachant que la rupture que nous vivons engage autant les contenus culturels et leurs modalités de transmission ». Le risque : « Internet, formidable "machine à mettre en contact avec la culture", va peut-être produire une génération - demain adulte - qui sera sinon inculte du moins largement amnésique ». Le constat : les adolescents n'ont jamais eu autant besoin des adultes qu'aujourd'hui pour apprendre à utiliser et vivre avec les nouvelles technologies et Internet car, d'emblée, ils « n'ont aucune prédisposition a priori à se cultiver sur Internet ». Son plaidoyer : une réaffirmation de la responsabilité des parents, enseignants, éducateurs, documentalistes et bibliothécaires dans l'apprentissage de la culture et de la citoyenneté - « je suis sûr, et c'est le fil rouge de mon propos, qu'ils ont encore un rôle fondamental à jouer ». Un plaidoyer en faveur d'une (re)médiation, en quelque sorte, à partir d'une analyse des pratiques et comportements, notamment des « connexions aveugles », ces « longs moments où les jeunes sont connectés seuls, sans que parents et éducateurs soient dans leur environnement immédiat ».

Le livre de Pascal Lardellier s'ajoute ainsi à d'autres publications récentes sur les usages et pratiques numériques des adolescents, comme Grandir Connectés d'Anne Cordier et C'est compliqué de Danah Boyd, tous les deux parus chez C&F Éditions, Caen.





Rédigé par ADBS

mise à jour le 26 septembre 2016


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