Accès direct au contenu

English flag English

Recherche avancée

ADBS
L'association des professionnels de l'information
et de la documentation


Vous êtes ici : Accueil > Accéder à la doc professionnelle > Nous avons lu...

Approche de l’information-documentation. Concepts fondateurs / Sous la dir. de Cécile Gardiès ; préface d’Yves Jeanneret

publié le 26 décembre 2012

Toulouse : Cépaduès éditions, 2011. – 232 p. – ISBN 978-2-85428-982-4 : 18 €

UN OUVRAGE (TROP) CLASSIQUE SUR L'INFO-DOC

Analyse de Brigitte Guyot

brigitte.guyot[at]cnam.fr

Cet ouvrage collectif se propose de présenter les principaux concepts circulant au sein de la discipline info-doc appartenant aux sciences de l'information-communication (SIC). Il se présente en trois parties : la première précise les concepts d'information, de document et de médiation ; la seconde aborde la question des dispositifs documentaires (ainsi que les principales opérations qu'ils réalisent) ; la troisième, enfin, s'intéresse à l'appropriation et à la culture de l'information. Les auteurs chercheurs appartiennent à deux laboratoires de Toulouse (LERASS et l'Ecole nationale de formation agronomique) travaillant sur la médiation.

L'introduction rappelle l'objectif d'une telle entreprise : « Contribuer à l'opérationnalité des recherches, pour décrire, comparer, observer des phénomènes et contribuer à construire l'assise théorique transposable sur le terrain de l'activité professionnelle ». Il s'agit de sortir des approches techniques et méthodologiques propres au secteur documentaire et de proposer aux étudiants en SIC « des référents scientifiques bien identifiés ». Ce projet pédagogique est tout à fait bienvenu : recension d'auteurs considérés comme fondateurs, nombreuses citations, bibliographie conséquente à la fin de chaque chapitre.

Cependant, la richesse même des sources et des auteurs mobilisés ainsi que le foisonnement de la présentation viennent partiellement contredire l'objectif affiché. Plusieurs raisons peuvent être avancées. Tout d'abord, une telle revue des savoirs peut désorienter un étudiant tant on est saisi de vertige devant cette diversité de points de vue. On aurait pu attendre une démarche explicative progressive, commençant par des définitions incontestées avant d'y ajouter des modulations qui montrent, effectivement, la complexité des concepts touchant à l'information et sur lesquels les chercheurs avertis continuent de travailler. Le néophyte s'y retrouverait peut-être aussi plus aisément s'il avait une présentation systématique de la pensée des principaux auteurs (prenons Meyriat ou Escarpit par ex.) accompagnée de quelques clés de lecture pour en comprendre la spécificité ; avec, en complément, une approche par « couches » successives qui sont venues s'ajouter au fil du temps (rendant justice à l'importance de l'aspect historique dans cette discipline). Dit autrement, l'ouvrage prend le parti d'inciter le lecteur, à partir d'une citation, à se rendre vers la source initiale ; il lui manque alors quelques points de repères lui permettant de l'interroger et d'en tirer l'essentiel afin de se construire son propre point de vue.

Ensuite, et sans contester le bien-fondé des auteurs cités, cette recension reste centrée sur les fondements très classiques de l'info-doc et ne s'ouvre pas à des notions plus vastes : par exemple, à propos du document, à celle de « technologies intellectuelles » (Jack Goody ou Leroi-Gourhan, fondateurs s'il en est du lien entre parole et outil de mémoire). De même, le chapitre consacré aux dispositifs documentaires n'aborde pas les recherches actuelles en matière de systèmes d'information qui élargissent pourtant la compréhension de leur évolution et aident à réfléchir à leur positionnement par rapport aux technologies et au management. Enfin, concernant l'appropriation, celle-ci pourrait s'enrichir de questions comme celle des relations entre concepteurs et utilisateurs, ou encore la notion de cadre d'usage. Peut-être est-ce dû aux objets sur lesquels travaillent les chercheurs auteurs, principalement ancrés dans le monde éducatif ?

Ouvrage classique, donc, tant dans les thèmes abordés que des auteurs cités qui, exception faite pour la culture de l'information, prennent peu en compte les recherches récentes. Ainsi, on regrette la faible référence aux apports du collectif pluridisciplinaire Pédauque sur le document, qui ont en quelque sorte refondé la discipline, pour l'enrichir de nouvelles pistes de recherche. Le fait qu'il suggère de travailler ensemble la question de la forme (et des formalismes), des contenus (et de leur représentations) et celle de la circulation documentaire entre des personnes et des groupes, ouvre des perspectives sur la difficulté de penser un objet qui pourrait n'être que trivial, mais qui s'avère fondamental. JM Salaün a prolongé ces réflexions en proposant une « théorie du document » à partir de ces caractéristiques. Par delà les rappels historiques, il paraît indispensable de signaler l'évolution des réflexions actuelles. Elles aident à penser les transformations en cours avec, notamment, le développement du Web et des réseaux sociaux qui apportent des changements notables sur toutes les notions abordées ici.

Enfin, le concept de besoin, tout à fait central et spécifique à l'info-doc, n'est pas réellement défini ni interrogé en tant que tel. Il aurait été fort pertinent d'en présenter les principales définitions et, surtout, de justifier son usage dans notre secteur, alors même qu'il est contesté, voire refusé, dans le monde des SIC.

On l'aura compris, ces remarques montrent à la fois l'intérêt de la démarche entreprise par cet ouvrage mais aussi ses limites. Elles ne peuvent qu'inciter à des développements futurs, formes d'une vulgarisation scientifique fort utile non seulement pour un étudiant mais aussi pour un professionnel de l'information soucieux de comprendre le monde actuel et les réflexions portées sur lui.




Rédigé par ADBS

mise à jour le 16 janvier 2013


L'ADBS sur les réseaux sociaux

NOUS SUIVRE
    

PARTAGER CETTE PAGE

haut de la page

ADBS.fr - Site du premier réseau européen de documentalistes