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Documentalistes. Leur histoire de 1900 à 2000 / Marie-France Blanquet ; préface de Gérard Puymatto

publié le 30 juillet 2015

Futuroscope (86961) : Canopé Editions, 2014. – 190 p. – ISBN 978-2-240-03530-1 : 19,90 €

Analyse de Joachim SCHÖPFEL
joachim.schopfel[at]univ-lille3.fr


UN DIALOGUE ENRICHISSANT AVEC LE PASSÉ


Selon Walter Benjamin, l'Ange de l'Histoire, poussé irrésistiblement vers l'avenir, tourne le visage vers le passé. Cette image pourrait être le leitmotiv pour cet ouvrage sur l'histoire de la documentation. « L'histoire écrite est [...] une histoire destinée à comprendre la profession en profondeur, en engageant un dialogue avec ceux qui, disparus aujourd'hui, l'ont créée ou ont participé à sa création » (p. 9). Ainsi décrit Marie-France Blanquet le programme de son dernier livre, qui est « né d'un premier étonnement : celui du constat de la méconnaissance de leur histoire par un grand nombre de documentalistes [...] Comment expliquer qu'une profession qui se décrit comme passeur culture ignore à ce point les routes du passé qui la conduisent au présent et à l'avenir ? » (p. 10). L'objectif du livre est de pallier ce manque de connaissance et d'apporter « un maximum d'information aux documentalistes sur ce qu'il s'est passé avant » (p. 18). Cet « avant » couvre la période de 1900 à 2000. C'était il y a longtemps. En fait, c'était hier.

Concepts et terminologie
Le livre se présente en deux parties. La 1re partie (p. 23-106) est consacrée aux concepts et à la terminologie de la documentation. On y trouve l'historique du terme « documentation » et de ses alternatives et concurrents, comme documentologie, bibliologie et science de l'information. À propos : dit-on science au singulier ou sciences au pluriel ? Quid de la science de la communication ? Et pourquoi ne pas parler, à l'instar des pays anglo-saxons, de la science des bibliothèques ? Quels sont les liens et conflits avec l'informatique ? Toutes ces questions sont abordées, et le lecteur se fera son opinion sur les problèmes d'identité, d'affirmation et de démarcation de cette (finalement pas si) jeune discipline.

Cette 1re partie contient également trois chapitres sur la construction et l'image du métier du documentaliste en général (p. 67-98), et la « profession hybride du professeur documentaliste » en particulier (p. 99-106). Le lecteur apprendra au fil des pages que les interrogations sur le métier ne datent pas d'aujourd'hui et que, dès le départ, les documentalistes se posaient des questions sur leur rôle, leur identité, leur différence avec d'autres métiers, leur place dans les organisations et la société. Apparemment, ce débat n'est pas clôt[1]. On finit par se demander si la documentation n'est pas une profession comme la psychologie ou l'histoire, profondément ancrées dans les humanités, avec une approche systémique où les professionnels et chercheurs font partie du champ d'investigation et d'action.

À propos : le lien entre métier et recherche est une autre histoire. Là aussi, le livre apporte quelques éclairages sur un débat très français entre « la science » et « l'ingénierie », c'est-à-dire l'approche conceptuelle et théorique d'une part et l'application sur le terrain d'autre part.

Un va-et-vient permanent
La seconde partie (p. 107-182) retrace l'histoire de la documentation d'une manière chronologique en six chapitres, passant de la naissance de la documentation (1900-1920) aux années IST (1961-1980), à l'industrie de l'information (1981-1994) et aux autoroutes de l'information (1995-2000). Sans entrer dans le détail de chaque période, le lecteur se rendra compte que l'histoire est un permanent va-et-vient entre construction et déconstruction, technologies, pratiques, outils et besoins. Ce qui paraît prioritaire et stratégique à un moment, et financé comme tel, est mis entre parenthèses quelques années plus tard. Faut-il s'en plaindre ? À chaque période sont associées des personnes, des institutions et structures, des technologies. Le lecteur s'y promène comme dans une exposition du temps passé, avec quelques noms connus et d'autres, oubliés. Une salle de cette exposition est dédiée au « Musée de la documentation », avec des objets aussi exotiques que bibliophotes, mimographes, ronéographes et xérographes, Sélecto, Filmorex, Memex et Minitel. Que reste-t-il de nos amours ? Et que restera-t-il de nos outils d'aujourd'hui ?

L'annexe contient quelques références pour une lecture complémentaire (les références bibliographiques se trouvent dans le texte, sous forme de notes en bas de page) et une liste des sigles ; par contre manque un index.

Le livre est publié par Canopé, le réseau de création et d'accompagnement pédagogiques du Centre national de documentation pédagogique, maison d'édition du ministère de l'Éducation nationale[2], et s'adresse en premier lieu à la formation des professeurs documentalistes. Pourtant, son intérêt dépasse largement ce lectorat, et tous ceux - bibliothécaires, documentalistes ou enseignants-chercheurs - qui s'intéressent de près ou de loin à l'histoire de leur domaine et métier y trouveront leur compte[3].



[1] Cf. par exemple les interrogations actuelles sur la documentation et le Big data, et le rôle du documentaliste comme data scientist ou data officer.
[2]
https://www.reseau-canope.fr
[3]
Quelques extraits ici : https://cdn.reseau-canope.fr/archivage/valid/180570/180570-27045-34617.pdf



Rédigé par ADBS

mise à jour le 28 septembre 2015


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